Au cœur des paysages paisibles de la Somme, Péronne dévoile le charme discret d’une cité à la mémoire prodigieuse. Façonnée par plus d’un millénaire d’histoire mouvementée, cette ancienne ville forte a su se reconstruire avec une élégance remarquable. Entre la majesté de sa forteresse médiévale, son architecture de la Reconstruction et ses havres de verdure au fil de l’eau, préparez-vous à une escapade pétillante où l’Histoire s’écrit à chaque coin de rue !
- Péronne : Une plongée au cœur de l'Histoire
- L'historial de la Grande Guerre de Péronne
- Balade autour de l'historial, le long de la Somme
- Promenade dans la ville de Péronne
- La porte de Bretagne
- L'église Saint Jean-Baptise de Péronne
- Le monument aux morts
- L'hôtel de ville de Péronne et le musée Alfred Danicourt
Péronne : Une plongée au cœur de l’Histoire
Incendiée, pillée lors des incursions des Vikings, gravement endommagée lors du siège des Espagnols, dévastée par les Allemands en 1870, ravagée en 1917 durant la Première Guerre mondiale, bombardée et incendiée en mai 1940 par l’aviation allemande durant la Seconde Guerre mondiale, Péronne a du se reconstruire à de nombreuses reprises, comme beaucoup de villes des Hauts-de-France.
Placée sur la route des Flandres, au confluent de la Somme et de la Cologne, Péronne a d’abord été une « ville étape » accueillant pèlerins, commerçants et voyageurs. Mais c’est avec le développement des canaux et des chemins de fer que sa croissance s’est accélérée.
Pourtant, au 19e siècle, Péronne peinait à grandir : coincée entre son château, ses remparts et le canal de la Somme, la population stagnait autour de 4 000 habitants. On accédait à la ville par deux portes principales (celle de Paris et celle de Bretagne) et quelques poternes menaient vers la gare. Le siège tragique de 1870-1871 a laissé de lourdes séquelles et imposé de premières reconstructions. La démolition des remparts, en 1906, a permis d’agrandir la ville. Les boulevards ont été tracés, les rues se sont étendues… Mais tout a été ravagé par la Première Guerre mondiale.

À la fin du conflit, un mouvement de pèlerinage s’est créé autour des zones meurtries par les combats. C’est la naissance du « Circuit du Souvenir ». Péronne, autrefois prisée pour ses trésors religieux, est redevenue un site touristique… Elle accueille aujourd’hui des visiteurs venus du monde entier.

L’historial de la Grande Guerre de Péronne
Ancienne place forte du Moyen Âge, Péronne a conservé de superbes vestiges de son passé, à commencer par son imposant château du XIIIe siècle. C’est précisément entre ces vieilles murailles que prend place l’Historial de la Grande Guerre, un musée de référence internationale qui aborde le conflit de 14-18 sous un angle profondément humain.


À votre arrivée, vous êtes d’abord invité.e à découvrir l’histoire de Péronne et de son château.
Car, si les vieilles pierres pouvaient parler, le château de Péronne aurait bien des secrets à chuchoter ! Savez-vous que de Clovis à Charles X, de nombreux rois de France sont passés à Péronne ?
Résidence royale dès l’époque mérovingienne, la cité a connu des débuts tumultueux, subissant les attaques vikings jusqu’à l’incendie de son premier palais en 884.
Au fil des siècles, l’édifice s’est fortifié et est devenu une imposante forteresse de grès flanquée de quatre tours, protégée par de larges fossés.

Idéalement situé, gardien d’un passage stratégique sur le fleuve Somme, le château est devenu le théâtre des plus grands drames politiques de l’Histoire de France. Sa spécialité ? Servir de prison dorée aux invités un peu trop encombrants :
- 923 : Le comte Herbert II de Vermandois y fait enfermer le roi Charles le Simple.
- 1214 : Au lendemain de la célèbre bataille de Bouvines, Philippe Auguste y fait incarcérer son ennemi, le comte Renaud de Dammartin.
- 1468 : Le roi Louis XI se fait piéger et enfermer dans le donjon par son rival, Charles le Téméraire.

