Long est un charmant village de la Somme qui ne manque pas de caractère. Avec son château en briques roses, sa centrale hydroélectrique classée, ses jardins à l’anglaise et ses étangs paisibles, Long mêle patrimoine, nature et histoire industrielle dans un décor bucolique. Idéal pour une escapade au vert, à pied, à vélo ou en barque, ce village plein de charme séduit les curieux en quête d’authenticité…
Il existe à Long plusieurs chemins de randonnée, à pied ou à vélo, et lorsque je me suis rendue dans ce village, je me inspirée de plusieurs itinéraires (Les hauts des Longs, Le pont des planches, Autour des étangs) pour créer ma propre balade. Suivez-moi, je vous emmène pour une découverte de la nature et du patrimoine de Long…



Le village se décrit lui-même de cette manière : « Long : grind’église, bieu catieu, s’tête dins chès camps, chès pieds dins l’ieu ». Version picarde de la « Grande église, beau château, la tête dans les champs et les pieds dans l’eau ». Et c’est exactement ça !

Nous allons donc partir de l’ancienne maison éclusière, devenue « Maison de la vallée » et bureau d’information touristique, pour longer la Somme canalisée.



Après avoir passé le pont, nous longeons les serres du château de Long, dont je vous parlerai plus tard durant la balade. Ces serres, immenses et magnifiques, ont été construites à la fin du 19e siècle et restaurées en 2002. Elles accueillent rosiers, clématites, bougainvilliers, lauriers roses, citronniers, canas, agapanthes…


Le parc du château s’étend sur environ 20 hectares, en terrasses descendant vers la Somme. On peut l’admirer depuis le chemin de halage. Il comprend un étang, un bois, un lavoir, une orangerie, une glacière… Les allées plantées, parterres et statues restent dans un style classique à la française.



Une passe à poissons a été construite à côté du barrage pour permettre aux poissons de remonter derrière les obstacles. La passe a permis de dénombrer près de 28 000 poissons dans la Somme en un an par vidéo-comptage. Le gardon arrive en tête, suivi par l’ablette et la perche commune.

Nous arrivons à l’ancienne usine hydroélectrique… Il faut d’abord traverser le « barrage ».



La centrale hydroélectrique de Long
Vous allez faire un bon d’un siècle en arrière en pénétrant dans l’ancienne centrale hydroélectrique de Long. Elle a en effet été l’une des premières centrales hydroélectriques de France, inaugurée dès 1903 !
L’usine pompait l’eau de la nappe artésienne pendant le jour et générait de l’électricité la nuit. Elle a fonctionné jusqu’en 1968, année où la commune a été raccordée au réseau EDF à 220 volts.


En 1900, la petite commune de Long était est l’une des plus riches de France grâce à la vente de ses « tourbages ». Elle a profité de ces revenus pour construire de nombreux bâtiments (reconstruction de l’église en 1851, écoles en 1870, Hôtel de ville en 1869, presbytère en 1870 et halte SNCF en 1900). Le conseil municipal voulait que les habitants puissent aussi profiter de l’électricité et de l’eau courante dans leur maison.

La ville organise régulièrement des visites guidées durant lesquelles vous pouvez découvrir le fonctionnement des machines qui ont permis à Long d’être surnommée “Ville lumière”. La centrale hydroélectrique de Long a conservé presque intégralement son matériel : turbines, entraînements, dynamos, pompes et tableau de commandes toujours en état de marche.

En face de l’ancienne usine hydroélectrique, l’hélice du bombardier Lancaster ND689 KM-0 est visible, tordue par le choc. Cet avion s’est écrasé à Long le 20 mai 1944 après une collision avec un autre bombardier. L’hélice et son moteur n’ont été retrouvés qu’en septembre 1998, dans l’étang où le Lancaster s’était abimé.
Des 8 membres d’équipage (des Britanniques, Canadiens et Sud-Africains), 5 sont décédés et 3 ont été faits prisonniers.

Nous continuons notre promenade sur le chemin de halage le long de la Somme.





Vous pouvez continuer sur le territoire de la commune voisine, Longpré-les-Corps-Saints, jusqu’au belvédère qui donne une jolie vue sur la vallée. J’ai préféré faire demi-tour et continuer ma visite de Long.


