Coups de coeur

L’abbatiale de Saint-Riquier, joyau préservé de la Somme

Au cœur de la vallée de la Somme, l’église abbatiale de Saint-Riquier se dresse comme le dernier témoin d’une ancienne abbaye bénédictine au rayonnement exceptionnel. Fondée au 7e siècle, son abbaye a traversé les siècles, les guerres et les incendies, avant de voir la plupart de ses bâtiments disparaître. Aujourd’hui, l’abbatiale continue de raconter, à travers son architecture et ses trésors, l’histoire d’un lieu spirituel, politique et culturel majeur du Moyen Âge à nos jours.

Saint-Riquier, autrefois appelé « Centule » (la ville aux cent tours) est une ancienne cité qui s’est développée autour du monastère fondé en 625 par Riquier de Centule (futur Saint-Riquier). Ce dernier, propriétaire terrien converti au catholicisme, a évangélisé le Nord de la France. Il a été le premier abbé du monastère de 625 à 645. Et, un siècle et demi plus tard, le monastère est devenu une grande abbaye.

Au Moyen Âge, Centule a prit le nom de Saint-Riquier en raison de la ferveur des pèlerinages aux reliques du saint.

L’histoire de l’abbaye de Saint-Riquier

Fondée à la fin du 8e siècle par Angilbert, proche conseiller de Charlemagne, l’abbaye a connu son âge d’or sous l’empereur lui-même, qui a entièrement financé sa construction entre 789 et 799.
À l’époque, l’abbaye comptait plus de 300 moines, mais ne se limitait pas à la religion : riche, puissante et fortifiée, elle gérait la ville entière, avec civils et chevaliers sous son autorité. Angilbert y aurait été enterré, aux côtés de son fils Nithard, issu de son union avec Berthe, fille de Charlemagne.

Mais son histoire, comme souvent les abbayes, a été mouvementée : détruite par les Vikings au 9e siècle, reconstruite vers l’an mil, puis incendiée en 1131, elle a à nouveau été reconstruite et embellie au 13e siècle. Mais les destructions et reconstructions ont continué : saccagée par les Bourguignons et les Armagnacs, brûlée en 1554, puis incendiée à nouveau par les troupes de Philippe II d’Espagne, l’abbaye a failli disparaître…

Heureusement, au 17e siècle, l’abbé Charles d’Aligre a redonné vie au lieu par une vaste restauration. À la Révolution française, l’abbaye de Saint-Riquier a été déclarée bien national. La plupart des bâtiments ont été vendus ou détruits, sauf l’église abbatiale, qui est devenue église paroissiale.

Fermé en 1905 après la séparation des Églises et de l’État, le site est devenu un hôpital militaire, puis a accueilli en 1953 les Frères auxiliaires du clergé. En 1972, l’abbaye est entrée dans une nouvelle ère : elle a été rachetée par le conseil général de la Somme.

L’extérieur de l’église abbatiale Saint-Riquier

Construite à l’emplacement de l’église carolingienne détruite par les invasions normandes et les incendies, cet édifice du 13e siècle est l’œuvre de restauration entre 1257 et 1536. Si elle possède une façade de style gothique flamboyant du 15e siècle, l’Abbatiale de Saint-Riquier est un exemple unique de l’évolution de l’architecture gothique, présentant des éléments appartenant au gothique primitif, classique et flamboyant.

Le façade est composée de trois portails très richement décorés et surmontée d’un clocher carré flanqué de deux tourelles hexagonales qui abritent des escaliers.

Le tympan du portail central, le plus majestueux, est décoré avec profusion. On y distingue un Arbre de Jessé (représentation symbolique de la généalogie de Jésus) avec Jessé dormant dans un fauteuil. Au sommet se trouve la Vierge Marie avec l’enfant Jésus dans les bras.

Au-dessus sont sculptés, de part et d’autre, les deux abbés Eustache Le Quieux et Thibault de Bayencourt, qui entourent les statues des dix apôtres.

De chaque côté du portail central, on reconnait des abbés et des évêques, dont Saint-Riquier.

L’intérieur de l’abbatiale

La construction de la nef a débuté dans la seconde moitié du 13e siècle sous l’abbé Gilles de Marchemont dans le style gothique. La nef a été remaniée au 15e siècle après les dévastations dues à la guerre de Cent Ans.

Le très bel orgue de Saint-Riquier, qui provient de l’abbaye des Prémontrés (dans l’Aisne), a été installé sous le clocher de l’abbatiale en 1731.
Deux statues encadrent l’entrée principale sous la tribune d’orgue : à gauche, saint Christophe et, à droite, saint Jacques le Majeur.

La décoration des nervures, des clefs de voûte et des chapiteaux est faite d’une profusion de feuillage enroulé où l’on distingue, varech, feuilles d’érable, de vigne, de houblon, de chêne, de chardon, etc.

Levez les yeux et vous découvrirez de nombreux visages, animaux et formes végétales sculptés sur les chapiteaux des colonnes.

Le transept est séparé de la nef par une belle grille en fer forgé du 17e siècle.