Dans cette salle, une projection à 180° raconte plusieurs siècles d’histoire d’une ville souvent assiégée et traversée par les guerres.
- 1536 : Les troupes de Charles Quint font sauter le donjon lors d’un siège mémorable.
- 1870 : Ses caves se transforment en refuge et en hôpital de fortune face aux Prussiens.
- 1914-1918 : Pilonné pendant la Grande Guerre, le château ressort amputé de sa tour droite, de son porche et de ses toitures.

L’exposition aborde ensuite le tourbillon de la Grande Guerre : traversé du Nord au Sud par la ligne de front, le territoire de l’est de la Somme a été l’un des théâtres majeurs du conflit.


Les Australiens sont ensuite mis en valeur. La colline du Mont Saint-Quentin domine la ville de Péronne. Elle était durant la guerre un point d’observation idéal et une position stratégique solidement défendue par les Allemands à l’été 1918. Cet espace vous raconte la bataille dans laquelle s’illustrèrent les troupes australiennes à la fin de l’été 1918. Un plan-relief animé spectaculaire détaille les opérations.


La suite de la visite vous emmène vers l’extension moderne du musée, entièrement consacré au Premier conflit mondial.

Prenez le temps de monter les marches, car des casques ont été installés dans les anciennes fenêtres, soulignant que les soldats portaient, selon leurs nationalités, des coiffures inspirées du Moyen Âge…

Avec un fonds d’une richesse exceptionnelle (75000 objets originaux), l’Historial de la Grande Guerre dresse un panorama complet du conflit et des mentalités de l’époque à travers une foule de témoignages poignants ou insolites.

Chaque année, l’Historial propose une exposition temporaire dont le sujet est en lien avec la guerre et/ou la mémoire de la Somme.

Lorsque je m’y suis rendue, en 2025, le thème était « Guerre et Jeux ». L’exposition se posait les bonnes questions : « Pourquoi les jeux de guerre sont-ils aussi populaires ? Pourquoi joue-t-on à la guerre ?«

Une exposition unique qui explorait le fascinant mais complexe univers des jeux et jouets de guerre. À travers les époques, ces objets ludiques ont pris diverses formes, des figurines de soldats aux jeux vidéo sophistiqués.

Et la conclusion est simple…

Loin d’un simple catalogue de batailles, l’Historial place le vécu des soldats et des civils — qu’ils soient français, allemands ou britanniques — au centre de son parcours.
La visite commence par un film d’une vingtaine de minutes qui retrace la « marche à la guerre ».

Les salles sont ensuite présentées de manière chronologique et thématique.
La salle « Avant-Guerre » explique pourquoi la Première Guerre mondiale a eu lieu. En effet, on prend souvent comme point de départ l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois, mais les causes du déclenchement de la guerre sont multiples !


Ambitions et tensions impériales, violences coloniales, course aux armements, guerres balkaniques, systèmes d’alliances, militarisation des sociétés européennes… Les divergences et les mésententes étaient nombreuses.



La mise en scène éclaire, jour par jour, les différents facteurs de la crise qui a inexorablement mené à la guerre durant l’été 1914.

La salle suivante, « 1914-1916 : Expériences de guerre« , traite de la mobilisation des belligérants, de l’enlisement dans une guerre de tranchées, de l’occupation des territoires belges et français, de la mort au combat, du deuil…

Dans cette salle, les fosses centrales accueillent des « gisants », ces figures de soldats présentées à plat avec leur équipement complet et leurs effets personnels. Un dispositif fort qui suscite immédiatement l’émotion : on voit la fragilité ou les carences de certains équipements (les « casques » en cuir, les pantalons rouges…), mais aussi les touches personnelles (une pipe, une canne, une tasse…)



Le musée utilise tous les moyens possibles, de la table numérique aux affiches anciennes en passant par les dessins réalisés par les soldats, pour permettre de comprendre toutes les notions du conflit.



