Coups de coeur

La bataille de tanks de Flesquières en 1917

Flesquières est un village rural du Cambrésis, qui était situé en plein cœur du champ de bataille durant la Grande Guerre : à une dizaine de kilomètres de Cambrai, et à équidistance d’Arras, Péronne et Saint-Quentin. Il n’est donc pas surprenant que le village ait été totalement ravagé par les combats. À la fin de la guerre, il était considéré comme détruit et a été décoré de la Croix de guerre 1914-1918.

Une nouvelle arme était apparue sur le champ de bataille : les chars d’assaut. Ils devaient permettre de traverser les lignes allemandes et en particulier la ligne Hindenburg, réputée infranchissable. Lors de la bataille de Cambrai, en novembre 1917, 476 chars du “Tank Corps” de la 3e armée furent alignés sur un front de huit kilomètres, chargés d’ouvrir la voie aux fantassins à travers les lignes ennemies. Cette terrible bataille fit plus de 100 000 morts en quelques semaines.

De nombreux chars furent détruits par l’artillerie et notamment le tank “Deborah”, dont cinq membres de l’équipage sur huit trouvèrent la mort durant les combats.

Le village de Flesquières

Tout le village a été reconstruit après 1918. Pierre Leprince Ringuet, prolifique architecte parisien (qui a restauré Cambrai), a reconstruit la ville au milieu des années 1920 en créant l’église, le monument aux morts, la mairie, le château et la chapelle du cimetière.

Il a dessiné l’église Saint-Géry de Flesquières dans un très joli style “néo-roman” influencé par l’Art Déco.

Construite en briques et pierres entre 1924 et 1928, l’église a requis les services de nombreux artisans, dont le grand statuaire Marcel Gaumont, qui a sculpté en béton moulé la statue de la vierge et les quatre évangélistes de la façade, ainsi que les animaux et les feuilles sur les arcades des vitraux.

Vous croisez dans tout le village des panneaux expliquant les événements qui se sont déroulés à Flesquières et la bataille de Cambrai.

Le monument aux morts, d’influence Art Déco, se dresse juste devant la mairie dont le fronton, sur lequel est gravé le blason de la commune, rappelle le style néo-flamand.

De nouveaux arbres ont été plantés en face de la mairie, en souvenir de soldats nés à Flesquières ou dans les villages alentour et morts durant la Première Guerre mondiale.
Ainsi, Gustave Dupire, né à Crèvecoeur-sur-l’Escaut, est décédé en Belgique à l’âge de 24 ans, dès le 23 août 1914. Julien Lanselle, né à Flesquières, est mort quant à lui en 1915, à 28 ans, dans la Marne.

Une randonnée (bien) nommée “La route des tanks” fait le tour de Flesquières, sur les sites de la bataille de Cambrai. Sur une boucle de 7 kilomètres (1h45) commençant à l’église, elle longe le bois d’Orval et son cimetière britannique, le Cambrai Tank 1917, la crête de Flesquières, le monument des nations, le site d’une ancienne tranchée et le cimetière civil.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse :
rue de l’église 59267 Flesquières

Le monument des Nations

Le 20 novembre 1917, à 6h20, commença la bataille de Cambrai. Préparée depuis des mois dans le plus grand secret, cette offensive britannique marqua le début de l’emploi massif des chars.
Comme l’indique aujourd’hui le belvédère installé au Monument des Nations, la crête de Flesquières fut l’un des objectifs de l’armée britannique lors l’offensive.

Le monument des Nations à Flesquières a été inauguré en 2007 en mémoire des hommes ayant participé aux offensives de la Bataille de Cambrai en 1917. Les allées représentent symboliquement le drapeau britannique, l’Union Jack, chacune se dirigeant vers un des hauts lieux du champ de bataille.

Au centre, le béton brut représente la ligne Hindenburg et ses bunkers. Il est imprimé par les empreintes des chenilles d’un tank prenant la direction de Cambrai, suivi par celles des pas de l’infanterie, signe que la ligne allemande a été traversée.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse :
Rue du Moulin / D89, à l’entrée de 59267 Flesquières.
Horaires :
le monument est accessible tous les jours, 24h/24.

Le musée “Cambrai tanks 1917” de Flesquières

Le musée “Cambrai Tank 1917” de Flesquières, comme son nom l’indique, est consacré à la bataille de Cambrai de novembre et décembre 1917 où plus de quatre cents chars furent engagés.
Ouvert en 2018, il conserve en son sein un tank de classe Mark IV surnommé “Deborah”, l’un des chars engagés lors de la bataille.

La visite commence dans la salle d’état-major, au cœur de la bataille : photographies d’époque et cartes animées défilent sur la table centrale pour vous présenter les différentes phases de l’offensive et vous ramener en novembre 1917.

Vous descendez ensuite un escalier de béton qui vous mène à six mètres de profondeur, où vous faites connaissance avec l’impressionnante carcasse de “Deborah”.

