Week-ends

Un week-end à Watten, sur la montagne des Flandres

La ville de Watten accueille une “montagne” haute de 72 mètres sur laquelle se dresse un beau moulin et une ancienne abbaye. Mais Watten, c’est aussi un musée unique en France, une église classée et une riche biodiversité qui se développe autour d’un lac issu d’un passé industriel florissant. Un petit bijou caché en Flandre !

A la limite de la plaine maritime flamande, Watten n’est qu’à quelques enjambées de Saint-Omer et de son marais et à une trentaine de kilomètres de Dunkerque et des vastes plages du littoral.
Située le long de la rivière Aa, la ville tire son nom de son rôle en tant que passage à gué, permettant à la voie romaine reliant Cassel à Boulogne de traverser la rivière à pieds secs. Le latin “vadum” veut dire “passage à gué”, il est devenu “vaganum”, puis Waetene en flamand et Watten en français. Sachant que le nom de la ville se prononce en réalité “Watt” !

L’histoire de cette petite ville a été marquée par la canalisation de la rivière Aa vers 1114 par les comtes de Flandre, facilitant ainsi le commerce fluvial entre les riches citée de Saint-Omer et Gravelines.
Des siècles plus tard, les industries comme la filature Vandesmet, la SA des Chantiers de la Colme (qui fabriquait et réparait des péniches) et les Tuileries du Nord ont prospéré de la fin du 19e siècle jusqu’aux années 1960/1970.

La montagne de Watten et son moulin

La montagne de Watten est un site naturel classé. Au sommet, on y découvre un panorama remarquable sur l’Audomarois et la Flandre, jusqu’au port de Dunkerque. Facilement accessibles à pied via un sentier qui monte depuis la ville ou descend depuis le “lac bleu” (voir plus bas), le lieu est un véritable bonheur pour les randonneurs.

Depuis le moulin, le point de vue sur la Flandre est imprenable ! On distingue Dunkerque, son port et ses portiques, mais aussi la centrale de Gravelines et les plaines de Flandre.

Sur ce que les locaux appellent la “montagne” (72 mètres d’altitude), on découvre une ancienne tour abbatiale du 11e siècle qui domine un superbe moulin à vent de 1760, construit avec des matériaux en provenance de l’abbaye détruite. On a retrouvé un fragment de statue en pierre blanche dans les matériaux de construction !

En octobre 1940, l’occupant allemand a démonté le toit et les ailes du moulin pour en faire un observatoire. Hitler avait en effet choisi la forêt d’Eperlecques, toute proches, pour lancer les fusées V2.
Entre 1945 et 1978, le moulin de la montagne de Watten a été laissé à l’abandon. Il a finalement été racheté par la ville en 1985, puis entièrement restauré avec l’Association régionale des amis des moulins (ARAM) et celle des Amis du Vieux Watten et de sa région.
Un nouveau mécanisme a été installé en 1994, permettant au moulin de moudre du grain comme autrefois.

Le moulin est coiffé d’une calotte tournante haute de 5 mètres et pesant 15 tonnes ! La toiture tourne sur des patins en fonte, avec les ailes, lorsque le meunier déplace un cabestan sur roue fixé à l’un des anneaux qui entoure le moulin pour déplacer la poutre arrière et donc la toiture.

Des visites guidées du moulin sont organisées chaque dimanche, de juin à septembre, par l’association des Amis du Vieux Watten et de sa région. Le guide vous explique l’histoire et le fonctionnement du moulin, mais vous invite aussi à en faire le tour.

La municipalité a en effet installé des panneaux explicatifs et des chemins praticables pour que chacun puisse se promener autour du moulin, admirer le paysage, découvrir l’histoire des lieux et admirer sa faune.

Le chemin qui va du moulin au centre du bourg en passant par les belvédères du tir à l’arc (“Le sentier de la montagne“) permet d’admirer le panorama et de comprendre pourquoi ce lieu, par sa situation centrale, a fait l’objet de tant de convoitises durant des siècles.

Les ruines de l’abbaye

En face du moulin se dresse une tour abbatiale et le mur d’enceinte d’une ancienne abbaye à présent disparue. Il suffit de remonter un chemin balisé pour parvenir jusqu’à l’entrée du site.

Lorsque la mer couvrait encore les environs de Watten, les romains s’y établirent, qui furent détrônés par les francs, eux-mêmes chassés par les normands qui détruisirent la ville en 881. Les ravages furent tels que la ville resta en ruine jusqu’en 1072 et l’arrivée d’un prédicateur itinérant nommé Olfride, en provenance du Tournaisis, qui décida de fonder un monastère sur la “Montagne” de Watten. L’abbaye fut dédiée aux saints Nicolas et Riquier par l’évêque de Thérouanne, Drogon, proche de Bernard de Clairvaux.

