Coups de coeur

L’église Saint-Martin d’Arneke, beauté flamande

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Au cœur du village flamand d’Arnèke, l’église Saint-Martin se dresse fièrement, témoin d’une histoire riche et mouvementée. Derrière sa façade sobre se cache un intérieur fabuleux, embelli au fil des siècles, notamment par de superbes boiseries de style Louis XV. L’église, édifiée sur un site de culte ancien, mêle pierres médiévales, briques flamandes et mémoire collective...

Elle remplace une ancienne église en pierre qui datait du 12e siècle, elle-même bâtie à la place d’un sanctuaire en bois datant sans doute du 9e siècle.
L’église a été détruite deux fois au 16e siècle lors de la révolte des « Gueux », des rebelles opposés à la politique fiscale et religieuse de Philippe II d’Espagne. Comme beaucoup d’églises de Flandre, elle a été pillée, incendiée, puis rebâtie.
Elle a été reconstruite à partir de 1594 et les travaux se sont poursuivis jusqu’en 1618. L’église a été consacrée en 1626 à Saint-Martin. Aux 18e et 19e siècles, l’intérieur de l’église a été embelli.

Cette église est typique des Flandres, une église-halle (une « hallekerke ») à trois nefs de hauteurs égales, couvertes d’ardoises.

Elle se distingue par sa haute tour-porche en briques, accolée à la nef. Celle-ci, l’une des plus hautes de la région, mesure 30 mètres de haut pour 9 mètres de côté. Elle abrite un beffroi avec deux cloches, qui rythment la vie du village.
Les murs de l’église d’Arnèke sont faits de briques rouge rosé, avec des motifs symboliques colorés, comme des croix de Saint-André ou des cœurs.

L’intérieur de l’église d’Arneke

En entrant par la tour-porche, je ne m’attendais pas à la richesse du décor exposé sous des voûtes lambrissées et peintes !

L’église renferme en effet un riche mobilier (en partie classé aux monuments historiques), notamment les retables, chaire, table de communion, confessionnaux, orgue et lambris sculptés. Excusez du peu !

Ces impressionnants lambris de style Louis XV qui font le tour de l’église ont été finement sculptés… en 1898. Ils présentent 42 saints et 9 saintes.

Remarquez les détails sculptés : volutes, feuillages, motifs floraux, symboles religieux… Un travail d’orfèvre sur bois.

Ces lambris constituent une véritable leçon d’iconographie : vous pouvez tenter de reconnaître les saints grâce à leurs attributs, mais leur nom est aussi gravé à leurs pieds. Ils ont été réalisés par l’atelier Couterie, de Lille.

Plusieurs éléments proviennent de l’ancienne abbaye Saint-Winoc de Bergues, dont l’hospice d’Arnèke dépendait, comme les deux soldats (romain et juif) grandeur nature qui encadre l’entrée de la grotte.

En voyant cette « grotte », j’ai pensais qu’elle accueillait une crèche, mais c’est une mise au tombeau de 1840 qu’elle renferme. Les personnages représentés sont en bois peint.

Les deux confessionnaux les plus anciens (18e siècle), situés vers le chœur, ont été sculptés par François Spillemaker. L’un porte une représentation du « Bon Pasteur », et l’autre une représentation de Saint-Pierre recevant les clefs du paradis.
Les deux autres confessionnaux sont de Louis Binet, ébéniste d’Arnèke.

Les portes des confessionnaux représentent tous des symboles liés au Christ (sacré cœur, instruments de sa crucifixion, etc.).

François Spillemaker a également réalisé la chaire monumentale.

Datée de 1780, cette chaire est ornée des figures des évangélistes, d’une statue de saint Roch et, sur la rampe, de palmes et de feuillages ajourés, accompagnant trois médaillons illustrant des scènes de l’histoire de Jonas.

Les vitraux de l’église, créées au 19e siècle, rayonnent des couleurs chatoyantes.

L’église célèbre toujours le culte de saint Gohard (Saint Godard / Goewaërt) dont elle possède les reliques. Originaire de Bavière, Gohard est devenu moine-pèlerin en Europe avant de se mettre au service de l’évêque de Thérouanne qui l’a envoyé à Arnèke.
L’autel de saint Gohard, en bois peint, date du 18e siècle.

Saint Gohard est devenu curé d’Arneke de 999 à 1002 et a prêché dans nombre de paroisses du nord, ce qui lui a valu d’être appelé « l’apôtre des Flandres ». Les chrétiens le prient pour lutter contre les maladies des os et les longues maladies.

