Coups de coeur

Balade nature et patrimoine à Maroilles

Si Maroilles est avant tout célèbre pour le fromage fort qui porte son nom, la commune recèle bien d’autres richesses naturelles et architecturales. Maroilles est un bien joli village typique de l’Avesnois, au patrimoine foisonnant, que l’on peut découvrir à pied en empruntant des circuits balisés.

Situé dans le sud du département du Nord, mais dans le nord de la Thiérache, à une dizaine de kilomètre du département de l’Aisne, Maroilles est au confluent de la Sambre et de l’Helpe-Mineure. Ce petit village de 1440 habitants, situé à deux pas de la belle forêt de Mormal, invite à la flânerie. Il est planté au milieu du bocage Avesnois, sillonné de haies d’aubépines, de saules et de charmes.

L’histoire de Maroilles

Si la commune de Maroilles possède un riche patrimoine, c’est qu’elle a bien longtemps vécu autour d’une grande et riche abbaye.
Le bourg est apparu vers l’an 650, lorsqu’un noble franc a fondé l’abbaye de Maroilles, l’une des plus puissantes du Nord. Le premier abbé, le plus célèbre, était un évêque issu d’une famille noble, Humbert du Hamel, devenu deux siècles plus tard Saint Humbert, et dont les reliques sont conservées dans l’actuelle église de Maroilles.

Au 9e siècle, l’abbaye est devenue un domaine royal et les abbés de Maroilles nommés étaient de proches conseillers des empereurs du Saint-Empire-Romain-Germanique, en particulier Maximilien, Charles Quint ou encore Philippe II.
Au fil du temps, l’abbaye a prospéré avec 78 pères abbés qui s’y sont succédé. L’abbaye a prospéré, elle est devenue l’une des plus riches et des plus puissantes de la région. François Ier et Louis XIV y ont même logé.

La puissance de l’abbaye, située en zone frontière, a attisé de multiples convoitises, d’autant que Maroilles était située à un endroit stratégique, proche des Pays-Bas espagnols. Ainsi, elle a été entièrement ruinés et détruite en 1521, par les troupes du duc de Vendôme et le village a été pillé en 1651 durant la Fronde.

Le village a été rattaché au royaume de France par le traité des Pyrénées en 1659, mais a toutefois gardé des privilèges et des coutumes obtenus durant le moyen-âge : la possibilité de clore les terres et de pratiquer l’élevage, ainsi que la non obligation de faire tourner les espèces cultivées. Ce sont ces coutumes qui ont fini par constituer le bocage de l’Avesnois, caractérisé par de grandes haies de protection.

La grande et très prospère abbaye de Maroilles a été pillée et en grande partie détruite par les villageois des villages alentour durant la Révolution. L’abbatiale, le quartier de l’abbé, le cloître et les autres bâtiments ont disparu. Demeurent tout de même aujourd’hui plusieurs monuments, de vestiges et de dépendances de l’ancienne abbaye :
– Le Moulin à eau qui enjambe l’Helpe Mineure,
– L’Arc de Triomphe de la place verte,
– L’église Saint-Humbert,
– La grange dîmière, ancienne grange de l’Abbaye,
– Quelques chapelles et oratoires typiques,
– La mairie, ancien échevinage datant de 1704.

Les monuments de Maroilles

L’église Saint-Humbert de Maroilles

Une première église a été construite avant le 13e siècle, détruite et reconstruite plusieurs fois. L’église actuelle, en briques et pierres bleues, date du 18e siècle. Elle a été construite entre 1729 à 1768 : d’abord le clocher, puis la façade et, enfin, les murs latéraux ainsi que le chœur. L’église était richement ornée, mais la Révolution française a fait disparaître beaucoup de ses trésors.

Elle possède une tour-clocher à quatre clochetons – une rareté dans le Nord – ainsi qu’un porche orné de chaque côté de gracieuses volutes.

Les remarquables vitraux, datant de 1883, ont été réalisés par un maître-verrier dans les ateliers Dureux d’Aulnoye-Aymeries.

A l’entrée de l’église, vous trouvez une maquette de l’abbaye de Maroilles telle qu’elle était avant sa destruction lors de la Révolution. Elle a été réalisée en 1982 à l’initiative du curé de l’époque.

Le grand-orgue provient de l’église abbatiale de l’abbaye de Maroilles, aujourd’hui disparue. Il est particulièrement imposant dans son buffet de style baroque, en chêne sculpté, orné de sculptures dorées et d’anges musiciens.