De nos jours, le site classé du Mont de Watten comprend la tour de l’abbaye datant du 15e siècle et les murs d’enceinte du 17e siècle (celui de Vauban), seuls vestiges de l’établissement religieux fondé au 11e siècle.

En effet, la situation naturelle de belvédère a fait de Watten, et de son mont, un lieu de passage et une position privilégiée au cours des siècles. L’abbaye fut ruinée par de multiples conflits, pillages et
incendies au cours des guerres entre les français, les anglais, les comtes de Flandre, les Pays-Bas espagnols… auquel la cité appartenu jusqu’en 1678 et son rattachement définitif à la France.
Le monastère fut vendus comme “bien national” à la Révolution, puis acquis par le gouvernement en 1822. Et durant la Seconde Guerre mondiale, la tour reçut un obus qui y provoqua un trou énorme.

Des panneaux dispersés sur le site explique l’histoire de l’abbaye et les dates qui l’ont marquées.

Le site n’est pas librement accessible, mais uniquement lors de visites guidées de mars à septembre, durant les journées du Patrimoine, le 15 août pour la fête de l’abbaye et lors d’événements annuels (fête médiévale, Fantastiquest, concerts, etc.). Renseignez-vous auprès de la Maison du tourisme de Watten.

Vous apprendrez durant la visite qu’en 1769, la mission anglaise qui logeait dans l’abbaye de Watten en fut chassée en faveur de l’évêque de Saint-Omer, reconnu seul propriétaire des lieux. Pour éviter des frais d’entretien, l’évêque fit démolir tous les bâtiments, sauf la tour et les murailles qui formaient le jardin, puis, avec les matériaux de la démolition, se fit construire une maison de campagne et une ferme.

Une balade à Watten

La Maison du tourisme de Watten propose plusieurs circuits qui permettent de découvrir le passé industriel de la ville, les chapelles de la commune, l’histoire des anciennes industries, mais aussi les sentiers forestiers et chemins agricoles

L’un des circuits propose de découvrir “les traces du passé” de la ville, une boucle de 3km qui commence à l’église, afin de vous en faire découvrir le patrimoine industriel et fluvial. Excellent idée, des panneaux explicatifs et des agrandissements de cartes postales anciennes sont accrochés sur les murs de nombre d’habitations et édifices publiques pour vous plonger dans le riche passé de la commune.

Avec la révolution industrielle, Watten s’est développée le long de l’Aa, et un pont a été construit sur la voie vers Saint-Omer afin qu’elle franchisse la rivière.

photo de watten.fr
photo de watten.fr

Watten possède un patrimoine historique, industriel et fluvial, qui a modelé la vie de ses habitants tout au long des siècles.

La maison des archers de Watten

Mais à quoi servent ces grandes flèches métalliques qui parsèment la Flandre ? Ce sont des antennes ? Ou peut-être des perchoirs à oiseaux ? Visitez la Maison des Archers de Watten pour obtenir des réponses, c’est le seul musée en France (au monde ?) consacré au tir à l’arc sur perche verticale.

Ce style de tir à l’arc est un sport traditionnel à l’origine très ancienne, mais à la pratique encore bien implantée en Flandre, aux Pays-Bas et en Belgique.
Depuis 1901, les sociétés de tir françaises sont devenues des associations. On compte 84 sociétés pour 3800 archers, réparties en trois secteurs : Artois, Flandre Maritime et Flandre Terrienne.

La Maison raconte sur trois niveaux l’histoire du tir à l’arc vertical de ses origines à nos jours, par le biais d’une vidéo, de nombreux objets, de documents et de panneaux explicatifs.

Vous apprendrez ainsi qu’au Moyen Âge, les archers avaient l’habitude de s’entraîner dans les villes aux espaces étroits : cela obligeait les archers à tirer en l’air. Ils tiraient aussi sur les ailes des moulins et sur les mâts des bateaux. Ce tir à la verticale était utile pour s’entraîner à tirer au-dessus des murailles pour bombarder les ennemis.

Jusqu’à l’apparition de l’arquebuse, le tir à l’arc a été la forme la plus ancienne d’artillerie, utilisée notamment lors des batailles d’Azincourt ou de Crecy, où les archers anglais ont dominé les Français. Le tir à l’arc est ensuite devenu un simple divertissement, en tant que sport de chasse et d’adresse. Les premières compétitions sont apparues au 15ᵉ siècle.

