Coups de coeur

La cité souterraine de Naours

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Venez découvrir les grottes de Naours, également connues sous le nom de cité souterraine de Naours, une ancienne carrière de craie qui servit de refuge aux habitants du village durant les guerres et les invasions qu’a connues la Picardie. Cet immense labyrinthe souterrain, remarquablement organisé, est reconnu comme l’un des plus vastes du Nord de la France. Au sortir des galeries, vous pourrez découvrir le musée des anciens métiers Picards et un émouvant centre d’interprétation de la Première guerre mondiale.

Située à Naours, à environ 15 kilomètres au nord d’Amiens, ces cavités souterraines ont été utilisées par la population locale à partir du 15ᵉ siècle, puis visités par des touristes, dont d’innombrables soldats du Commonwealth, puis occupés par les Allemands…
La Cité souterraine, entièrement creusée par la main de l’homme, est à présent un site touristique où l’on peut parcourir 28 galeries.

L’histoire des “grottes” de Naours

Dès l’Antiquité romaine, la Picardie connut de nombreuses guerres et invasions. À partir du 9ᵉ siècle et des invasions Vikings, les habitants se réfugièrent dans les cavernes et grottes naturelles, puis dans les carrières de craie, qui commencèrent à être creusées vers le 12e siècle.
Au 16e siècle, les carrières furent agrandies pour devenir des abris pour les habitants, leurs cheptels et leurs biens, des “muches” (cachettes) en picard. Les gens pouvaient s’y installer durant des semaines, voire des mois.

Des recherches archéologiques ont confirmé que les grottes furent particulièrement occupées au début du 18e siècle, pendant la guerre de Trente Ans : on a retrouvé des inscriptions, des pièces de monnaie et des balles de mousquets datant de cette époque.
La population picarde utilisa de nombreux stratagèmes pour éviter de se faire repérer. Sous le règne de Louis XVI, par exemple, les contrebandiers passaient par les “muches” pour cacher leurs marchandises afin de ne payer la gabelle, un impôt sur le sel. Mais après la Révolution, les refuges furent de moins en moins occupés, jusqu’à tomber dans l’oubli.

Les grottes de Naours furent redécouvertes pour la première fois le 15 décembre 1887 par le curé de Naours, Ernest Danicourt, qui retrouva l’entrée de la ville souterraine avec l’aide de ses paroissiens. Il se consacra à l’exploration du réseau de galeries et à sa remise en état jusqu’en 1912.
Il y découvrit une grande quantité d’objets, mais aussi des ossements d’animaux et des fossiles datant de la préhistoire.

La cité souterraine de Naours devint un endroit touristique qui fut visité par des milliers de soldats en permission durant la Grande Guerre. Plus de 700 d’entre eux y laissèrent près de 3 000 graffitis et signatures marquant de manière indélébile leur passage, comme s’ils voulaient ainsi que leur nom survive à la guerre.

Durant la Seconde guerre mondiale, les souterrains furent d’abord occupés par les troupes britanniques comme réserve à matériel, puis par l’armée allemande comme entrepôt à munitions à partir de 1941, et en 1943, comme base défensive en liaison avec le mur de l’Atlantique.

De puissants groupes électrogènes furent installés. Les galeries consolidées, maçonnées, ventilées, éclairées furent aménagées en salles collectives et individuelles équipées avec du matériel (a priori pour brouiller les ondes radio). Tout fut saccagé à la Libération.

La cité souterraine de Naours

De nos jours, la cité souterraine comprend 28 galeries sur lesquelles sont réparties environ 130 pièces, à une profondeur moyenne de 33 mètres sous la colline.

Lors de la visite, vous parcourez une partie des souterrains avec un audioguide, puis vous découvrez le Musée des vieux métiers et terminez par le nouveau centre d’interprétation “Les Soldats voyageurs”.

photo issue de wikipedia

Dans le bâtiment qui sert d’accueil (et de restaurant), une petite exposition présente des photos prises au 19ᵉ siècle, lors de la redécouverte des grottes, ainsi que des pièces de monnaies retrouvées durant les premières fouilles (dont les plus anciennes datent de François 1er).

