Coups de coeur

L’église d’Auxi-le-château, belle gothique en dentelle de pierre

Dominant la rive droite de l’Authie, l’église Saint-Martin d’Auxi-le-Château se dresse sur un escarpement depuis le 16e siècle. Si de l’extérieur, elle paraît plutôt simple, son intérieur gothique flamboyant va vous émerveiller. Classée aux monuments historiques depuis 1910, cette église possède des voutes minutieusement sculptées et de magnifiques vitraux.

Auxi-le-Château, petite commune rurale du Pas-de-Calais, est logée dans la région du Ternois, à environ 20 kilomètres au nord-est d’Abbeville. Considérée comme l’une des plus belles églises d’Artois et de Picardie, l’église Saint-Martin domine la ville et la vallée de l’Authie.

L’histoire de l’église d’Auxi

La première église d’Auxi existait dès le 9e siècle. A la fin du 12e siècle, Hugues d’Auxi, baron d’Auxi-le-Château, a été le premier seigneur de la grande famille d’Auxy, qui a côtoyé les rois de France et les ducs de Bourgogne. Plusieurs membres de la famille d’Auxi ont d’ailleurs trouvé la mort lors de la bataille d’Azincourt en 1415.

La première église a été détruite en 1493 lorsqu’Auxi a été ravagée par les troupes de Maximilien d’Autriche. La construction de l’église actuelle a commencé peu après, décidée par le maréchal de France Philippe de Crèvecoeur d’Esquerdes, qui avait épousé Isabeau d’Auxi. L’église a été terminée aux alentours de 1530, mais un clocher a été ajouté en 1577.
L’église Saint Martin a ensuite subi de nombreux saccages dus aux guerres de religions, à la guerre de Trente ans et à la Révolution (incendiée par les Huguenots en 1568, pillée en 1793…), mais aussi plusieurs reconstructions et réparations, au 18e et au 19e siècle, qui l’ont défigurée.

L’extérieur de l’église n’est pas, n’est plus, de style gothique flamboyant. Lorsqu’on la compare, par exemple, à la collégiale Saint Vulfran d’Abbeville, c’est assez flagrant ! L’architecture est massive, sans fioritures, l’église est surmontée d’une tour carrée coiffée d’une charpente octogonale arrondie en dôme (datant de 1769)…

L’église Saint-Martin d’Auxi-le-château

La nef, hormis quelques mobiliers remarquables comme l’orgue ou les confessionnaux, semble dépouillée. Il faut lever les yeux pour admirer le riche décor architectural des voûtes de la nef et des chapelles latérales.

Commençons par les bancs des fidèles, les stalles et les bancs de confrérie, qui ont été réalisés entre le 18e et le 19e siècle dans un beau chêne mouluré.

Les deux confessionnaux, eux aussi en chêne mouluré et taillé, présentent chacun une très belle porte centrale ajourée de rayons lumineux. De style Louis XV, ils datent de 1681.

Les deux autels qui jouxtent le choeur accueillent des retables de style néo-gothique en bois peint, datant de 1874.

Les deux retables sont composés, dans la partie basse, de niches couronnées d’arcs en ogives, abritant cinq statuettes en pierre.

Leur partie haute est constituée de trois niches comportant au centre une grande statue (Vierge à l’Enfant sur l’un et Saint Joseph sur l’autre) et aux extrémités de plus petites statues d’anges.

L’église accueille plusieurs statues en bois taillé et peint datant du 18e et du 19e siècle, ainsi qu’une jolie Vierge à l’enfant du 17e siècle.

Le vitrail de la chapelle sud représente le couronnement de la Vierge et celui de la chapelle nord, la mort de Joseph. Ils datent de 1864.

Les vitraux du chœur représentent le Christ et ses douze apôtres. ls ont été financés par des familles locales aisées dont les noms sont inscrits aux pieds des apôtres. Ils ont été réalisés en 1872 par les ateliers Nicolas Lorin, grand peintre-verrier de Chartres, et par son cartonnier Charles Alexandre Crauk.