J’ai aussi apprécié que l’Historial traite réellement de tous les sujets de la Première Guerre mondiale, et pas uniquement des combats. Il parle ainsi des « ZAB », les travailleurs civils forcés surnommés « brassards rouges », qui sont morts par milliers de mauvais traitements.

Et, bien entendu, l’Historial ne fait pas l’impasse sur les morts de la guerre, soulignant également qu’un grand nombre d’hommes ont longtemps été considérés comme « disparus » au combat et que leurs familles ont dû attendre avec angoisse le début des années 1920 pour qu’ils soient officiellement déclarés décédés.




Si le centre des salles explique les grands choix stratégiques, les vitrines en périphérie dévoilent l’impact de la guerre sur le quotidien des populations (cartes d’alimentation, journaux, lettres, jouets d’enfants, photographies, assiettes décoratives…).


Lorsque les soldats britanniques sont entrés dans Péronne en avril 1917 après la retraite des Allemands vers la Ligne Siegfried, ils ont découvert un panneau fixé au fronton de l´Hôtel de Ville de Péronne, à moitié détruit. Et ils ont imaginé que les Allemands se moquaient d´eux, car la phrase « Nicht ärgern, nur wundern ! » signifie « Ne vous fâchez pas, étonnez-vous seulement ». En réalité, elle reflète une forme de résignation face à la destruction ordonnée, la ville ayant été pilonnée tant par les Allemands que par les Alliés.

La salle « 1916 – 1918 : guerre totale et industrielle » montre la guerre complète, la mobilisation des ressources et de la population, la propagande qui cherche à donner du sens à cet effort de guerre.

Dès l’entrée, on est saisi par « La pensée aux absents » d’André Devambez, un émouvant triptyque de 5 mètres de large peint en 1924, représentant 3 veuves entourées de soldats dans les tranchées.

Cette salle propose de très nombreux dessins, peintures, lithographies, pastels et autres œuvres réalisés durant la guerre. Des artistes-soldats (comme Fernand Léger, Lucien Jonas, André Devambez ou Mathurin Méheut) ont croqué sur le vif le quotidien des tranchées, les blessures, l’attaque, le ravitaillement, les permissions, le deuil. L’humour est souvent présent, l’émotion aussi.

Cette partie met aussi en valeur la participation des femmes, infirmières sur le front, paysannes, ouvrières ou « munitionnettes » à l’arrière.

La propagande ne se contentait pas de demander de l’argent ou un engagement, le message était parfois plus original. Selon que l’on se situait d’un côté où d’un autre, on mettait en valeur les généraux, les dirigeants ou, au contraire, on les ridiculisait. D’un côté, un éventail présentant les visage et signature de tous des chefs d’État allemand, austro-hongrois, bulgare et ottoman, pour afficher leur unité. De l’autre, un « prussien » prisonnier dont le postérieur sert de pique-aiguilles pour la couture…



Les Américains ne sont pas oubliés, bien entendu, car c’est leur arrivée qui a permis de renverser le conflit.


Uniformes, artisanat de tranchée, lettres, affiches de propagande et photographies racontent comment ce conflit mondial a définitivement fait basculer le monde dans le XXe siècle.

Le musée conserve également la série mythique « Der Krieg » d’Otto Dix, un chef-d’œuvre brut sur les traumatismes de la guerre.
Otto Dix est un peintre allemand – connu pour ses œuvres expressionnistes, antimilitaristes et critiques de la société – qui a été lui-même soldat dans les tranchées.

Les 51 gravures témoignent des traumatismes de guerre, celui des habitats et des paysages, celui des combattants et des populations.

La série constitue un témoignage unique sur l’horreur et l’absurdité de la guerre.

Certains dessins d’Otto Dix sont particulièrement féroces ou terrifiants. J’ai eu des frissons devant plusieurs d’entre eux. Je ne vous présente que trois des moins « durs ».

La salle « Après-guerre : les conséquences du conflit » dresse un état des lieux du monde des années 1920 : bilans des pertes, reconstruction, espoirs de paix, tensions et crises, nouvelles idéologies, bouleversements de l’ordre mondial.