En sortant de ce bâtiment, vous entrez dans le parc de la cité souterraine de Naours… et vous allez comprendre pourquoi on parle de “cachette” 😉

Quelques panneaux placardés devant une maisonnette vous raconte toute l’histoire et les particularités de la cité souterraine de Naours : elle pouvait abriter près de 2 000 personnes, elle s’étend sur 2000 mètres, les numéros et noms des rues que l’on retrouve en sous-sol rappellent ceux de la surface, les gens descendaient “avec armes et bagages”, certaines chambres étaient fermées par des portes, les pièces de monnaies les plus anciennes retrouvées datent de 1280, les fileuses de lin y passaient des soirées lors des hivers rigoureux, etc.

Et ensuite ? Hé bien, il faut entrer dans cette petite maison qui semble si banale au milieu des bois… et qui est en réalité l’entrée des souterrains !

Vous êtes accueillis par un portrait de l’abbé Ernest Danicourt, curé de Naours de 1886 à sa mort, qui fut aussi historien et archéologue. Il fut ses études à Abbeville, à l’époque où Jacques Boucher de Perthes faisaient ses découvertes sur la préhistoire, ce qui lui donna le goût de l’archéologie.

Au bas de l’escalier commence la découverte. La fraîcheur du lieu vous enveloppe. Ne vous précipitez pas, le temps que vos yeux s’habituent à la semi-obscurité.
Vous pouvez aussi vous munir d’une lampe de poche, mais je trouve que la visite est plus “typique” sans lumière supplémentaire.

Tout au long des galeries se trouvent les chambres des différentes familles qui vécurent dans la cité. Au long de la visite, on remarque aussi les étables avec les auges, les cheminées d’aération et les cheminées à fumée qui ressortaient dans celles des maisons pour ne pas être remarquées par “l’ennemi”.

Les différents quartiers de la cité disposaient chacun d’une cheminée centrale, avec pour l’une d’entre
elles au moins une forge et un four à pain !

Il suffit de suivre l’audioguide et les panneaux numérotés pour avancer dans la cité souterraine, mais on comprend vite que – sans ces indications – on s’y perdrait facilement !

Les habitants s’installant longtemps dans la cité souterraine, ils ont évidemment créé une chapelle. La “chapelle de la Sainte Vierge” abrite une statue dans une nef. Ses murs sont gravés de croix, des symboles bibliques de l’Alpha et de l’Omega, et couverts des premières signatures que nous allons découvrir.

Un peu partout sur les parois, on distingue des inscriptions, dates, noms, signes religieux, etc. Dans la cité souterraine, ces signatures et gravures se retrouvent partout, elles tapissent littéralement les murs. Les plus anciennes datent de 1340 et les plus modernes, si on ne compte les touristes indélicats, de la fin de la Seconde guerre mondiale.

La majorité de ces signatures ont été inscrites par des soldats “au repos” durant la Première guerre mondiale. Si la plupart on laissé leur nom, une date et leur ville d’origine, certains ont gravé des symboles ou dessiné ce qu’ils avaient vu aux alentours, tel le moulin d’un certain Paddy Doyle en 1916.

Au milieu des inscriptions, on devine aussi de grosses pierres noires, un peu luisantes : du silex qui affleure de la craie (de la pierre à feu).

En continuant notre visite, on parvient dans une salle ovale, très haute de plafond, aux murs parfois nus, parfois couverts de briques calcaires : la salle de la rotonde, également appelée “place publique” est située à l’intersection de plusieurs “rues”.

Là aussi, comme partout, les murs sont couverts d’inscriptions. Je me suis parfois demandé comment les soldats ou visiteurs avaient pu grimper aussi haut ! Avaient-ils prévu une échelle ?

Nous continuons notre visite en descendant un escalier (il faut être prudent, on ne voit pas toujours bien les marches).

La “salle des fêtes” accueille des morceaux de craie plus ou moins taillés, une colonne de pierre et un “tableau des fêtes” où sont notées deux dates, 1888 et 1889, donc après la redécouverte du site.

Des fossiles d’inocérames et d’ammonites, datant du Crétacé (au plus tôt – 66 millions d’années), sont incrustés dans la craie.

Le 3 juillet 1893, l’abbé Danicourt organisa dans la cité souterraine de Naours, une réunion à laquelle participèrent des membres de la Société française d’archéologie, de la Société d’émulation d’Abbeville (une société savante) et de la Société des antiquaires de Picardie.
Un monument rappelle cet événement et, même s’il n’a rien à avoir avec la Grande guerre, des proches de soldats tués durant le conflit y laisse des photos et des couronnes mortuaires.

Bien évidement, ce monument est entouré de signatures et de dates.