Le char “Deborah” a été touché par un obus allemand, puis enterré. En novembre 1998, après presque dix ans de recherches à l’aide de photos, d’archives, de témoignages, de photos aériennes et de repérage infrarouge, ce tank anglais a été retrouvé par l’historien Philippe Gorczynski, puis sorti de la boue. “Deborah” est un souvenir d’acier particulièrement marquant, car il ne reste que six exemplaires complets au monde de ce char.

Le bâtiment est volontairement très sobre pour que l’attention soit focalisée sur le char au centre de la pièce.

La bataille, la vie des soldats, les équipements, la fabrication des chars et leur aménagement intérieur, le réemploi des chars par les Allemands après la bataille… Tout est expliqué au travers d’une succession de vitrines, de panneaux et de films.

L’équipage du char “Deborah” est présenté, les morts comme les survivants, ce qui permet d’humaniser ce monument d’acier.

Un film retrace ensuite les dix années de recherche qui ont permis de retrouver le tank.

La visite se termine par une exposition d’objets en rapport avec les tanks ou les équipages de tankistes : obus, médailles, mouchoirs commémoratifs, plaque d’identification des soldats…

De nombreuses photos de soldats et d’officiers, dont beaucoup ont été identifiés, sont disséminées dans le musée, pour rappeler qu’une guerre n’est pas uniquement composée de tactiques et de munitions, mais est menée par des hommes valeureux.

Le saisissant “Musée Cambrai Tank 1917” n’est pas un musée comme les autres. Conçu et construit autour de son trésor, “Deborah”, il utilise ce tank pour mettre en lumière les soldats qui ont combattu durant la terrible bataille de Cambrai et les spécificités de ces nouvelles armes qu’étaient les chars.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse :
16 Rue du Calvaire 59267 Flesquières
Horaires : Ouvert du 15 mars au 30 novembre. De la mi-juin à la mi-septembre, ouvert tous les jours de 13h45 à 17h30. Du 15 mars au 15 juin et du 15 septembre au 30 novembre, ouvert de 14h à 17h30 les mercredis, samedis et dimanches.
Fermé les 1er janvier, dimanche et lundi de Pâques, 1er mai, Ascension, Pentecôte, 14 juillet, 15 août, 1er novembre et 25 décembre. Ouvert le 8 mai et le 11 novembre.
Tarifs : 6€ (4€ pour les habitants du Cambrésis)

Quatre des membres de l’équipage de “Deborah”, tués durant la bataille, reposent au cimetière britannique de Flesquieres Hill, à côté du musée.

Les cimetières militaires

Il existe deux cimetières militaires de la Première Guerre mondiale sur le territoire de Flesquières. Le cimetière britannique de Flesquières Hill et le cimetière d’Orival Wood.

En novembre 1917, le village a été capturé par la 51e division (Highlanders), puis repris par les Allemands en décembre, qui y restèrent jusqu’en septembre 1918.
Le cimetière britannique de Flesquières Hill a été créé à cette date par le regroupement de tombes provenant de villages des alentours. Il accueille les tombes de 921 soldats du Commonwealth, dont 332 ne sont pas identifiées.

Parmi ces tombes reposent 4 membres de l’équipage du tank “Deborah”, Georges Foot, William Galway, Joseph Cheverton et Frederick William Tipping, tombés le 20 novembre 1917.

Dans le cimetière d’Orival Wood, situé en pleine campagne, près du bois d’Orival, repose le poète Ewart Alan Mackintosh qui a écrit son célèbre poème “In Memoriam” en 1916. Mackintosh est décédé à 23 ans à Cantaing-sur-Escaut, le 21 novembre 1917, au deuxième jour de la bataille de Cambrai.

Ce cimetière comporte 284 tombes de soldats britanniques (dont une majorité d’Écossais), dont 10 ne sont pas identifiées et les tombes de 20 soldats allemands, dont 13 inconnus.

Jardin de la Paix franco-britannique

Derrière le musée, le jardin “Do Not Take Peace For Granted” a été créé en 2021 dans le cadre de la création des Jardins de la Paix portée par l’association Art et jardins.
Un ruban de calcaire sinueux invite le visiteur à pénétrer dans une vaste prairie de graminées, rappelant les vestiges d’un champ de bataille et des tranchées. 

Des tubes d’acier rouillé rappellent les fûts de canons qui ont marqué le conflit. En fin de parcours, les marques de peinture visibles sur les tubes se réunissent en anamorphose pour former un cercle d’or, symbole de paix et d’unité.

Flesquières se dévoile comme un lieu où l’histoire et la mémoire se mêlent à la beauté tranquille de la région. Témoin de son rôle clé dans la bataille de Cambrai en 1917, ce village commémore son passé au travers d’un musée captivant, de cimetières émouvants et d’un mémorial du souvenir, invitant les visiteurs à plonger dans l’histoire.

Si les lieux de la Première Guerre mondiale vous intéresse, il y a de très nombreux dans notre belle région. Vous pouvez aussi visiter le musée de Bullecourt situé entre Arras et Cambrai, mais aussi l’église art déco de Masnières, l’archéo’site de Rues des Vignes, l’abbaye Notre-Dame de Vaucelles et le château d’Esnes.

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