Au sud de Long sont disséminés de nombreux étangs aux noms poétiques : la Russie, les Près d’Envie, l’étang des Pompes, l’étang de Provisions, le Grand Marais, les Trentes… Le site fait partie d’un ensemble d’étangs tourbeux, avec une forte biodiversité retrouvée.


Nous repassons à côté de la centrale électrique en observant les canards et les cygnes, et nous longeons la centrale sans retraverser le pont.

Si vous voulez faire une pause ou un pique-nique, des bancs et des tables vous attendent au bord e l’eau…

Nous retournons dans le village en tournant à droite, pour admirer les peintures et dessins du projet « Un pont, une œuvre : Balade artistique le long du fleuve ».

La maison Scuderini, « entre guinguette et accueil d’artistes » a été peinte par l’artiste Pierre-Henry Gomont en 2024. Il a imaginé puis dessiné des femmes et des hommes qui habiteraient l’endroit pour créer. Conteuse, sculpteur, peintre, potier, pianiste, jongleur…

Un peu plus loin, c’est l’artiste Núria Tamarit qui a peint « la maison Gervois » en 2024. Elle a voulu souligner le contact du village « avec une nature généreuse et diverse ». « Venir à Long, c’est aussi la promesse de découvertes, de promenades, de loisirs simples et profonds. »

J’adore ce genre de projet qui apporte de la couleur et de la poésie au quotidien !

Encore un peu plus loin, c’est la faune des marais qui est mise en valeur par de jolies illustrations colorées…


Nous passons sur le pont qui enjambe la Somme afin de retourner dans le « coeur » du village.

Le château de Long
Le château de Long a été surnommé la « Folie de Buissy », comme on appelait au 18e siècle ces élégantes bâtisses nichées dans la verdure.
Il a été construit entre 1733 et 1743 par Honoré-Charles de Buissy, seigneur de Long, époux de Thérèse Geneviève Ravot d’Ombreval. L’architecte Charles-Étienne Briseux en a dressé les plans.
Ses briques roses et pierres blanches, son emplacement singulier sur les bords de Somme et ses serres suspendues en font un édifice remarquable. Les façades et les toitures du château, des communs, du colombier et des serres sont classés aux Monuments historiques depuis 1944 et 2003.

Le château renferme des décors sculptés et des peintures réalisées par Jean‑Baptiste Huet (qui travailla beaucoup pour la manufacture de toiles de Jouy et la manufacture de Beauvais). Certaines boiseries, exportées aux États‑Unis, ont été récupérées et installées dans l’Hôtel de Berny à Amiens (aujourd’hui un musée).
En 1871, le château a été acheté à la famille d’Abbeville-Boubers, descendants des Buissy, par Octave de Rouvroy. Les armes qui ornent aujourd’hui encore la façade du château sont celles de la famille de Rouvroy.

Laissé à l’abandon dans les années 1930, le château délabré est acheté en 1964 par l’industriel Roger Van Glabeke qui l’a entièrement restauré. Le château est aujourd’hui habité et entretenu par un couple de passionnés.
INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse :
Horaires : du 1er juillet au 31 août de 10h30 à 17h30. Visites guidées du lundi au samedi à 15h15 et 16h30 (fermé le dimanche).
Tarif : château seul 6€. Château et parc : 12€.
Le village de Long
L’hôtel de ville, coiffé d’un curieux campanile, date de 1862. Si ce bâtiment paraît démesuré pour un village de 600 habitants, il traduit la prospérité qu’a connue le bourg grâce à la tourbe et au tissage.

J’ai aussi remarqué cette maison d’habitation, ancien bureau de poste dont la boite postale est encore encastrée dans la façade.


Le 1er septembre 1944, un pilote de char Sherman a raté son virage et sa chenille a laissé une trace encore visible dans le mur de briques.


Le monument aux morts, érigé en 1920 en contrebas de l’église, représente la victoire avec à ses pieds un soldat mourant. Le bas-relief représente la mobilisation des hommes de Long.

Les noms, que l’on retrouvent à l’intérieur de l’église, sont souvent les mêmes. Des frères ou des cousins…


L’église Saint-Jean-Baptiste de Long
L’église Saint-Jean-Baptiste, qui se dresse au-dessus de la vallée de la Somme, possède les dimensions d’une basilique : 40 mètres de long et 15 mètres de hauteur. Le village de Long a pu reconstruire cette église grâce aux revenus de l’extraction de la tourbe.