Cette partie de l’édifice date du 13e siècle. Le chœur a gardé 68 stalles du 17e siècle en chêne sculpté représentant « Charlemagne et Angilbert relevant le monastère en ruine ».

Les chapelles rayonnantes ont toutes reçu la même décoration : une grille de fer forgé et des boiseries de chêne sculptées accueillant un tableau.

Au-dessous de la statue, vous distinguez la châsse de Saint-Riquier, qui contiendrait son crâne.

Saint Antoine, Saint Jean et Saint Roch.

À l’abbatiale de Saint-Riquier, la salle du trésor renferme des objets rares, habituellement inaccessibles au public. Reliquaires, peintures murales et statuettes précieuses ne sont visibles que lors de visites guidées spécifiques ou des Journées du patrimoine.
Mais bonne nouvelle : une vitrine holographique, installée au pied des marches menant au trésor, permet désormais à tous les visiteurs de découvrir douze objets numérisés en 3D. Parmi eux : une statuette d’évêque (vers 1500), un reliquaire en argent du 13e siècle, des peintures sur bois du 16e ou encore une clé de voûte en bois sculpté.

On accède à la la salle du Trésor par un escalier qui aboutit à un vestibule.

On peut d’abord observer des objets « classiques » du trésor de l’abbatiale : des chasses contenant des crânes ou ossements de saints, des ciboires, des chasubles brodées, des statues… Ces objets sont déjà de grande qualité.

Mais les objets qui reposent derrière la porte fermée sont absolument magnifiques.
Il est interdit de prendre des photos à l’intérieur de la pièce qui enferme le trésor de l’abbatiale Saint-Riquier. Les photos suivantes sont issues de wikipedia :

Le « trésor du Trésor », ce sont deux splendides peintures murales du 16e siècle, incroyablement bien préservées, vu leur âge :
– la première Dit des trois morts et des trois vifs représentant trois jeunes cavaliers terrorisés par l’apparition de trois morts en décomposition qui s’avancent. La scène est légendée en ancien français.
– la seconde dit de Saint-Ruiquier et de Saint Marcoul, légendée en latin.

INFORMATIONS PRATIQUES

Salle du trésor de l’abbatiale :
Horaires : Visites guidées du lundi au samedi à 10h30, 14h30 et 16h, le dimanche à 14h30 et 16h.
Tarifs : 10€.

Avant la Révolution, la chapelle Saint-André n’était qu’un passage entre l’église et la salle capitulaire. Il a été transformé en chapelle en 1822. Un tableau de 1771 peint par le parisien Nicolas-Bernard Lépicié, peintre de cour, orne le retable : il représente le Crucifiement de Saint-André.

Plusieurs chasses (des reliquaires contenant les ossements d’un saint) entourent le choeur, dont -dit-on – celle de Saint Angilbert, fondateur de l’abbaye Saint-Riquier et celle de son fils Nithard, historien, abbé laïc de Saint-Riquier

Vers 1822, l’abbé Louis Padé a acheté les bâtiments de l’abbaye épargnés par les destructions et en a fait don au diocèse d’Amiens. Ce dernier y a installé en 1828 le petit séminaire diocésain, auparavant situé dans l’ancienne abbaye Saint-Acheul d’Amiens.

Nous parvenons dans la très jolie chapelle dédiée à la Vierge, la plus grande et la plus impressionnante.

Les murs boisés sont décorés d’un chemin de croix du 19e siècle représentant les « instruments de la Passion » (la couronne d’épine, la corde, l’éponge au bout d’une lance, les clous…).

Cette chapelle possède une voûte retombant sur des culs de lampe richement sculptés et peints. On reconnait Samson luttant contre un lion, l’Annonciation, la Nativité, l’Adoration des Mages, la Fuite en Égypte, etc.
Sous les culs de lampe, se trouve une série de statues : Sainte Agnès, Saint-Paul, Sainte Marguerite, Sainte Catherine, Marie-Madeleine, Marie l’Égyptienne, Saint-Pierre…

L’autel du 18e siècle était surmontée d’une statue de la Vierge due aux Frères Duthoit (1862). Elle a été placée dans une autre chapelle.
Les vitaux aux formes géométriques ont été créés au 20e siècle.

Sur le côté nord du déambulatoire, on peut admirer la chapelle dédiée à saint Pierre, avec ses statues de Saint Pierre (polychrome), Saint Riquier (polychrome), le Christ ressuscité, Saint Thibaut, Saint-Paul et Saint Jacques le Majeur.

Offert par l’abbé Charles d’Aligre, au 17e siècle, le maître-autel est composé de trois panneaux de marbre blanc sculptés de fleurs et de tête de chérubins séparés par deux autres panneaux en mosaïque de Florence.

Dans la chapelle Saint Angilbert, cinq statues en pierre polychrome reposent sur des culs de lampe formés chacun d’un angelot. Ce sont des exemples remarquables de la sculpture picarde du début du 16e siècle. On reconnaît sainte Véronique, sainte Hélène, saint Benoît, saint Vigor et saint Riquier.

Terminons avec le baptistère du 16e siècle : il est sculpté de scènes de la vie du Christ et possède un couvercle pyramidal en bois pivotant.