L’Historial propose une belle boutique (en accès libre) où vous trouverez de très nombreux livres sur tous les aspects de la Première Guerre mondiale : récits, correspondances, poèmes et romans de combattants ou de contemporains, littérature jeunesse et bandes dessinées, mais aussi des éditions publiées par l’Historial de la Grande Guerre et les historiens du Centre international de Recherche. De nombreux objets en lien avec le conflit sont également disponibles : affiches, cartes touristiques, cartes postales, revues, médailles, textiles, stylos, porte-clés, tableaux, bijoux, textiles et les gourmandises de plusieurs producteurs ou commerçants locaux…
L’Historial de la Grande Guerre est un passage incontournable pour comprendre l’histoire de la Somme et l’impact d’une guerre moderne sur toute une génération !
INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : Château de Péronne, Place André Audinot 80200 Péronne
Horaires : du 1er avril au 30 septembre, tous les jours de 9h30 à 18h. Du 1er octobre au 31 mars, de 9h30 à 17h, fermé le lundi. Fermeture annuelle : de la mi-décembre à mi-janvier.
Tarifs : 10€ / 7,5€ (anciens combattants, handicapés/invalides, enseignants) / 5€ (de 7 à 16 ans, étudiants, demandeur d’emploi) / Gratuit (enfants de moins de 7 ans, journaliste…).
Il est également possible d’acheter un billet couplé Péronne et Thiépval, qui est valable un an.
Balade autour de l’historial, le long de la Somme
Niché à six mètres sous le niveau de la rue, directement au creux des douves du château de Péronne, le jardin d’Eutychia est une véritable bulle de douceur. Imaginé en 2018 par deux paysagistes irlandais, ce Jardin de la Paix tire son nom de la déesse grecque du bonheur pour rendre un hommage lumineux et apaisant aux victimes de 14-18.

Loin d’un mémorial solennel, ce jardin confidentiel appartient à tout le monde ! C’est le spot idéal pour une pause au vert.


Installés au milieu des fleurs sauvages et abritées du vent, de larges bancs en grès local permettent de se détendre au calme, au pied des impressionnantes murailles médiévales.


Autour de l’extension moderne de l’Historial, de grandes tables invitent au pique-nique en famille.

Située au confluent de la Somme et de la Cologne, Péronne est plantée au milieu d’un site naturel parsemé d’étangs et jardins maraîchers appelés « Hardines ».
Mais l’Historial a été créé dans le poumon vert incontournable de Péronne, le parc du CAM qui cache une histoire riche.

Racheté à l’armée en 1920, le site tiendrait son nom des trois lettres Centre d’Approvisionnement Militaire… Pour assainir cet ancien terrain militaire et transformer son étang, Péronne a pu compter sur la générosité de sa ville marraine, Maison-Carrée en Algérie. Les marécages ont rapidement laissé place à un super jardin public bordé de peupliers !



Vous trouverez au long de votre promenade plusieurs panneaux ludiques qui vous permettent d’en savoir plus sur l’écosystème de l’étang, les poissons qui y vivent, les arbres qui l’entourent… On se prend facilement au jeu !

Dès 1959, le parc a pris un virage résolument ludique avec l’arrivée des toboggans, puis des pédalos et du mini-golf en 1991. Même le passé militaire a été recyclé : l’îlot au milieu de l’eau, vestige d’un ancien bastion, sert désormais de refuge secret pour les cygnes !



Je me suis contentée de faire le tour de l’étang du CAM, une jolie balade entre arbres et prairies, au milieu des canards et des poules d’eau.





INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : Promenade du Cam / Boulevard du Fort Carabit 80200 Péronne
Horaires : 7j/7 et 24h/24
Promenade dans la ville de Péronne
Longtemps corsetée dans ses remparts médiévaux, Péronne a connu une incroyable métamorphose urbaine ! D’une petite cité close entourée de marécages et de faubourgs, elle est devenue au début du 20e siècle une ville moderne et aérée, façonnée par les guerres, la résilience et d’ambitieux projets d’urbanisme.
La Première Guerre mondiale l’a rayée de la carte à plus de 90 %, mais la cité a fait preuve d’une résilience bluffante. Mariant habilement la brique et la pierre, sa belle architecture « Reconstruction » a su repenser la ville tout en effaçant avec brio les cicatrices de l’Histoire.