Il a conservé son instrument d’origine, créé par le facteur d’orgue Lillois Antoine Gobert, en 1725. C’est un des instruments les plus prestigieux de la région avec ses 39 jeux sur quatre claviers. Sa sonorité est considérée comme exceptionnelle.

Les stations du chemin de Croix ont été peintes sur de grand panneaux par le belge Jules Léonard en 1860. (Léonard est décédé à Valenciennes en 1897 et le musée de cette ville possède plusieurs de ses tableaux et lithographies).

Les confessionnaux, dont les portes sont percés de rayons lumineux, datent du 18e siècle.

Le choeur de l’église de Maroilles est surprenant. Le maître-autel en bois et marbre noir est surmonté d’un grand baldaquin à colonnes. Sur l’autel se trouve un imposant tabernacle du 18e siècle en bois doré, décoré de miroirs destinés à amplifier la lumière des cierges. Il est surmonté d’un grand christ en cuivre doré.
Les boiseries des murs, décorées de rinceaux et de bouquets de roses sur 24 mètres de longueur, sont l’oeuvre de menuisers locaux du 18e siècle, les frères Troyaux.

De chaque côté du choeur, comme il est d’usage, sont installés deux autels. L’un d’eux est dédié à Sainte Marie.

L’autre est dédié à Saint Humbert, fondateur de l’abbaye de Maroilles. Son crâne est conservé dans un reliquaire en cuivre doré du 19e siècle.

De nombreuses pierres tombales gravées, datant pour la plupart des 17e et 18e siècles, ornent le sol dallé : il s’agit de dalles funéraires comportant des épitaphes d’anciens notables locaux.

Une petite statue d’enfant est campée entre le choeur et l’autel de Saint Humbert. Il est précisé qu’il s’agit de “l’enfant Jésus miraculeux de Prague”, qui est une copie en bois de l’original en cire situé dans la capitale Tchèque.

Dans la sacristie, à gauche du choeur, divers objets liturgiques ont été rassemblés pour créer un petit musée. Les très beaux tabourets en chêne sculpté, au premier plan, datent du 17e siècle.

Sous le porche d’entrée se trouvent des “pierres armoiries”, les blasons des anciens abbés de l’abbaye de Maroilles.

Plusieurs plaques funéraires datant du 19e siècle sont scellées sur les murs extérieurs de l’église Saint Humbert.

Au coin droit de l’église sont scellées des plaques rendant hommage aux soldats de Maroilles “morts pour la France”, et particulièrement au capitaine Paul Louis Carion, décédé à Madagascar en 1905 ; au lieutenant des Zouaves Léon Callet, mort à la bataille de Solferino en 1859 ; et au capitaine Mathurin Tricoy, tué en 1871 par l’armée allemande.

L’église Saint-Humbert de Maroilles, est située sur la Via Gallia Belgica, une des routes nordiques de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle fait partie du réseau “Eglises ouvertes”, elle est donc souvent accessible.

À côté de l’église, le monument aux morts des deux guerres mondiales, avec sa victoire ailée et sa croix de guerre, ne semble pas différent des autres.

Mais au pied du monument, sous la phrase “Nous n’oublierons jamais” est représenté une petite fille qui soulève le linceul d’un soldat décédé… Brrrr !
Il a été réalisé en 1921 par la “Société granitière du Nord Gaudier-Rembaux” d’Aulnoye-Aymeries, qui a sculpté de nombreux monuments aux morts en France (dont celui de Bavay, Locquignol, Maubeuge et Caudry).

Sur la place de l’église, la pompe à eau en pierre accueille maintenant des fleurs…

Vous remarquerez qu’à Maroilles, la plupart des maisons sont composées du gris des pierres, du rouge des briques et du bleu des ardoises. L’abbaye ayant servi de carrière de pierres entre 1791 et 1794, de nombreux bâtiments le long de la Grande Rue possèdent quelques pierres anciennes et abbatiales.

L’ancienne laiterie :

L’arc de triomphe

Sur l’harmonieuse place Verte, le long la route d’Avesnes-sur-Helpe, se dressent un kiosque à musique et un insolite arc de triomphe… qui était auparavant le grand portail de l’Abbaye bénédictine détruite. Cet Arc de Triomphe a été élevé en 1807 à la “gloire de nos armées” (à Napoléon 1er après la victoire d’Austerlitz) par le maire Nicolas Joseph Vendois. Il a été sauvé de la destruction en 1833 et a été restauré en 1843.

