Rubrouck, dans le canton de Cassel, est un petit village riche en patrimoine et traditions. Son nom, comme ceux de ses rues, témoigne de ses racines flamandes encore bien vivantes. Mais il surprend par son lien inattendu avec la Mongolie ! Ce petit bourg aux maisons soignées est en effet la patrie de Guillaume de Rubrouck, moine franciscain du 13e siècle, envoyé jusqu’au cœur de l’Empire mongol bien avant Marco Polo.
Rubrouck, petit village des Flandres, est mentionné pour la première fois en 1104 sous le nom de Rubroch. Le mot Rubrouck vient de deux termes flamands : ruw (broussailleux) et brouck (marais). Jadis, la zone était couverte de marécages et d’épineux, avant d’être façonnée par l’homme.
Rubrouck est aussi la patrie de Guillaume de Rubrouck, moine voyageur du 13e siècle, envoyé chez les Mongols bien avant Marco Polo. Aujourd’hui, le village est jumelé avec la Mongolie, en hommage à ce lien historique unique.
Rubrouck est reconnu pour son patrimoine typique. Il fait partie des 100 villages de France à caractère remarquable. Les maisons y sont soignées, les rues portent fièrement leurs noms flamands traditionnels : Roomscappel straete, Groene straete, Popeliers straete…
Situé entre Houtland (pays au bois) et Blootland (pays nu des anciens polders), Rubrouck offre un cadre préservé, typique et paisible.
Pour y aller à pied ou en vélo, sachez que le village se situe à 5 km de la gare d’Arnèke ou 15 km de celle de Saint-Omer. En voiture, vous pouvez facilement vous garer à côté de l’église.
Le musée Guillaume de Rubrouck
Bien avant Marco Polo, un moine franciscain du nom de Guillaume de Rubrouck part à la découverte de l’Asie. Né au début du 13e siècle dans le village de Rubrouck, il est envoyé en 1253 en mission par le roi Saint Louis, avec pour but d’évangéliser les peuples d’Orient.

Durant son incroyable périple, il traverse l’Asie centrale et atteint la capitale mongole, Karakorum. Il y observe une culture fascinante et consigne tout dans une lettre détaillée au roi, véritable récit de voyage, à la fois témoignage historique et œuvre littéraire.

Mais son récit, pourtant riche et précis, reste longtemps dans l’ombre de celui de Marco Polo, écrit plus tard. Aujourd’hui, Guillaume de Rubrouck retrouve peu à peu la place qu’il mérite : celle d’un des premiers grands explorateurs européens en Mongolie.



En mémoire de ce voyage extraordinaire, la municipalité et l’association Guillaume de Rubrouck ont proposé un jumelage unique en France entre le village de Rubrouck et Bulgan, première terre de l’actuelle République de Mongolie foulée jadis par Frère Guillaume.

Au sein de ce musée, vous pouvez découvrir la culture mongole à travers l’exposition d’objets de la vie quotidienne de ce pays.





La Maison que vous visiterez, créée en 1996 et inaugurée par le président de la République de la Mongolie, dévoile non seulement l’histoire de Guillaume à travers des panneaux très instructifs et une grande carte retraçant son périple, mais elle nous emmène pour un véritable voyage en terre mongole.


Costumes traditionnels, drapeaux, moulin à prières, chaussures, tenue de lutteur, masques de danse chamanique, vous serez surpris par la diversité de la collection.


Le voyage de Guillaume de Rubrouck n’est pas seulement une aventure : c’est un chef-d’œuvre du Moyen Âge. Son récit impressionne par la qualité de l’écriture, la force des émotions qu’il transmet, mais aussi par la précision de ses observations. Il mêle avec finesse littérature, géographie et ethnographie, faisant de son témoignage un texte rare, à la fois poétique et scientifique.

À travers des tableaux, photos et objets, la « Maison de Guillaume » permet de découvrir la vie de ce peuple d’éleveurs, encore en majorité nomades.


Vous y découvrirez également les relations amicales qu’entretient aujourd’hui le petit village de Rubrouck avec la république de Mongolie.