Au début du 19e siècle, l’église construite en 1306 était vraiment en très mauvais état. Le Conseil municipal a voulu la rénover et la conforter, mais, confronté à des problèmes importants de structure, a décidé de tout reconstruire à l’exception du clocher-porche du 16e siècle.


Le chantier a débuté en 1846, sur les plans de l’architecte abbevillois Hyancinthe Vimeux et s’est achevé en 1851. C’est l’un des premiers édifices néo-gothiques de Picardie et la lumière y est présente partout.


Cette église en pierre, qui fait apparaître ses arcs boutant typiques de l’architecture gothique, se différencie des nombreux édifices religieux néo-gothiques construits en briques à la même époque qui privilégiaient surtout le décor.

L’intérieur est élégamment décoré, car la commune a passé commande aux célèbres frères Duthoit (qui ont beaucoup travaillé sur la Cathédrale d’Amiens) en 1855.
Ils ont créé les autels, la chaire, les deux confessionnaux, les fonts baptismaux, l’autel marial, l’autel Saint Roch, les lutrins, les piscines et le trompe-l’œil de la draperie destinée au mur de l’abside, les bancs et très certainement les stalles.
Toutes les photographies de l’intérieur de l’église proviennent de wikipedia.fr





Le maître autel avec ses anges montre une grande ressemblance avec l’autel de la chapelle de la vierge de la cathédrale d’Amiens, lui aussi exécuté par les frères Duthoit.

Les chapiteaux, sculptés de visages tous différents, sont aussi l’œuvre des frères Duthoit.

Une grande et belle plaque rend hommage « À la glorieuse mémoire des enfants de Long morts pendant la Grande Guerre ». Dans un si petit village, on retrouve souvent les mêmes noms de famille. Parmi ceux-si, six jeunes hommes de la famille Cailly, a priori tous cousins. 😔

Les vitres de la nef ont été créées en verres blancs losangés avec une bordure en verres de couleur bleue, ce qui a permis de donner cette luminosité à l’église.

Monsieur Stéphane Bazin, qui avait son atelier à Mesnil-Saint-Firmin dans l’Oise, a conçu en 1856 les vitraux de l’église. Les vitraux du chœur évoquent la vie de Saint-Jean-Baptiste et les quatre évangélistes. Les autres vitraux racontent des épisodes plus « modernes », telles l’apparition de la vierge à Lourdes ou les visions de Sainte-Thérèse.

La pièce maîtresse de l’édifice est l’orgue réalisé par LE facteur d’orgues de renommée mondiale Aristide Cavaillé-Coll en 1877. Comportant 20 jeux et 1 142 tuyaux, il fait venir de grands organistes du Monde entier pour des concerts.
Le buffet d’orgue en chêne, de style néo-gothique, a été conçu par l’architecte Delefortrie en 1874 et réalisé en 1877 par les sculpteurs Buisine et Bigot. Classé au titre des monuments historiques, récemment restauré au printemps 2023, seule la soufflerie a été électrifiée, mais tout le reste de l’instrument est d’origine.

L’église n’est pas souvent ouverte en dehors des mois de juillet et août. Renseignez-vous auprès du bureau d’information touristique pour la visiter.
INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : 5, Rue de l’Église 80510 Long
Horaires : l’église est ouverte uniquement lors de visites guidées
– en Juillet-Août le mardi et le samedi de 16 h à 18 h
– le reste de l’année pour des visites (consacrées à l’orgue, le mobilier, les vitraux…) organisées par le Bureau d’Information Touristique installé à la Maison éclusière.
Le cimetière de Long
Le cimetière situé au pied de l’église raconte l’histoire du village.

On y croise d’abord les plaques, mal en point, de plusieurs soldats décédés durant la Première Guerre mondiale, et dont les noms doivent figurer sur le monument aux morts.

Les premiers châtelains de Long sont enterrés dans une tombe très sobre.
Le premier nom est celui d’Anne Elisabeth Gaudin, vicomtesse de Buissy, épouse de Pierre de Buissy (le fils d’Honoré-Charles de Buissy, qui a fait construire le château de Long). Elle était la mère d’Anne Charlotte Elisabeth de Buissy, qui a épousé Amédée Charles Marie, comte de Boubers-Abbeville-Tunc, ce qui a « fait passer » le château dans la famille de Boubers-Abbeville (une très ancienne famille issue des anciens comtes de Ponthieu).

