Coups de coeur

Les carrières de Montigny, balade insolite dans l’Oise

À Machemont, au cœur de l’Oise, les carrières de Montigny offrent une escapade qui change des balades classiques : un site de pierre et de sous‑bois où on lit, dans les parois, une histoire locale faite d’extraction, de savoir‑faire et de paysages façonnés par l’homme. Ici, on vient autant pour le dépaysement — l’atmosphère minérale, les reliefs, la fraicheur à l’ombre — que pour comprendre comment ces carrières ont marqué le territoire et alimenté, pendant des générations, chantiers et constructions de la région. Une visite idéale pour les curieux qui aiment mêler nature, patrimoine et petites aventures…

L’association « La Machemontoise » a été créée en 2008 pour entretenir le patrimoine de la commune de Machemont, dans l’Oise. Les bénévoles s’emploient à déblayer, restaurer et animer les anciennes carrières de pierre de ce village situé entre Compiègne et Noyon. Les carrières de Montigny concentrent des galeries souterraines, des habitats troglodytes et des traces de la présence des soldats durant la Grande Guerre.

Les carrières de Montigny forment un site vraiment à part, mêlant salles souterrainess, galeries d’extraction, sculptures, tranchées et espaces extérieurs verdoyants. La balade est particulièrement dépaysante : parois de pierre grise, jeux d’ombre et de lumière, et une atmosphère presque théâtrale au cœur d’un écrin boisé. C’est aussi un lieu vivant, où l’association qui le fait vivre propose régulièrement des événements culturels et patrimoniaux.

Mais pour commencer, pourquoi les carrières de Montigny ont-elles été creusées ?

« Cette pierre blonde a l’avantage d’être facile à travailler tout en étant solide et plus ou moins résistante aux injures du temps, et elle peut fournir des blocs assez massifs. Elle a donc servi à ériger la majeure partie des grands monuments et des immeubles en pierre de taille à Paris et dans toute la région parisienne, depuis l’Antiquité romaine, ainsi qu’un grand nombre d’églises, des abbayes, des cathédrales (dont celles de LaonSoissonsNoyon et Senlis) ou encore des châteaux (Versailles, mais aussi CompiègneChantillyPierrefonds, Coucy, etc.). »
Wikipédia

Durant la Grande Guerre, les carrières de Montigny ont été utilisées de manière beaucoup plus prosaïque : ses pierres ont permis de remblayer les routes en dommagées.

D’ailleurs, au départ de la visite, on découvre un grand bas-relief gravé dans la pierre par un soldat, une sculpture ressemblant à la déesse guerrière Athéna. À moins que ce soit un soldat romain ? Le message « Passer : jamais » est adressé à l’ennemi allemand, cantonné quelques kilomètres plus loin dans les tranchées…

Au cours de la guerre 14-18, les carrières ont offert un lieu de repos, de détente, de soins et d’abris à nombre de soldats. Un hôpital militaire y a même été créé !

De nombreux régiments ont transité par ce site. De cette période subsistent des sculptures, des inscriptions, des graffiti qui en font un lieu de mémoire de la Grande Guerre mondiale de 14-18.

La visite commence par la découverte du sous-sol. Non, pas la cave, mais bien le « calcaire lutétien » dans lequel ont été creusées les carrières de Montigny. Ce calcaire, qui a environ 45 millions d’années, est caractérisé par ses fossiles variés, que l’on voit facilement à l’œil nu.

On extrayait ici une pierre de calcaire lutétien de grande qualité, assez solide, d’abord utilisée dans la région puis envoyée jusqu’à Paris, notamment pour les grands chantiers liés à l’ouverture des boulevards Haussmaniens.
Avec le début de la Première Guerre mondiale, l’exploitation s’est arrêtée, et n’a repris après le conflit que de façon très limitée.

Les carriers, les habitants et, surtout, les soldats ont laissé de nombreuses traces de leur passage, souvent des visages gravés dans la pierre.

En extérieur et dans le dédale des galeries souterraines, on compte près de 200 traces laissées par les soldats, ce qui en fait le cinquième site le plus riche dans l’Oise. Une mini-exposition présente plusieurs de ces gravures, car certaines galeries ne sont plus accessibles, pour des raisons de sécurité.

La visite continue à l’extérieur, pour admirer d’autres bas-reliefs sculptés dans les carrières. Certains ont été créés par de véritables artistes, tel ce « lion terrassant le dragon ».

Le ténor Marius Cropait a montré un grand courage durant la Grande Guerre, au point qu’il a été nommé sous-lieutenant. Lors de son court séjour aux carrières de Montigny, mi-juin 1916, Marius a réalisé trois sculptures inspirées des figures mythologiques grecques et romaines.

Le lion terrassant le dragon est une allégorie de la victoire des Alliés sur les troupes prussiennes. Le lion soumet un monstre coiffé du casque à pointe allemand… Malheureusement, la face du lion a été abîmée dans les années qui ont suivi.

D’autres soldats ont laissé leur marque, dont des zouaves reconnaissables à leur chéchia, une coiffe haute et rouge. Ils ont aussi gravé l’insigne de leur régiment : le croissant.

La Machemontoise et le site des Carrières de Montigny ont été retenus pour accueillir la cérémonie de lancement des multiples événements proposés entre 2014 et 2018 en souvenir du centenaire de la Première Guerre mondiale.