Les années impaires, Rubrouck organise à la mi-juillet un Naadam, une fête qui célèbre son amitié avec la Mongolie.
Si vous trouvez porte close les week-ends entre le 1er avril et le 30 septembre, n’hésitez pas à appeler le numéro de téléphone figurant sur la porte d’entrée 😉
INFORMATIONS PRATIQUES :
Adresse : 78, route de Broxeele 59285 Rubrouck
Horaires : du 1 er avril au 30 septembre, les samedi et dimanche de 14h30 à 17h30. Toute l’année sur réservation.
Tarifs : 4 € / adulte. 2,50€ / enfant de 13 ans à 18 ans. Gratuit pour les moins de 12 ans. Moyen de paiement : chèques et espèces.
L’église Saint-Sylvestre de Rubrouck
Au centre du village, la silhouette massive de l’église Saint-Sylvestre s’élève dans un enclos paroissial verdoyant, bordé de haies d’aubépines, à deux pas de la motte féodale.
La haute tour-porche carrée, haute de 40 mètres, a été bâtie en 1532. Cette tour gothique, en briques jaunes et pierre de grès, est sobre mais puissante : contreforts de deux mètres et fenêtres aveugles en briques rouges. On distingue aussi des croix de Saint-André.

Typique des Flandres, c’est une hallekerque – une église-halle à trois nefs de même hauteur. Le chœur présente une maçonnerie en « Rouges-barres » , alternance de briques jaunes et de pierres calcaires.

Quelques plaques funéraires en flamand sont encastrées dans les murs de l’église. Parmi elles, celle de Jean-Baptiste Beyaert, décédé en 1775 à 77 ans et de son épouse Marie-Jeanne Herman, décédée en 1784 à 63 ans. « Ils ont eu 7 enfants », qui sont listés sur la plaque.

L’église Saint Sylvestre a connu plusieurs campagnes de travaux : reconstruction du chœur après l’incendie de 1579, réparations en 1616, ajout des bas-côtés vers 1727 et restaurations en 1848.

À l’intérieur, l’église a conservé l’essentiel de son mobilier ancien, dont 17 éléments inscrits aux Monuments historiques : retables, chaire, confessionnaux, fonds baptismaux, table de communion, tableaux, buffet et orgue…
On peut encore distinguer ce qui reste de l’église romane primitive au-dessus de l’abat-voix de la chaire : du grès ferrugineux disposé en arêtes de poisson.

La magnifique chaire de vérité en chêne date du 17e siècle. Sa cuve repose sur des symboles des évangélistes (l’aigle de saint Jean, l’ange de saint Matthieu, le lion de saint Marc, le bœuf de saint Luc).

Les panneaux font alterner les Vertus théologales (Foi, Espérance et Charité) et des ornements (végétaux, angelots) magnifiquement sculptés.


Je ne vais pas vous mentir, j’ai d’abord cru que l’église accueillait une crèche de Noël. À gauche, je voyais un roi mage… ou le père Noël 🙃

Mais il s’agit d’une mise au tombeau, un groupe sculpté en bois peint polychrome du 18e siècle représentant le Christ mort enseveli par sa mère et ses fidèles amis.

Ce tableau représente « Le Triomphe de la Foi catholique », inspiré d’une composition de Rubens, sur un thème caractéristique de la Contre-Réforme catholique du 16e siècle.

Les vitraux « modernes » représentent pour la plupart des saints ou saintes eux aussi « modernes » (je veux dire canonisés au début du 20e siècle). Ils ont été financés par les familles les plus aisées de la ville.


L’église Saint-Sylvestre accueille un très bel orgue monumental. Présentée dans un buffet du 18e siècle, la partie instrumentale comporte encore des jeux anciens, complétés au 19e siècle.
Le buffet d’orgues ainsi que l’instrument proprement dit sont classés, il s’agit d’un des meilleurs orgues du secteur. On ne connaît pas son fabricant, si ce n’est que c’est le même que celui de l’église Arnèke.


Le géant « Guillaume » a été créé en 1994, à l’occasion du jumelage de Rubrouck avec la ville mongole de Bulgan. Sa charpente métallique a été réalisée par les Sapeurs Pompiers locaux, qui se sont chargés de l’animation du géant jusqu’à ce que l’Association « Les Amis de Guillaume » la reprenne en 2006. Mesurant 4 mètres, Guillaume participe chaque années à la ducasse du village de Rubrouck, qui a lieu le dernier week-end de juin.

Comme de nombreuses églises des Hauts-de-France, celle de Rubrouck rend hommage aux soldats décédés durant la Première Guerre mondiale. Toutefois, ça n’est pas une simple plaque, mais une pietà qui a été créée en souvenirs des morts à la guerre.