Les sociétés de tir portent fréquemment un nom en rapport avec l’esprit communautaire (l’Alliance, la Fraternelle, l’Union), le sport (la Guillaume Tell, les Francs Archers, les Bras de Fer), mais elles portent le plus souvent le nom de Saint-Sébastien, martyre tué par des flèches et patron des archers.

Le géant de la ville, Dédé l’Archer, vous attend dans le musée. Il porte le costume bleu marine à cravate de la fédération, qui rappelle les anciens uniformes des archers du 17e siècle.

Avec le temps, les arcs se sont sophistiqués. Longtemps en bois, puis en aluminium, ensuite en fibre de verre, les arcs sont aujourd’hui en carbone. Vous pourrez observez leur évolution dans une salle voutée au sous-sol.

Les flèches tirées par l’arc mesurent 80 centimètres. Les “oiseaux” attachés en haut du mat et qu’il faut parvenir à faire tomber portent des plumes colorées.

La saison de l’archer est rythmée par les tirs de sa compagnie et par les championnats organisés par la
fédération.

Quand un archer gagne une compétition, il reçoit une récompense pour sa performance sportive sous la forme d’un trophée, d’une coupe, d’une asiette ou d’un objet commémoratif, dont l’origine remonte au Moyen-âge.

Le tir le plus important, celui “du roi”, a généralement lieu le lundi de Pâques. Chaque année, le nom du vainqueur est inscrit sur une plaque venant s’ajouter à celles des années précédentes pour former le “collier du roi”, dont certains remontent au 17e siècle.

Située juste à côté de la maison du tourisme, la Maison des Archers est accessible aux personnes à mobilité réduite.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : 12 rue de Dunkerque 59143 Watten
Horaires : février et mars, du mardi au vendredi 14h – 17h. D’avril à mi-juin et de mi-septembre à fin novembre, du mardi au jeudi de 14h – 17h30, le vendredi et le samedi 10h – 12h et 14h – 17h30. De mi-juin à mi-septembre, du mardi au samedi 10h – 12h et 14h – 17h30. Fermé dimanche, lundi et jours fériés.
Tarifs : 3€ + de 16 ans / gratuit – de 16 ans

L’eglise Saint-Gilles de Watten

Proche de la mairie, l’église Saint-Gilles a été fondée en 1236 pour les habitants du village, tandis que les moines au sommet du mont avaient leur propre église, fondée en 1072. Mais elle a évidement subi les affres du temps et les conflits humains.
La partie la plus ancienne de l’église est la tour qui date du 15e siècle. Le reste de l’église a été reconstruit au 19e siècle en briques de sable ornées de motifs géométriques.

L’intérieur de l’église est simple et constitué d’une nef de 14 mètres de haut, munie de deux “vaisseaux” latéraux.

Sous la tribune d’orgue, deux bas-reliefs en médaillons, qui provienne sans doute de l’ancienne abbaye : le Bon pasteur et la Vierge à l’enfant.

Les vitraux datent pour la plupart du 19e siècle, mais certains ont été ajouté par la suite, dont ce petit vitrail patriotique rappelant les soldats décédés durant la Grande Guerre.

Les autres vitraux, plus classiques mais tous très beaux, représentent des épisodes de la bible et ont été offerts par les grandes familles industrielles de la ville, en mémoire de leurs défunts.

Les magnifiques vitraux du chœur de l’église sont inscrits aux monuments historiques et datent du 19e siècle, tout comme l’autel et les bas-reliefs.
Les vitraux représentent le jugement dernier, l’adoration des bergers, la consécration de la paroisse, la cène et le calvaire, avec les blasons et les noms des donateurs. 

Le plus intéressant est celui du centre, rappelant la consécration au Sacré-Cœur de la paroisse en 1870, où se distinguent la tour de l’église et les ruines de l’ancienne abbaye.

photo de watten.fr

De chaque côté, au-dessus des stalles, deux remarquables hauts reliefs “néogothiques” du 19e siècle représentent le sermon sur la montagne et la multiplication des pains.

Le vitrail de Jeanne d’Arc a été restauré par l’atelier Brouard de Ronchin en 2022/2023, au bout de la nef nord de l’église.

Une bonne partie du mobilier, datant du 18e siècle, est issu de la défunte abbaye du mont, en partie détruite en 1769.

Le buste de Saint-Gilles, dont la dévotion date du 11e siècle à Watten, trône dans la nef droite. Il provient aussi de l’ancienne abbaye du 18e siècle. De nombreuses illustrations sont sculptées sur le bois polychrome devant et derrière, dont une scène de la vie du saint.