Nous continuons notre route à travers un nouveau tunnel.

Il faut presque s’accroupir pour passer d’une salle à une autre… Sans doute la raison pour laquelle cette salle s’appelle “Le piège”.

Cette colonne commémorative rappelle la redécouverte de la cité souterraine par l’abbé Danicourt et ses paroissiens en décembre 1887.

La dernière salle, impressionnante par ses dimensions, accueille un calvaire avec un christ en cuivre rouillé et, là encore, des grafitti un peu partout.

Attention : la température dans les souterrains est de 9°C toute l’année, prévoyez des vêtements chauds. L’éclairage est faible, prenez une lampe de poche si nécessaire. La hauteur des galeries varie entre 1,60 m et 2 m, avec des passages étroits.
La visite du souterrain n’est donc pas adapté aux personnes à mobilité réduite, aux fauteuils roulants et aux poussettes.

Le musée des “vieux métiers” de Naours

Une fois la visite du réseau souterrain terminée, vous poussez une porte qui vous amène dans un petit musée présentant les métiers d’autrefois autour de personnages de cire dans leurs environnements typiques.

On y retrouve “l’écoucheux” (batteur de lin ou de chanvre pour en sortir les fibres), le bourrelier, le maréchal ferrant…

Sur la place du village se côtoient le rémouleur, le garde-champêtre et la “tireloteuse” (qui propose des tickets de loterie).

Le tondeur de mouton, mais aussi le vanier qui tressait l’osier, le rotin ou le roseau pour en faire des corbeilles ou des meubles.

Le centre d’interprétation du soldat voyageur

La cité souterraine de Naours garde sur ses murs des témoignages émouvants et précieux de soldats Britanniques, Australiens, Américains, Canadiens, Français qui, durant la Première Guerre mondiale, tracèrent sur ses murs leur nom, leur régiment, leur adresse à la mine de plomb.
Proche du front de la Somme, le site était une zone de repos pour les nombreux soldats alliés qui découvrirent la cité… et y laissèrent leurs traces. 

Le centre d’interprétation présente cette partie du front et de la guerre au travers des récits de soldats venus par milliers fouler le souterrain. Des témoignages aussi passionnants que poignants, qui proposent une approche inédite et vivante de la Grande Guerre.

En 2014, les travaux de l’archéologue Gilles Prilaux ont mis en lumière pas moins de 3200 graffitis datant de la Grande Guerre qui ont été répertoriés dans les galeries, faisant ainsi du lieu la plus vaste concentration de graffitis de la Grande Guerre connue à ce jour.

Gilles Prilaux s’est passionné pour ces témoignages et a fait un travail incroyable pour identifier un certain nombre de ces “soldats-touristes”, dont certains avaient eu le temps de se faire photographier à Vignacourt, dans la ferme Thuillier.

Cette partie de la visite m’a remuée : retrouver les visages et les noms de ces jeunes hommes, qui allaient pour la plupart mourir durant le conflit, fait revivre non seulement la cité de Naours, mais aussi toute une armée de fantômes.

C’est une formidable occasion de découvrir les visages qui se cachent derrière ces traces fragiles laissées au crayon de bois sur une roche calcaire il y a plus d’un siècle.

Ainsi, Leslie Russel Blake, géologue et cartographe, reçut la médaille polaire après une expédition en Antarctique. Véritable héros de guerre, décoré de la Military Cross, il tomba en octobre 1918 lors des batailles de la Somme.

Après votre visite, vous pouvez revenir à la surface et profiter du grand air ! 😉 Dans le parc boisé qui entoure l’entrée des grottes, on trouve une plaine de jeux pour les enfants, un mini-golf, un petit parc animalier, un bar, un restaurant et une aire de pique-nique, ainsi que des sentiers balisés pour la promenade. Pour les plus téméraires, un parcours d’accrobranche propose quatre parcours différents.

photo issue de wikipedia
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Lorsqu’ils sont ouverts, vous pouvez visiter le moulin du Belcan (ancien moulin à huile) et le moulin de Stavèle (moulin à farine du 16e siècle) qui dominent la colline. Ils symbolisent les moulins à vent disparus qui se dressaient auparavant au dessus des grottes.

Puisque vous êtes là, passez un week-end à Amiens, visitez le joli musée de photographies 1914-1918 de Vignacourt ou promenez-vous dans l’incroyable citadelle de Doullens.

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