La Chapelle de la famille de Rouvroy est plus opulente, son blason est gravé au-dessus de la porte. Les Rouvroy étaient issus d’une vieille famille dont on retrouve les origines dans les Flandres. C’est monsieur Octave de Rouvroy qui a acheté le château après le décès d’Olivier Angelbert Marie, Comte de Boubers Abbeville, en 1871.



Le Docteur Marcel Bilhaut (chirurgien des enfants de l’Hôpital international) est enterré dans le cimetière d’un long, sous son buste.

J’ai aussi remarqué les tombes de deux familles cousines aux tombes semblables : Pax (paix), couronne d’épine et fleurs de pavot représentant le sommeil éternel.

Lucien Dufourmantalle était un cheminot et résistant des Forces françaises de l’intérieur (FFI). Chef de groupe, il a pris part à de nombreuses actions de sabotage ferroviaires dans la région à partir de juillet 1942. Le 2 septembre 1944, le groupe qu’il dirigeait était en poste à Longpré-les-Corps-Saints lorsqu’un véhicule allemand est arrivé sur la route. Lucien Dufourmantelle a été touché d’une rafale de mitrailleuse. Son nom figure sur la plaque commémorative de la SNCF en gare d’Abbeville.


Suite de la promenade
Une plaque commémorative est un peu cachée sous le pont. Elle rend hommage au soldat britannique Fred Haywood, pilote de char chez les « Royal Scots Greys » (le plus célèbre régiment de Grande-Bretagne), tombé le 1er septembre 1944, lors des combats pour libérer le village.

Nous allons terminer notre visite de Long par un nouveau plongeon dans la nature…
L’ancienne maison éclusière a été occupée par des éclusiers jusqu’en 2002. Elle est désormais un lieu d’animation touristique le long de la véloroute de la vallée de la Somme.


Si vous n’avez pas déjà fait une pause pique-nique à côté de l’ancienne centrale électrique, vous pouvez le faire à côté de la maison éclusière 😉


De la fin mai à la fin août, il est également possible de vous naviguer sur le canal de la Somme en bateau électrique, pour découvrir le village depuis l’eau. Dans le calme et la sérénité, vous pourrez observer ce qui défile sous vos yeux.


Les marais de Long le Catelet
Situés entre le Catelet et Long, ces marais communaux sont des témoignages du passé où l’extraction de la tourbe était pratiquée.


Cette extraction a favorisé la création de plans d’eaux peu profonds où différentes espèces s’épanouissent comme la Gesse des marais (une fleur violette) ou le Jonc des chaisiers (qui sert pour la vannerie).


Des panneaux et une table d’interprétation vous renseignent sur l’histoire de Long et la biodiversité qui s’est développée sur le site naturel.


Parmi les espèces présentes sur le site, vous aurez peut-être la chance d’observer des insectes protégés comme le Criquet ensanglanté ou l’Agrion délicat. À l’ombre des frênes, des hêtres ou des chênes, de petits tas de bois servent d’abris aux animaux et aux oiseaux.



Vous pouvez profiter de ce parcours balisé à pied ou à vélo, et même rejoindre le GR123 et le fleuve une fois celui-ci achevé.


Rendez-vous à la Maison éclusière de Long pour découvrir les propositions de visites guidées à pied et en barque. La location de vélos, paddle et canoës est aussi possible.
À Long, baladez-vous au cœur de la vallée de la Somme entre château élégant, centrale hydroélectrique historique et jardins paisibles. Partez à pied, à vélo ou en barque pour explorer les étangs, marais et chemins de halage. Un lieu parfait pour mêler nature, patrimoine et détente !
Puisque vous êtes dans le coin, passez un week-end à Abbeville ou à Amiens, visitez l’émouvant Musée 14-18 de Vignacourt ou plongez dans la cité souterraine de Naours.




Très chouette reportage, ça donne envie d’une jolie balade !
Merci Claudine. Long est vraiment un village charmant que j’ai découvert avec plaisir. Et oui, la balade est très jolie 😉