Dans tout le nord de la France, le kiosque à musique a été un élément important de l’éducation musicale populaire du 19e siècle jusqu’au milieu du 20e siècle. Chaque village possédait son harmonie municipale et des concerts avaient lieu toutes les semaines. Le kiosque de MAroilles a été envisagé en 1909, mais n’a été construit qu’en 1932.

Le moulin de l’abbaye

Le moulin, qui enjambe l’Helpe mineure, est une belle construction rénovée du 17-18e siècle. Après la Révolution, le moulin de l’abbaye a été acheté plusieurs fois, a brûlé en 1889 et a finalement été transformé en usine électrique à la fin du 19e siècle. La turbine a fourni le village en électricité.

En vous approchant du moulin, remarquez un linteau de porte affichant une devise en latin, attribuée à Frédéric d’Yves, abbé de Maroilles, diplomate et conseiller du roi Philippe II d’Espagne durant les guerres de Religion : « Il est bon de s’attacher à Dieu. »

Partiellement détruit après la Grande guerre, le moulin a ensuite été acheté par des particuliers pour être rénové. La commune de Maroilles est propriétaire du Moulin depuis 2012 et compte y installer d’ici peu l’un des Bureaux d’information touristique de l’Office du tourisme de l’Avesnois.

Soutenez la rénovation des vestiges de l’ancienne abbaye de Maroilles

Participez au projet de valorisation patrimoniale et touristique des vestiges de l’ancien site abbatial de Maroilles.

Faites le tour du moulin, puis remontez le petit escalier de pierre pour parvenir jusqu’à la “grande cour”.

Sur la droite, le logis des hôtes est encore debout.

De l’autre côté de la “grande cour” se dresse la grange dîmière.

La grange dîmière

Au 18e siècle, la grange servait à collecter la dîme, un impôt payé en récolte (dix pour cent de la production annuelle), d’où son nom. 36 mètres de long, 13 mètres de large, construite en 1735 et restaurée en 1996, il est bien rare de trouver un bâtiment monastique utilitaire encore debout et dans un tél état de conservation.

L’alternance de la brique rouge et de la pierre gris bleuté produit un bel effet d’ensemble. Une profusion d’éléments sculptés autour des portes et des fenêtres témoigne d’une recherche bien peu courante pour un bâtiment utilitaire.

La Grange Dimière a été réhabilitée pour en faire la maison de l’environnement et du tourisme du Parc naturel régional de l’Avesnois, un centre d’interprétation et d’information sur le patrimoine naturel et culturel de l’Avesnois et un lieu d’exposition sur les richesses locales. Rapaces nocturnes, bocage, haies, fleurs, forêts, architecture, Maroilles, bières locales… Les 200m² d’exposition se renouvellent sans cesse.

photo issue de Nord escapades

En dehors des bâtiments remarquables du village, vestiges de l’ancienne abbaye, Maroilles présentes de nombreuses maisons en brique et pierre bleue typique de la région, ainsi que de belles maisons de maître.

Maroilles, le fromage et son histoire

La France entière connait le nom de Maroilles, en raison du fromage au goût prononcé et à l’odeur reconnaissable ! Votre promenade dans le village se terminera inévitablement sur un banc, face au moulin, ou dans un café pour y déguster une délicieuse flamiche au Maroilles !

Dans le village, vous pourrez acheter une flamiche – voire même déguster une part réchauffée au four – dans les Caves de l’Abbaye (un café-rando où les produits régionaux sont à l’honneur), la boutique France Terroir ou celle de Defroidmont.

Ce fromage AOC carré, à pâte molle et à croûte lavée orangée, aurait été créé par un moine de l’abbaye en 960. Il était déjà renommé au 16e siècle puisqu’on dit que l’empereur Charles Quint ou François 1er en raffolaient. Pour connaître ses secrets de fabrication, vous pouvez vous rendre dans les fermes alentour : la ferme de Cerfmont à Maroilles ou la ferme du Pont des loups à Saint-Aubin.
Elles vous feront aussi découvrir les variantes du Maroilles, toutes aussi parfumées : le vieux-Lille, la boulette d’Avesnes, le Fort de Béthune…

Le cimetière de Maroilles

Au bout de la Grande Rue, le cimetière de Maroilles vous invite à découvrir ses nombreuses tombes et chapelles du 19e siècle.

