Et si l’Histoire se racontait à travers des visages ? Au cœur du paisible village de Vignacourt, une ancienne ferme renferme un trésor unique : plus de 4 000 photos en noir et blanc, capturées pendant la Première Guerre mondiale, redonnent vie aux soldats et aux habitants qui les ont accueillis. J’ai été frappée par la beauté de ces photos et leur émouvante humanité. La collection Thuilliez est unique au monde par sa qualité artistique, sa diversité et son étendue.
Derrière ses murs ordinaires, la ferme Thuillier cache un trésor. Située rue d’Amour, à Vignacourt, non loin d’Amiens, elle abrite aujourd’hui le Centre d’Interprétation Vignacourt 14-18.

Dès l’entrée, de grands portraits en noir et blanc attirent le regard : soldats figés dans le temps, regards puissants, scènes de vie.


Pourquoi ces milliers de photos dans une ferme de Vignacourt ?
Au début du 20e siècle, Louis et Antoinette Thuillier, un couple de paysans passionnés de machines agricoles, s’était laissé séduire par une nouveauté : la photographie. En 1913, Louis avait acheté un appareil photo à plaques de verre. Il avait appris à s’en servir tout seul, et son épouse l’avait suivit dans l’aventure. Très vite, les villageois étaient venu poser : avec un cheval, une brouette, pour un événement ou simplement pour le plaisir.



À partir de 1914, Vignacourt est devenu une base arrière à 60 km du front de la Somme. Le village accueillait des soldats français et des soldats du Commonwealth : Australiens, Anglais, Indiens, Canadiens, mais aussi des travailleurs chinois, souvent oubliés de l’histoire. Loin du front, ce coin de campagne est devenu un lieu vivant, multiculturel, plein d’humanité.



Quand la guerre a éclaté, la ferme est devenue un studio improvisé, à ciel ouvert, pour les soldats alliés stationnés à Vignacourt. Ils sont venus par milliers s’y faire tirer le portrait, souvent pour envoyer une carte postale rassurante à leurs proches.

Pendant quatre ans, Louis et Antoinette ont pris des centaines de clichés. Sans le savoir, ils ont créé un patrimoine unique, un témoignage visuel rare de la Grande Guerre.

Le musée présente symboliquement le laboratoire d’Antoinette, avec ses trois bacs : révélateur, bain d’arrêt et fixateur. La photographie argentique ne serait pas possible sans les produits chimiques qui permettent de transformer des pellicules ou des plaques de verre en images magnifiques.


Mais une fois la guerre terminée, les soldats survivants sont repartis, le village a retrouvé son calme… et Antoinette a rangé soigneusement les plaques dans des malles, peu à peu oubliées dans le grenier.

C’est en 1988 qu’une poignée de photos a refait surface pour une commémoration, à l’initiative de Robert, le fils du couple Thuillier. Un passionné d’histoire de la grande guerre en a tant parlé qu’il a attiré l’attention de la télévision australienne. En 2011, la ferme était à vendre, en ruine. Des journalistes australiens venus faire un reportage sont alors tombé sur les 4 000 plaques oubliées dans le grenier. La découverte a ému le monde. L’histoire des Thuillier est revenu à la vie.
Aujourd’hui, la ferme est devenue le un centre d’interprétation de la Grande Guerre qui met en valeur les magnifiques clichés pris par Louis et Antoinette. Des visiteurs du monde entier – et surtout des Australiens – viennent y chercher le visage d’un aïeul, figé dans le temps, au cœur de la cour des Thuillier.



À quelques kilomètres du front, la vie continuait. À Vignacourt, soldats et habitants partagaient une parenthèse inattendue, faite de sourires, d’entraide et de moments de répit.


Ces images vont bien plus loin que de simples souvenirs. Elles montrent une vie partagée, une communauté éphémère qui se forme dans un village transformé en lieu de repos. Les soldats jouaient avec les enfants, refaisaient le monde dans les estaminets, organisaient des concerts ou des pièces de théâtre ou jouaient des matchs de « footy », le football australien.


On retrouve sur plusieurs photos Robert, le fils du couple, sur les genoux des soldats (ici, des Gurkas népalais et des Canadiens). Il leur rappelait sans doute leur propre fils ou petit frère resté au pays…

Dès 1916, ils ont aidé aux champs, ont tondu les moutons, et se sont liés aux habitants. À travers les photos en noir et blanc, on sent la chaleur humaine, la simplicité des échanges, et cette solidarité sincère au cœur de la guerre.
« Un siècle plus tard, les émotions sont intactes. La peur et la tristesse apparaissent dans le regard des soldats qui ont connu la guerre, mais l’espoir est dans leur cœur lorsqu’ils font face à l’objectif, fiers et droits, faisant preuve de courage. Des sourires, partois narquois, défient le sort que le destin leur a réservé ».


Aujourd’hui, ces portraits, exposés aussi à Canberra, continuent de transmettre ce message de fraternité universelle, né dans une petite ferme picarde, devenue lieu de mémoire et de reconnaissance.



Le centre d’interprétation de Vignacourt vous plonge dans ces instants de vie capturés, entre guerre et quotidien. Un lieu simple mais bouleversant, à ne pas manquer.





Les villages de Naours et Vignacourt étaient tous les deux situés à l’arrière du front. Pendant la Grande Guerre, de nombreux soldats britanniques et australiens y ont stationné. Dans la cité souterraine de Naours, ils ont laissé des graffitis sur les parois du souterrain. A Vignacourt, ils se sont fait prendre en photo par Louis et Antoinette Thuillier. Plusieurs d’entre eux ont ainsi pu être identifiés.

Le centre possède un espace pédagogique (livres sur la grande guerre, journaux d’époques, dossiers) et organise des ateliers tout au long de l’année (gravure, bricolage, photo argentique, bijoux, maquettes, anglais, etc.) ainsi que des escape games, des expositions, des concerts et des jeux en famille.

Grâce au Centre d’Interprétation Vignacourt 14-18, découvrez une mémoire vivante, touchante et universelle, où l’art de la photographie devient un pont entre les époques. Ici, chaque cliché est une rencontre, chaque regard un témoignage.
INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : 196, rue d’Amour 80650 Vignacourt
Horaires : Ouvert du mardi au vendredi (10h-18h), les samedi et dimanche (14h-18h) d’avril à octobre. Ouvert du mardi au samedi (13h30-17 h), de novembre à mars. Fermeture annuelle en décembre et première semaine de janvier.
Tarifs : 5€ plein tarif / 3€ tarif réduit / 2 € Enfant de -12 ans. Visite guidée sur réservation.
France 3 a diffusé le 11 novembre 2025 un passionnant documentaire sur l’oeuvre de Louis et Antoinette à Vignacourt, réalisé par Anne Mourgues. Il est disponible gratuitement sur France.tv jusqu’en avril 2028.
Puisque vous êtes dans le coin, poussez jusqu’à Amiens pour y passer un week-end ou découvrir ses alentours. Vous pouvez aussi aller plus au nord pour découvrir Beauval, la ville des frères Saint, ou partir à la découverte de Doullens.
Cet article vous a donné envie de visiter le centre d’interprétation Vignacourt 14-18 ? Enregistrez-le pour plus tard, partagez-le avec un·e ami·e prêt·e à partir à l’aventure… et surtout, n’hésitez pas à me faire part de vos découvertes personnelles !




Merci infiniment pour ce nouvel article si émouvant et si riche en histoire !
Bonjour Anne. Merci beaucoup pour ce commentaire adorable !