Vous allez rencontrer des bâtiments à l’architecture originale et variée. La reconstruction des années 1920 et 1930 à Péronne balance principalement entre deux grands courants : le régionalisme traditionnel et le modernisme flamboyant de l’Art déco. Et parfois, les deux se mélangent !

Péronne s’est réapproprié son espace avec un élan de modernité. L’utilisation de façades géométriques, de décors floraux stylisés, de mosaïques et de ferronneries caractérise de nombreux commerces et habitations du centre-ville reconstruits à cette époque.







Pour redonner une identité familière à la région, les architectes ont aussi utilisé des briques locales, des toits en pente en ardoise et des pignons à « pas de moineau », typiques du style néo-régionaliste.


Les chantiers de reconstruction ont vu l’association de la brique traditionnelle et de l’ossature en béton armé. Le béton, alors en plein essor, offrait la rapidité et la solidité nécessaires pour reconstruire la ville en ruines.




Lors de votre promenade dans la ville, vous allez croiser d’intéressant « totems » qui vous en diront plus sur l’histoire de la ville, du Moyen Âge à nos jours, à l’aide de courts textes, de gravures ou photos d’époque et même de jeux.



La ville de Péronne propose plusieurs circuits de découvertes, dont un dédié à la Grande Guerre.




Non loin du monument aux morts se dresse ce qui reste des anciens remparts de la ville, longé par un bras mort de la Cologne.

En longeant le boulevard des Anglais, vous pouvez voir quelques jolies maisons datant elles aussi de la Reconstruction, avec vue vers la Somme.


Trois promenades permettent également de découvrir la ville : une balade historique (rouge, en suivant le symbole de la feuille de peuplier), une balade dans les vieilles rues de la ville (balisage bleu, symbole du pavé) et une promenade bucolique autour des étangs du CAM (jaune, symbole de la barque).
La balade péronnaise, une boucle facile et familiale de 3 km mêlant patrimoine, nature et détente entre étangs, remparts et lieux chargés d’histoire.
La porte de Bretagne
Située à l’est de la ville, la Porte de Bretagne est l’un des derniers vestiges des fortifications de Péronne.
Malgré son nom, elle ne s’ouvre pas vers la région bretonne, mais en direction de… la Grande-Bretagne ! Autrefois, de nombreux pèlerins britanniques venaient se recueillir sur le tombeau de Saint Fursy, moine irlandais qui joua un rôle essentiel dans l’évangélisation de la région.

L’édifice porte la date de 1602, gravée dans la pierre. Endommagée durant la Première Guerre mondiale, la porte a été restaurée et classée Monument Historique en 1925.

En l’observant attentivement, sur ses deux côtés, on peut y distinguer de nombreux symboles :
- Un « P » gothique entouré de trois fleurs de lys, pour Péronne.
- Deux chiens barbets, symboles de fidélité, soutenant un écu surmonté d’une fortification à quatre tours, où figure une jeune fille. Cette dernière incarne « Péronne la Pucelle », surnom affectueux donné à la ville.
- Une banderole proclame la devise latine : Urbs Nescia Vinci – « La ville jamais vaincue ».
- La Légion d’Honneur, reçue après le siège de 1870,
- La Croix de Guerre 1914-1918, hommage au courage de ses habitants durant la Première Guerre mondiale.

À proximité, un autre site mérite l’attention : le Bastion Royal. Édifié dans la même logique défensive, il conserve des inscriptions datées de 1634 et une fleur de lys marquant le passage du roi Louis XIV en 1635.