Une plaque est accrochée derrière le mémorial. Elle rappelle la mémoire du Lieutenant André Wattel, mort à 38 ans, lors des premiers jours de la Seconde Guerre mondiale. Né à Roubaix, il avait obtenu un diplôme d’ingénieur à l’école Centrale Arts et Manufactures de Paris en 1922. Il faisait partie du 161e Régiment d’Artillerie de Position, dont les unités se sont battues dès mai 1940. Les groupes ont été détruits et les hommes progressivement capturés.

Deux confessionnaux à colonnes torses peuvent être datés du 17e siècle : l’un d’eux porte la date de 1699.

Sur le premier ont été sculptés des roses et des grappes de raisin.

Le second présente des colonnes plus fines et non décorées.

Ce sont les panneaux qui sont sculptés, d’angelots et de motifs végétaux.


Ouvrez les yeux, car vous trouverez dans cette église nombre d’objets finement ouvragés, comme ici, le pied d’un candélabre en cuivre.

L’un des cinq retables de l’église est consacré à Saint-Blaise, mort en 283 et vénéré contre les maux de gorge. Regardez bien : ce retable était originellement dédié à Sainte-Anne, ainsi que l’atteste une ancienne inscription « Anna B.V.O. » au-dessus de la tête du saint.

Le retable à gauche du chœur est dédié à la Vierge. Dans la niche du haut, une statue de la « Vierge au rosaire », une dévotion popularisée par saint Dominique et sainte Catherine de Sienne dont les deux statues figuraient de chaque côté du tableau, jusqu’à ce qu’une statue de saint Jean l’évangéliste ne remplace celle de la Sainte.

Le retable a conservé son tableau d’origine : « Le Couronnement de Marie ». Il a été sculpté dans le bois puis peint en trompe-l’œil par Jacques Wailsch de Saint-Omer et date de 1715.

Dans les nefs latérales, on trouve 2 beaux triptyques anciens, peintures sur bois à trois volets, datant du début du 17e siècle.
Celui de la nef nord représente les pèlerins d’Emmaüs reconnaissant Jésus ressuscité, avec sur les côtés, des hommes et des femmes en prière, sans doute les donateurs. Sous le tableau, une inscription en flamand rappelle les noms et titres de ces donateurs.

Les clôtures des retables et du chœur, créées en 1809, sont décorées de jolies ferronneries dorées représentant des symboles religieux.



Dans le chœur, le très beau maître-autel datant du début du 19e siècle est surmonté d’un tabernacle.
Un beau lambris du début du 18e siècle couvre toute la maçonnerie de l’abside. Les deux vitraux ont été réalisés en 1875 par l’atelier Lotteux de Mesnil et Bazin, de l’Oise. Trois tableaux ont été encastrés dans le lambris : « La Résurrection », un calvaire et « L’Ascension ».

Levez les yeux : saint Sylvestre en gloire terrasse un dragon, « symbole de l’hérésie et de l’erreur païenne ». C’est en effet sous le pontificat de ce pape (314-335) que l’empereur Constantin s’est convertit au christianisme.

Les stalles installées de chaque côté de l’autel sont plutôt simples et peu décorées, mais on peut y voir les armoiries d’une famille noble.

Le retable à droite du chœur est lui aussi l’œuvre de Jacques Wailsch de Saint-Omer et date de 1715. Tout comme celui dédié à la Vierge, il est en bois peint imitant le chêne, les dorures et le marbre.
Le tableau, signé de Jean Cabanne en 1885, représente l’apparition du Sacré-Cœur à Marguerite-Marie Alacoque (célèbre pour ses visions et canonisée en 1920).
Les deux statues représentent saint Arnould, patron des brasseurs et saint Séverin, protecteur des tisserands, deux corporations bien représentées en Flandre.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : 146, Contour de l’Église 59285 Rubrouck
Horaires : l’église est ouverte toute l’année.
Balade patrimoine à Rubrouck
Des circuits connus et balisés passent par Rubrouck : le chemin des retables et le circuit des mares (7 ou 10 km).
Mais nous allons suivre la courte et jolie promenade mise en place par le réseau « village patrimoine », afin de découvrir les points d’intérêts du village. Dix panneaux jalonnent le parcours pour vous informer au mieux.
La balade commence, évidemment, devant la Maison de Guillaume de Rubrouck.