Le très bel autel de pierre blanche est daté de la fin du 19e siècle. De style néo-gothique, il comporte en partie basse un bas-relief central représentant la Cène. Dans la partie haute, deux niches décorées de hauts-reliefs figurent des scènes de la vie de saint Martin. Aux deux extrémités du retable, des niches étroites abritent des statues de saint Pierre et saint Paul. Au dessus, au centre, une autre niche présente un Christ bénissant.

Vos yeux ne peuvent qu’être attirés par les superbes voutes gothiques en arc brisé et leur clés de voutes sculptées.
Les voûtes de la nef et des chapelles latérales sont, par leur richesse et la variété de leur décor, l’un des exemples les plus représentatifs des églises picardes de style gothique flamboyant. Elles sont aussi les témoins de l’héritage que laissaient les seigneurs, affirmant non seulement leur foi, mais aussi leur pouvoir, en représentant leur blason dans le sanctuaire.

La voûte du chœur propose un jeu de nervures sur croisée d’ogives, dessinant deux étoiles à 8 branches et une extraordinaire étoile à 24 branches qui rayonne au-dessus de l’abside autour d’une clef de voûte représentant l’Agneau mystique. Chaque étoile rayonne à partir de la clef de voûte centrale. Chaque nervure est soulignée par une torsade qui forme parfois un nœud et se termine par des glands ou des franges.
(Je m’excuse pour la piètre qualité des photos, j’ai du zoomer pour que vous voyiez mieux les dentelles de pierre…)

D’importantes clefs de voûte viennent souligner ces nervures par des motifs végétaux ou des représentations symboliques : la vie et la mort, l’Agneau Pascal, l’annonce aux bergers, des anges jouant de la flute ou de la harpe, la naissance du Christ, des étoiles, une chimère, une coquille, une licorne, un serpent… D’autres clefs de voûtes sont sculptées aux armes de la famille d’Auxi et des grandes familles nobles locales (Armes de Luxembourg avec colliers de la Toison d’Or, Ecu de Créquy, Ecu de la Motte…)

Photos de meilleure qualité, issue de wikipasdecalais, prise par la Commission Diocésaine d’Art Sacré d’Arras :

A droite, restauration de 1844 par Daullé, qui a gravé son nom.

Des photos des différentes clés de voute sont rassemblées face au retable de la Vierge, afin que vous puissiez en admirer tous les détails.

Intéressons-nous maintenant aux magnifiques peintures murales, qui datent du 16e et du 17e siècle. Elles ornent le mur de la chapelle sud.
Vous pouvez admirer “La glorification du nom de Jesus”, datée de 1594. Elle a été offerte par le gouverneur d’Auxi, Guislain du Bus, à son épouse Marie Lescuyer (leur dalle funéraire à armoiries et effigies en relief, datant du 16e siècle, est scellée non loin dans le mur). Du Bus est représenté à gauche, agenouillé sur un prie-Dieu et portant une armure. De l’autre côté, vêtue de noir, son épouse est en prière, accompagnée de deux jeunes filles. Autour d’eux, des chevaliers, des clercs, des nobles…

Plus bas, une autre peinture murale représente l’Annonciation à Marie, et sûrement l’abbé Perrotin, qui fut gouverneur de la ville d’Auxi autour de 1633.

Les quatorze tableaux du chemin de croix sont des peintures à l’huile sur bois qui datent de la deuxième moitié du 19e siècle.

L’église conserve le grand tableau “L’annonce aux bergers” (1850) de Louis César Ducornet, un peintre Lillois né sans bras, handicap qui l’obligea à peindre avec les pieds.

A l’extrémité ouest de la nef, scellé sur un fût en maçonnerie, le bénitier en grès taillé est en réalité une ancienne mesure de sel.

Ne sortez pas de l’église sans avoir trouvé les visages grimaçant qui figurent sur certaines des colonnes.

Témoin silencieux de siècles d’histoire, la magnifique église d’Auxi-le-Château est un incontournable pour les amateurs d’art et les curieux en quête de découvertes culturelles.
Cette église fait partie du réseau “église ouverte”, mais repose sur la présence de bénévole. Elle n’est donc ouverte que l’été.

Puisque vous êtes dans le coin, vous pouvez aussi passer la journée dans le joli village patrimoine de Boubers-sur-Canche, visiter les très beaux jardins de Sericourt ou passer un surprenant week-end à Frévent.

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