Le grand calvaire en bois situé à droite du buste de saint Gilles, est issu de l’ancienne abbaye, mais la fresque a été peinte en 1913 et la Piéta et le Christ portant sa croix sont des statues en plâtre ajoutées au 19e siècle.

Un orgue a été installé en 1845 sur sa tribune, remanié par les frères belges Loncke en 1928.

La chaire de vérité, réalisée en 1900 par Augustin Colesson, sculpteur à Wormhout, repose sur un pied à colonnettes. Sur chaque panneau de la cuve sont sculptées les grandes “vertus théologales” : la foi, l’espérance et la charité, entourées par les statuettes des évangélistes. 

L’imposant confessionnal est riche en détails et sculptures de l’art baroque. En médaillon dans le tympan du meuble est sculptée une figure de pape. 

Les retables latéraux, datant du 19e siècle et également “néogothiques”, ont été créés dans le même style que les bas-reliefs du chœur. Le retable nord dédié à la Vierge, abrite deux bas-reliefs représentant l’Annonciation (à droite) et la remise du Rosaire à saint Dominique (à gauche). Le retable sud est dédié à saint Gilles, dont la statue est entourée de deux anges.

La représentaion de la grotte de Lourdes a été réalisée avec des tuiles et des drains, témoignages de l’ancienne industrie des tuileries à Watten.

A côté de l’église se trouve un petit cimetière qui accueille quelques tombes anciennes.

On peut aussi y trouver (bien cachée entre les sépultures civiles) la tombe d’un soldat britannique décédé en 1917. Alfred Gornal était membre du “Army Service Corps Mechanical Transport Company, No. 4 Pontoon Park”, qui était principalement impliqués dans la construction et la réparation de ponts. Il est décédé à 34 ans en octobre 1917.

Vous pourrez aussi croiser des tombes de soldats français, dont celle d’Alphonse Billin, décédé de maladie à l’âge de 26 ans en captivité, dans le camp de prisonniers de Halle-sur-Saale, dans l’est de l’Allemagne.

Le Lac Bleu

Terminons notre balade à Watten par un petit paradis sur terre…

En 1912, le Comptoir Tuilier du Nord créa à Watten l’usine des Tuileries du Nord et du Pas-de-Calais, qui fabriqua 120.000 tuiles par jour. Après leur fermeture, les tuileries abandonnèrent en 1980 la carrière d’argile qu’elles utilisaient. Aujourd’hui, cette ancienne carrière est devenue le site naturel départemental connu sous le nom du Lac Bleu.

Le site du Lac Bleu s’étend sur 13 hectares où flâner en toute sécurité, entre forêts et pâturages… Il est désormais géré avec un objectif de préservation de la faune et de la flore.

La nature y a repris ses droits et de nombreuses espèces y prospèrent. Avec un peu de chance, vous pourrez peut-être y croiser un faucon crécerelle, un sanglier, une couleuvre ou un chevreuil. Vous y trouverez des grenouilles, des papillons, des libellules et de nombreux oiseaux.

Une fois sur le ponton, on a qu’une envie : amenez une chaise-longue pour s’y installer 😉

Un chemin piéton aménagé (45mn) permet de faire le tour du lac au travers des bois. Vous pouvez aussi participer à l’une des activités organisées par le CPIE Flandre Maritime, le département ou la maison du tourisme. Balade guidée, stage photo, rendez-vous nature, découverte de biosphère, vous avez l’embarras du choix !

En haut, vous avez une vue imprenable sur les vestiges de l’ancienne abbaye et la plaine de Flandre. En contrebas, vous pouvez admirer le paisible lac bleu entouré de bouleaux, prairies et roselières. Sa couleur bleue caractéristique est due à l’argile de ses profondeurs.

Le Lac bleu est situé à environ 1km de l’ancienne abbaye. Un panneau, pas très visible, indique l’entrée du site (petit parking). Attention ! Le lac est interdit à la baignade.

Watten est une petite ville au riche passé qui mériterait d’être plus connue. Je l’ai traversé par hasard pour me rendre dans le marais audomarois et je suis tombée en admiration devant son moulin, son Lac Bleu, le panorama incroyable qu’elle offre… J’y suis revenue pour la découvrir et je n’ai pas été déçue.

J’espère que cet article vous aura donné des idées sur les choses à faire, quoi voir et quoi visiter à Watten pour une journée ou un week-end.

Puisque vous êtes dans le coin, vous pouvez redescendre plus au sud et passer un très beau week-end à Saint-Omer ou remonter jusqu’à Esquelbecq village préféré des Français 2023.

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