Empruntez la Kleyne Naegel Straete (petite rue des Clous), jusqu’à parvenir à la frontière du village.

La croix érigée sur la route de Bourbourg signale un fait historique tragique qui a marqué l’histoire de Rubrouck. Au milieu du 16e siècle, la Flandre des Pays-Bas espagnols a été marquées par des violences opposant les réformés aux catholiques. (Les « Geux » se révoltaient notamment contre le roi Philippe II d’Espagne, catholique, pour des raisons fiscales et religieuses).
La plaque, posée au pied de la croix en 1977, rappelle « le souvenir de M. Antoine Van der Clytte, curé, et de M. Pierre Dolet, vicaire, tous deux noyés par les gueux le vendredi Saint, 18 avril 1568 ».

Nous revenons ensuite vers le centre du village et la maison de Guillaume, au travers des petites rues.
Anciennes brasseries, ancien moulin, estaminets, ces métiers et ces lieux sont encore perceptibles, ici par la forme d’une porte-fenêtre perchée, là par des façades particulières. Une multitude de petits métiers s’abritaient autrefois derrière les murs de brique rouge…

Nous arrivons sur la place du Jeu de Paume, autrefois « lieu de vie intense » autour de laquelle les nombreux artisans et commerçant du village étaient réunis : couturières, tailleurs, marchand de tissus, mercier, boucher, boulanger, épicier, cordonnier, menuisier, peintre, maçon, horloger… sans oublier, les brasseurs, bien entendu : nous sommes en Flandre !


En tournant à gauche, vous pouvez avancer de quelques dizaines de mètres jusqu’à la ferme-manoir d’Oude Hofstee (« la vieille ferme »). Des végétaux dissimulent aux regards ce joli patrimonial bâti typiquement flamand, mais l’automne ou l’hiver, vous pourrez voir une pâture et les bâtiments de cette ancienne ferme.
Marche arrière, retournons au village.
L’ancien presbytère de l’église, construit au 18e siècle et habité jusqu’en 1998 par l’ancien curée du village, abrite désormais la mairie de Rubrouck.

La mairie est située au centre d’une petite motte de terre ceinturée d’eau. On y accède par un charmant pont de briques.






Juste à côté de l’ancien presbytère devenu mairie, la motte castrale de Rubrouck, a conservé ses caractéristiques d’origine : une haute cour surélevée, une basse cour et des fossés en eau.

Protégée au titre des Monuments historiques, elle est, comparée aux autres, particulièrement bien conservée. Elle ne comporte pas de traces de construction ni d’occupation humaine. L’ensemble couvre 80 ares environ.

Nous repassons devant l’église Saint-Sylvestre. Observez la variété de ses matériaux : briques rouges, briques blondes (ou « jaunes » ou « des sables »), pierres calcaires blanches (au chevet), grès ferrugineux.

Nous remontons la route de Broxeele vers la route de Bourbourg.

La Maison Moreel a été construite au 18e siècle, en briques et en grès. Des briques « jaunes » y sont utilisées par petites touches décoratives.

Si vous observez bien la façade de la maison Moreel, vous pourrez remarquer des visages riants ou grimaçants.

Continuez tout droit et longez un commerce (en 2025, c’est une fleuriste).

Guillaume de Rubrouck est représenté au-dessus de la porte d’entrée.

La visite se termine devant l’ancien office notarial du 19e siècle, qui a accueilli cinq notaires depuis 1825 jusqu’à la fin du 20e siècle.
Édifiée au bord du chemin de la Procession qui ceint le village à l’est, cette imposante demeure montre la puissance et l’importance du notaire dans une société rurale traditionnelle.

En conclusion…
Rubrouck, c’est une pause authentique au cœur d’un territoire vivant et enraciné. Aujourd’hui encore, le village cultive fièrement sa double mémoire : celle des traditions rurales flamandes et celle d’un incroyable voyage vers les grandes steppes d’Asie.
Puisque vous êtes dans le coin, visitez la magnifique église d’Arnèke. Rubrouck est à équidistance de Watten et de Cassel, mais vous pouvez aussi passer la journée à Esquelbecq.
Ce guide vous a donné envie de visiter le village de Rubrouck ? Enregistrez-le pour plus tard, partagez-le avec un·e ami·e prêt·e à partir à l’aventure… et surtout, n’hésitez pas à me faire part de vos découvertes personnelles !