Approchons-nous maintenant du chœur…

Les autels latéraux ont été exécutés en 1715 par Jacques Wailsch, artiste de Saint-Omer, et dotés – à la fin du 19e siècle – de tableaux d’Alexis Bafcop, peintre de Cassel.
Le retable sud est dédié à Saint-Omer (la statue dans la niche est celle d’Audomar de Thérouanne).

Le tableau central représente l’apparition du Sacré-Cœur à Sainte Marguerite-Marie Alacoque (religieuse mystique béatifiée en 1864).

La chapelle ouest est consacrée à la Vierge : dans la niche est placée une statue de la Vierge à l’enfant du 18e siècle. La toile de Bafcop représente la Vierge remettant le rosaire à Saint Dominique.

De chaque côté du cœur, on peut lire l’épitaphe de Jean van Halle (seigneur d’Angest, l’une des seigneuries d’Arnèke) et celle de Marie-Jeanne Van Kempen, fondatrice de l’hospice d’Arnèke (petite-nièce de Charles Van Kempen, curé de 1720 à 1772, grâce à qui l’église obtint son orgue).

Le chœur et toute sa décoration datent de 1772. Le tabernacle, le retable et son haut-relief, et l’ensemble des boiseries du chœur sont classés aux monuments historiques.

Le maître-autel en bois doré, rehaussé de miroirs, est surmonté d’un grand tabernacle encadré d’anges adorateurs.

Au-dessus, un retable monumental superpose la figure de saint Charles Borromée devant la croix, l’agneau reposant sur le livre aux sept sceaux, la figure de Dieu le Père accompagné d’anges, la colombe du Saint Esprit et, sur le plafond, l’apothéose de saint Martin, patron de la paroisse.

Quant aux stalles du chœur, probablement rapportées, elles sont de style Louis XV.

À côté de l’autel secondaire dédié à saint Gohard, on trouve un autre autel secondaire du 17e siècle en marbre rouge de Belgique adossés à son pilier. L’autel de Jésus flagellé témoigne de la grande dévotion à la Passion dans toute la Flandre.

Côté sud, on trouve un surprenant monument en bois sculpté dédié aux soldats locaux morts durant la Grande Guerre. Il est surmonté d’un casque et de drapeaux, et décorés de « combattants » (Louis IX, le roi David, Saint Georges, Saint Maurice…).

La représentation de la grotte de Lourdes a, elle aussi, été ajoutée au 19e siècle, comme dans nombre d’églises à l’époque.

L’orgue a été installé en 1771, offert par Charles van Kempen, doyen curé de 1720 à 1772, dans un buffet de François Spillemaeker. Cet orgue a été restauré en 1842 par Auguste Renard, facteur à Vieux-Berquin. En 1899, les buffets ont été entièrement vidés et embellis pour recevoir un orgue entièrement neuf des frères Neuville.

Au 17e siècle, le Seigneur Jean van Halle a fait don du triptyque de la Vierge couronnée, peint sur bois. La famille du donateur de l’œuvre figure agenouillée, à droite et à gauche.

Prenez le temps de faire le tour de l’église à l’extérieur pour admirer les maçonneries anciennes, le calvaire en bois sur la façade sud, et la vue dégagée sur la campagne flamande.

Sur le mur de la nef nord, vous pouvez voir la dalle funéraire d’Inglebert de Smyttere, issu d’une famille de charpentiers de moulins, décédé en 1731. Sous l’épitaphe en flamand se trouve une représentation allégorique de la mort et une inscription : « Priez pour le repos de ma vie. Moi aujourd’hui, vous demain. »

Cornelius Hondremarck, responsable de la paroisse d’Arnèke, est décédé en 1782 à l’âge de 43 ans. Il est enterré avec son épouse et ses enfants.

L’église Saint-Martin, située au cœur du village d’Arneke, attire de nombreux visiteurs tout au long de l’année et lors des concerts d’orgue. Elle a traversé les siècles, les guerres, les incendies, et continue d’accueillir les habitants et les passionnés de patrimoine.

Puisque vous êtes dans le coin, visitez le musée Les racines de la vie rurale à Ledringhem, qui vous fera voyager dans le temps. Vous pouvez aussi passer une journée dans la belle ville de Cassel ou un week-end dans le village préféré des Français, Esquelbecq. Ne passez pas à côté de Rubrouck et de son musée sur la mongolie.

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