C’est un bel endroit, calme, fleuri, propice à la promenade. Je n’avais plus l’impression d’être à Péronne, mais plutôt hors du temps, revenue plusieurs siècles en arrière…

Chaque année, le temps d’un week-end, plongez au cœur du Moyen Âge avec la Fête Médiévale de Péronne, qui se déroule le 2e week-end de juillet autour de la Porte de Bretagne. Au sein du village médiéval, ne manquez pas les campements historiques, les démonstrations de savoir-faire anciens ainsi que les spectacles et animations inspirés de l’époque médiévale. L’accès au site et à l’ensemble des festivités est gratuit.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : 15, Rue de la Porte de Bretagne 80200 Péronne
L’église Saint Jean-Baptise de Péronne
Autrefois, Péronne comptait plusieurs édifices religieux : les collégiales Saint-Léger et Saint-Fursy, les églises de Saint-Quentin Capelle, Saint-Quentin-en-l’Eau, Saint-Sauveur ou encore Notre-Dame-de-Bretagne. Toutes ont disparu durant la Grande Guerre.
Dernière rescapée des nombreux clochers qui jalonnaient autrefois Péronne, l’église Saint-Jean-Baptiste raconte à elle seule les plus belles heures et les pires déchirements de la région.

Élevée dès 1509 en style gothique flamboyant sur les fondations d’une ancienne chapelle du XIIe siècle, l’église a été achevée en 1540 et s’est même offert le luxe de sortir indemne du siège de 1536 !

En 1845, lorsque le beffroi de la ville a menacé de s’effondrer, Saint-Jean-Baptiste a accueilli ses cloches, dont la fameuse « Bancloque » de 1398. Une cloche au rôle judiciaire redoutable : dès qu’un délit était signalé, son son avertissait le coupable qu’il avait trois jours pour se rendre à la mairie !
Mais, par la suite, l’église n’a pas été épargnée. Durant la guerre de 1870-1871, pilonnée par les Prussiens, ses voûtes ont été éventrées et ses cloches ont fondu dans les flammes. Pire, elle a été presque totalement détruite lors de la bataille de la Somme en 1916 puis le repli allemand en septembre 1918 : il n’en restait que les façades branlantes.

Classée Monument Historique, elle a été patiemment reconstruite à l’identique entre 1925 et 1932. Si du béton armé a été utilisé dans la charpente et les chêneaux, des pierres anciennes et des éléments sculptés ont été réutilisés, une partie des fondations a été conservée, ainsi qu’une partie du gros œuvre côté sud et de la façade ouest.
Sur le porche principal sont représentés l’Archange Michel, protecteur de Péronne, terrasse le dragon sous ses pieds (au centre). À ses côtés, Saint-Jean-Baptiste, patron de l’église, et une niche vide, celle qui devait accueillir la statue de Saint Fursy, jamais restaurée. De part et d’autre du portail, Saint-Pierre, à droite et Saint Paul, à gauche.


On réalise difficilement que cette église a été presque totalement reconstituée. Les grilles de clôture du chœur, par exemple, dataient du 18e siècle et ont été réinstallées en s’inspirant du style de la cathédrale d’Amiens.

On doit à Louis Barillet (maître verrier, décorateur et mosaïste Art Déco) le chemin de croix sur pierre gravée en creux, avec fonds remplis en ciment coloré et dorures.
Ami de Mallet-Stevens, il a créé les verrières de la villa Cavrois de Croix. Prolifique, il a aussi réalisé le mobilier de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais ou les vitraux de l’église de Martigny-Courpierre.


Les très beaux vitraux (1931-1932) sont une création du célèbre maître verrier et décorateur Jacques Gruber. D’abord artiste décorateur à la verrerie Daum, il est ensuite devenu l’un des fondateurs de l' »école de Nancy » (Art nouveau) et a notamment créé des vitraux pour la superbe villa Majorelle. On lui doit également la grande verrière des Galeries Lafayette de Paris ou les vitraux de la basilique Notre-Dame de Brebières d’Albert.