Mais l’association a aussi pour but de relater la vie des hommes qui ont vécu dans les carrières à diverses époques de notre histoire, et notamment les tailleurs de pierres et les habitants de Machemont.

On trouve d’ailleurs des portes dans la pierre, car le site est en partie troglodytique : durant des siècles, les carriers et leurs familles ont aménagé leurs logements directement dans le calcaire, ce qui est unique dans la région. Avant la Grande Guerre, la population était estimée jusqu’à 200 habitants.

Seconde des trois sculptures réalisées par Marius Cropait : Athéna, symbole de la victoire. Le « Poilu », agenouillé, l’implore de le conduire vers la victoire contre les Allemands.

Le guide nous emmène dans une seconde partie des carrières où nous sommes accueillies par une exposition sur les graffiti de soldats américains de 1917 cantonnés dans le Soissonnais.

Le guide nous explique qu’après les carriers, de nouveaux habitants se sont installés jusque dans les années 1970 : ils produisaient -grâce à l’obscurité et l’humidité des carrières – des champignons de Paris et des endives.

Nous reprenons la visite avec d’autres parties habitées par les soldats durant la Grande Guerre.

La carrière était organisée comme une ville souterraine avec les quartiers des officiers, la cuisine, les latrines et des lieux de la vie quotidienne. Les soldats ont évidemment créé une chapellle.

Les soldats ont souvent gravé des visages et des silhouettes. Des silhouettes de femmes. Brassart a laissé sa trace le 26 mars 1917.

Au milieu du 19e siècle, 18 tailleurs de pierres travaillaient dans les carrières de Montigny. Mais on trouvait aussi des personnes chargées de l’enlèvement des pierres, d’autres chargées de leur transport, d’autres encore chargées de l’intendance. 3 000 tonnes de pierre sortaient chaque année des carrières, avec des galeries pouvant atteindre plus de 600 mètres.
La mécanisation de l’exploitation n’est jamais arrivée jusqu’à Machemont comme en témoignent les traces laissées sur la pierre et le transport par charrette

Le guide nous présente le logement d’un des derniers résidents des carrières, qui est resté sur le site alors que les habitants étaient déjà tous partis.

Nous traversons les bois pour découvrir d’autres éléments des carrières et d’autres traces laissées par les soldats.

Un petit côté « Indiana Jones et le Temple Maudit »… 😉

Les bénévoles de l’association ont recréé les tranchées qui avaient été creusées en hauteur, pour mieux voir l’ennemi qui tentaient d’avancer sur Machemont.

La visite se conclut dans la salle aménagée par les bénévoles pour les conférences et les expositions.

La grosse cerise sur le gâteau est – selon moi – la présentation du « Manuscrit Maréchal », du nom du dessinateur Léopold Maréchal. Il a écrit un « journal des tranchées » de 84 pages, illustré de quarante magnifiques aquarelles, où il raconte sa vie durant la guerre. Affecté dans l’infanterie, il a vécu dans les carrières de Montigny d’octobre 1914 à février 1916. Devenu « peintre des armées », il a survécu à la guerre.

Ce très beau manuscrit, relié avec une couverture en cuir, a été vendu par les héritiers de Léopold et, bien heureusement, acheté par un Américain, professeur de français à l’Université de Saratoga Springs. L’association « La Machemontoise » l’a convaincu de faire une copie complète de l’ouvrage, pour qu’il soit partagé à tous.

Vous pouvez vous procurer un « fac similé » de très belle qualité auprès de l’association. C’est un ouvrage unique, magnifique et très émouvant. Si vous aimez l’histoire et/ou l’art, n’hésitez pas !

La visite terminée, il est possible de discuter avec les bénévoles, de prendre un rafraichissement et d’acheter des livres sur l’histoire des carrières et de leurs habitants, la guerre et la région (chaque achat aide l’association à fonctionner 😉 ).

La visite des carrières est possible uniquement en visite guidée. Une seule visite guidée par jour d’ouverture lors de la saison estivale. Ouverture des grilles dès 14h30 pour un départ à 15h.
Le site n’est pas accessible au PMR (sol parfois instable, marche dans la forêt, descente d’escaliers un peu raides).

L’association organise également des événements pour faire vivre les lieux et les ouvrir au plus grand nombre : marché de Noël, expositions, salon Nature et Art du jardin, concerts, Journées du Patrimoine, pièce de théâtre, spectacles, conférences, reconstitutions historiques, parcours découvertes, activités sportives, journées thématiques…

En bref, les carrières de Montigny à Machemont sont une sortie idéale pour celles et ceux qui aiment les lieux qui ont du caractère : on y marche entre galeries creusées dans la pierre, salles troglodytes et clairières verdoyantes, avec cette ambiance à la fois fraîche, calme et un peu mystérieuse. Si vous cherchez une visite originale, photogénique et pleine d’histoires à raconter, notez Montigny sur votre liste et venez explorer ces carrières hors du temps.

Vous pouvez aussi faire une boucle de randonnée (5 ou 13 km) qui commence et termine par les carrières, sur les pas du soldat dessinateur Léopold Maréchal.

Puisque vous êtes dans le coin, visitez la Cité des bateliers à Longueil-Annel, promenez-vous le long de l’Oise à Pont-l’Évêque ou passez un week-end dans la ville impériale de Compiègne ou dans la belle ville de Noyon.

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