Classé Monument historique depuis 1840, la majestueuse abbatiale Saint-Riquier reste un symbole fort de l’histoire religieuse et culturelle de la Somme. Elle constitue avec la collégiale Saint-Vulfran d’Abbeville et la chapelle du Saint-Esprit de Rue l’un des plus beaux spécimens de l’art gothique flamboyant en Picardie maritime. Ne passez pas à côté !

INFORMATIONS PRATIQUES

Adresse : Place de l’église 80135 Saint-Riquier
Horaires : Ouvert du 1er mai au 30 septembre du mardi au samedi : de 10h à 12h et de 14h à 18h.
Visites guidées de l’Abbaye du mardi au samedi à 10h30, 14h15, 15h30 et 16h15.
Tarif : l’entrée dans l’église est gratuite. La visite guidée : 6€.

Mémoire d’une abbaye disparue

Les murs carolingiens, encore visibles aujourd’hui, témoignent de l’ampleur de l’église d’Angilbert. Les travaux de reconstruction des 11e et 15e siècles ont été effectués sur les fondations du bâtiment voulu par le gendre de Charlemagne.

Les bâtiments conventuels subsistant datent pour partie du 18e siècle : ils ont été reconstruits après l’incendie de 1719, puis agrandis ou reconstruits au 19e siècle.
Le logis abbatial est l’élément le plus remarquable de cet ensemble. L’aile sud des bâtiments conventuels a été reconstruite de 1839 à 1843 pour accueillir le Petit Séminaire diocésain.

Le pieds de l’église, face aux bâtiments conventuels, sont plantés d’arbrisseaux, d’herbacés et de fleurs colorées.

Située à l’arrière du front, Saint-Riquier a été doté, en 1915, d’un vaste camp d’entraînement et d’un hôpital militaire de l’armée britannique, installé dans les bâtiments de l’abbaye.
Un soldat H. Bond, originaire de Newport, au Pays-de-Galles, a ainsi laissé son nom gravé. Et il n’est pas le seul. D’autres soldats et des ouvriers ou artisans du 19e siècle s’en sont donné à coeur joie…

L’abbaye de Saint-Riquier possède, clos par le mur d’enceinte de l’abbaye, un parc de 4 hectares qui jouxte les bâtiments abbatiaux.

La partie ornementale est composée d’une centaine d’arbres feuillus et résineux et de ruches. Aujourd’hui encore, le verger comporte environ 300 arbres fruitiers dont plusieurs sont centenaires : pommiers, poiriers, cerisiers, pêchers, pruniers, mais aussi châtaigniers, noyers et noisetiers, ainsi qu’une centaine d’arbres d’ornement.

Se promener dans le parc est particulièrement agréable. J’ai eu envie de m’y poser avec une couverture et un pique-nique 😉

Le logis abbatial est l’un des témoignages les plus authentiques de l’abbaye du 18esiècle. Construit à l’époque de l’abbé Charles d’Aligre, il a été acheté à la Révolution par le prêtre de la paroisse et utilisé ensuite par le petit séminaire.

Pour promouvoir ce patrimoine exceptionnel, l’abbaye propose chaque année, en juillet, un festival consacré aux musiques classiques et actuelles.

Vous pouvez aussi visiter quelques pièces des anciens logements, dont une accueille une petite exposition temporaire et des photographies de l’abbaye.

Les murs du couloir qui mène au parc sont émaillés de photographies (de la Somme, quand j’y suis passée). Ils proposent aussi une longue frise retraçant l’histoire de l’abbaye de sa création à nos jours, remise dans le contexte de l’histoire de France.

L’Abbaye Saint-Riquier a connu de nombreuses destructions dues aux incendies et aux pillages, mais c’est aujourd’hui l’un des plus beaux édifices de France. Elle est aujourd’hui un Centre culturel départemental qui propose des événements variés : expositions temporaires, visites guidées, résidences d’artistes, concerts, spectacles et ateliers de pratique artistique, tout au long de l’année.

INFORMATIONS PRATIQUES

Des visites guidées des bâtiments sont organisées tout au long de l’année.
Une visite guidée de l’ancienne Abbaye est programmée tous les jours à 14h30 et 16h (45 minutes).

La visite « L’Abbaye à 360 degrés » – que je vous recommande – permet de visiter l’église abbatiale et son trésor, ainsi que les anciens bâtiments conventuels et les jardins.
Horaires : du 1er avril au 30 septembre 2025 : du mardi au samedi à 10h30, 14h30 et 16h, le dimanche à 14h30 et 16h / Du 1er octobre 2025 au 31 mars 2026 : le samedi à 10h30, 14h30 et 16h.
Tarifs : 10 € / 7 € (réduit)
Réservation obligatoire auprès de l’accueil du centre culturel : 03 60 03 44 70 ou abbayesaintriquier@somme.fr

Puisque vous êtes dans le coin, passez un week-end dans la jolie ville d’Abbeville, ou une journée à Long en bord de Somme, ou, si vous appréciez les églises gothiques, visitez la cathédrale d’Amiens ou l’église Saint-Martin à Auxi-le-Château.

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