Gruber a représenté un épisode de la vie de saint Fursy, les Noces de Cana, le Baptême du Christ, l’Arbre de Jessé, le sacrifice d’Abraham…

Ces vitraux ont été ravagés par l’explosion d’un wagon de munitions en 1944, mais il a été possible de les recréer à l’identique après la Seconde Guerre mondiale.

L’un des seuls espaces qui a miraculeusement été épargné durant la guerre est la chapelle sud, où subsiste une fresque datée de 1601 intitulée « La Bonne Mort« . Elle représente un homme à l’agonie dans un lit. Il tend les bras vers la Vierge qui apparaît dans le ciel alors qu’un démon guette l’âme qui s’apprête à quitter son corps.
À droite et à gauche sont représentés les donateurs de la fresque, à genoux : un couple bourgeois de Péronne, Jehan Roussel et son épouse Jacqueline Aubé. Cette œuvre a été restaurée en 2013 par Laura Serafini et Antonella Trovisi.


À gauche : Dans le collatéral sud, le retable de l’autel de la Vierge date du 17e siècle. Le panneau central est décoré d’une toile représentant l’Assomption, encadrée de deux statues d’anges.
À droite : Le retable du maître-autel du 17e siècle représente le baptême du Christ, avec une statue de Saint-Pierre et Saint Paul, de chaque côté, et au-dessus, une statue de Saint Jean Baptiste.

L’église accueille le monument funéraire en marbre de Jean Bauduin, avocat mort en 1583. Au-dessus, un bas-relief semi-circulaire représente le défunt à genoux devant son crucifix.


L’orgue de tribune détruit par la guerre a été remplacé, en 1932, par un orgue de la prestigieuse manufacture Cavaillé-Coll. Il a été inauguré en 1933 par le célèbre organiste Marcel Dupré.


Seule rescapée des nombreux clochers qui rythmaient autrefois la cité, l’église Saint-Jean-Baptiste offre aujourd’hui aux visiteurs un havre de paix, abritant des trésors d’une beauté insoupçonnée. N’hésitez pas à y entrer !
INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : 1, Rue Saint-Jean 80200 Péronne
Horaires : 9h-17h
Le monument aux morts
Ce monument n’est clairement pas comme les autres !
Inauguré en juin 1926, le monument aux morts de Péronne détonne et marque les esprits. Fruit du travail de l’architecte picard Louis Faille et des sculpteurs Paul Auban et Corneille Theunissen, cette œuvre ne porte pas les discours héroïques et patriotiques habituels. Les artistes et la municipalité de l’époque ont fait un choix fort : le pacifisme absolu.

Surnommée « La Picardie maudissant la guerre », la sculpture principale représente une femme en larmes, symbole de la région et de toutes les mères ou épouses de soldats. Agenouillée au-dessus du corps d’un poilu tombé au combat, elle lève un poing vengeur et rageur contre la stupidité du conflit.
Deux bas-reliefs en bronze viennent compléter ce monument poignant : l’un rappelle le courage des soldats dans les tranchées, l’autre faisant le parallèle avec l’héroïque Marie Fouré (qui a défendu la ville contre les troupes de Charles Quint en 1536).
Je suis restée de longues minutes à observer cette œuvre poignante et profondément humaine !



INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : rue Béranger 80200 Péronne
L’hôtel de ville de Péronne et le musée Alfred Danicourt
L’Hôtel de Ville de Péronne, construit initialement en 1292, a subi de nombreuses transformations, dont une reconstruction par François Ier après le siège de 1536. Dans le style renaissance, la façade côté place affiche non seulement l’emblème de Péronne, mais aussi la fameuse salamandre, emblème personnel de François Ier.

Une extension a été ajoutée à l’édifice avec une façade de style néo-classique en 1783. Gravement endommagé lors de la Première Guerre mondiale, l’Hôtel de Ville a fait l’objet d’une restauration entre 1922 et 1927.

Installé au premier étage de l’Hôtel de Ville, le musée Alfred-Danicourt est l’un des plus anciens de Picardie. Fondé en 1877 grâce au legs passionné d’Alfred Danicourt (archéologue, numismate et ancien maire), ce musée municipal gratuit cache une histoire digne d’un roman d’espionnage !