En août 1914, les troupes allemandes ont envahi le nord de la France. Les 25 et 26 août, des soldats britanniques arrivés dans la localité ont du repousser des patrouilles de fantassins allemands sortis de la forêt de Locquignol. Un carré dans le cimetière de Maroilles abrite les tombes de 18 soldats du 1er Royal Berkshire mort en août 1914, un ouvrier chinois mort en septembre 1919 et un soldat des Sherwood Foresters mort en novembre 1918. 

Le capitaine des Royal Berkshire a sa propre pierre tombale, dressée sans doute par sa famille. “Ici repose les corps du Capitaine Henry Shott – DSO (Distinguished Service Order), tué à l’ennemi le 26 août 1914, époux de Hazel M Brown. Yonkers U.S. America”. Il avait 38 ans. Son épouse Hazel Morris Shott, vivait à New York, dans le quartier de Yonkers.

Les croix en fer moulé étaient très répandues au 19ème siècle, mais on en trouvait encore au début du 20e siècle. Les sépultures en fer forgé et fonte de fer étaient économiques.
Sous celle de gauche reposent Gustave, décédé en 1912 et Eugène, décédé en 1934. Sous celle de droite, Gaston, décédé à 18 ans.

Cette rare tombe en fonte d’acier couverte de rouille date de 1891. Ces tombes en fer moulé étaient courantes au 19e siècle. Les moules permettait de personnaliser chaque sépulture par des combinaisons issues des catalogues de modèles proposés par les fondeurs.

La tombe des prêtres de Maroilles est intéressante pour les symboles chrétiens dont elle est ornée (le calice avec l’hostie et l’étole des prêtres) et ceux de la crucifixion de Jesus (l’échelle pour descendre le corps du supplicié, le marteau de la crucifixion, le pince de la descente de la croix, l’aiguière contenant l’eau avec laquelle Ponce Pilate se lava les mains, la lance ayant transpercé le flanc de Jésus pour s’assurer de sa mort, la branche portant à son extrémité l’éponge de vinaigre destinée à humecter les lèvres du crucifié…)

Balades et randonnées

Vous pouvez, en téléchargeant l’application Baladavesnois, suivre un parcours ludique et patrimonial regroupant 10 étapes qui permettent de découvrir toute l’histoire de l’abbaye de Maroilles à travers ses monuments phares que sont le Moulin de l’abbaye, la Grange dimière, et bien d’autres !

Deux circuits pédestres autour de Maroilles vous feront aussi découvrir ce beau village et ses alentours :

– Le circuit de Dame Marguerite, sur 8.5 ou 12 km, vous fat découvrir Maroilles au travers du bocage, des petites routes de campagne et des fermes remarquables de la vallée de l’Helpe mineure. Le circuit de Dame Marguerite permet de découvrir des fermes remarquables, les pâtures bocagères, des routes de campagne, des chapelles de pierres bleues et les vergers autour de Maroilles.

– Une autre promenade, celle des Renoncules, vous emmène découvrir, sur 9 kilomètres, le patrimoine de la région : ce circuit traverse le bocage le long de petites routes de campagne. De nombreux éléments du patrimoine de la Thiérache jalonnent le parcours (anciennes censes, moulin à eau, chapelles, bocage…)

image issue de wkipedia

Vous croiserez sans doute, durant votre promenade, l’une des quatre chapelles ou l’un des sept oratoires construits sur la commune de Maroilles et si typiques de l’Avesnois.

Les événements à ne pas manquer à Maroilles

Chaque année, une programmation d’événements phares de l’Avesnois se déroule dans ce village plein de charme, parmi lesquels :
– La célèbre fête de la flamiche et du Maroilles (le dimanche précédent le 15 août),
– Les 20 kilomètres de Maroilles (une course qui a lieu début mai),
– La brocante de Maroilles, attirant chaque année des milliers d’acheteurs et de visiteurs (mi-juin)


J’espère que cet article vous aura donné des idées sur les choses à faire, quoi voir et quoi visiter à Maroilles pour une journée ou un week-end !

Si vous aimez l’Avesnois, vous pouvez aussi visiter la maison du bocage de Sains du Nord ou le musée du verre Musverre, découvrir le patrimoine verrier à Fourmies et Trélon, vous promener dans les remparts du Quesnoy ou faire le tour du lac du ValJoly, ou encore passer un week-end surprenant à Maubeuge ou historique à Bavay.

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2 commentaires

  1. Wallerand a dit :

    Merci! C’est très interessant!

    1. Ravie que l’article vous plaise :)

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