Si le musée a été victime des grands conflits qui ont frappé la région, ses chefs-d’œuvre ont traversé le temps grâce au courage visionnaire de leurs conservateurs :
- En août 1914, pressentant l’invasion, le conservateur Félix Louis enterre en secret les pièces les plus précieuses. Résultat ? Alors que le musée est pillé et détruit en 1916, ses plus beaux trésors survivent !
- En 1941, même scénario. Pour échapper à une nouvelle occupation, les collections sont cette fois cachées sous une dalle de béton, dans les anciens cachots situés à 6 mètres sous la mairie.


Entièrement rénové en 2013, le musée déploie dans ses 4 salles un panorama impressionnant de la Préhistoire au XIXe siècle :
- Un médaillier gaulois d’exception : Une collection numismatique unique au monde, représentant l’ensemble des peuples gaulois connus, ainsi que des monnaies grecques et romaines.
- Bijoux et orfèvrerie antique : Des intailles, camées, bagues créto-mycéniennes, bijoux étrusques et artefacts mérovingiens d’une finesse rare.
- Vestiges locaux et archéologie : Des collections de silex néolithiques jusqu’au mobilier d’une villa gallo-romaine fouillée à proximité.
- Galerie de Beaux-Arts : Un riche fonds de peintures, gravures et plans anciens retraçant l’évolution de Péronne et de la Picardie.



Un voyage fascinant au cœur de l’archéologie et de l’art, pour découvrir des pièces uniques sauvées miraculeusement par deux fois !
Le musée organise chaque année une exposition temporaire sur un thème lié à la Picardie, à l’histoire de Péronne ou aux collections péronnaises…

L’entrée du musée se fait par l’accueil de l’hôtel de ville de Péronne. Le Musée Alfred Danicourt est accessible aux personnes en situation de handicap. Accès par ascenseur possible, et visites guidées adaptées aux handicaps mentaux ou visuels.
INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : 2, Place du Commandant Louis Daudre 80200 Péronne
Horaires : les mardi, mercredi et vendredi de 14h à 17h, ainsi que le samedi de 9h à 12h.
Tarif : gratuit
Carnet pratique pour votre escapade à Péronne :
- Y aller : En voiture, profitez du grand parking gratuit situé juste à côté du Mémorial de la Grande Guerre. En train, les gares les plus proches sont celles d’Amiens ou de Saint-Quentin, complétées par des lignes de bus.
- Temps de visite : Prévoyez une demi-journée pour l’Historial de la Grande Guerre, et ajoutez 2 à 3 heures pour flâner dans la ville, découvrir l’église Saint-Jean-Baptiste et vous détendre au bord des étangs.
- La pause gourmande : Faites halte dans un restaurant du centre-ville pour savourer une traditionnelle ficelle picarde, et glissez un gâteau battu local dans votre sac avant de repartir.
Entre mémoire vivante, pépites architecturales et pauses gourmandes au bord de l’eau, Péronne a bien plus à offrir qu’une simple étape historique : c’est une véritable immersion dans une cité au caractère bien trempé. Que vous soyez passionné d’Histoire, féru d’architecture ou simplement en quête d’une escapade paisible dans la Somme, laissez-vous séduire par l’énergie unique de cette ville résiliente. Péronne n’attend plus que vous !
À VOIR À PROXIMITÉ
Vous n’êtes pas loin de la belle Saint-Quentin et son superbe buffet de la gare, mais vous pouvez aussi visiter le mémorial sud-africain de Longueval ou le surprenant musée du Touage de Riqueval. Vous n’êtes pas loin non plus d’Amiens et d’Albert.
Le Circuit du Souvenir se compose d’un ensemble de lieux de mémoire de la Grande Guerre réparti entre Péronne et Albert et ses environs, dans le département de la Somme. Long de 92 km, il relie les principaux sites de combats de la bataille de la Somme en 1916 et certains sites de la bataille du Kaiser et de l’offensive des Cent-Jours en 1918.

