Week-ends

Un week-end à Saint-Amand-les-eaux

À la lisière de l’eau et des forêts, Saint‑Amand‑les‑Eaux offre une escapade qui fait du bien : seule station thermale au nord de Paris, elle se niche au cœur du Parc naturel régional Scarpe‑Escaut et compose un délicieux mélange de bleu et de vert. On y vient pour une parenthèse de bien‑être, mais on reste pour la richesse du patrimoine : la ville promet un séjour entre nature, culture et détente.

Situé à 15 minutes de Valenciennes, Saint-Amand est surtout connu pour l’eau minérale qui porte son nom et pour sa station thermale spécialisée dans le traitement des affections rhumatologiques et des voies respiratoires. Connue dès l’époque romaine pour les bienfaits de son eau, la station doit ses origines aux premiers thermes construits au 17e siècle sous la direction de Vauban. Oui, l’architecte militaire de Louis XIV, spécialiste des citadelles, a aussi réalisé quelques bâtiments civils !
Peu après la conquête de la Flandre par les soldats de Louis XIV, le médecin Heroguelle a vanté les vertus de la source « Grand Bouillon », ce qui a décidé le roi à capter et exploiter les eaux de Saint-Amand.
D’ailleurs si la visite des thermes vous intéresse, des visites guidées sont proposées pendant la période estivale (tourisme-porteduhainaut.fr).

les thermes de Saint Amand les Eaux

L’histoire de Saint-Amand-de-Eaux

La ville de Saint Amand doit son nom à un évêque missionnaire né dans le Poitou vers 584 et qui a évangélisé le nord de la Gaule, particulièrement la région de l’Escaut et de la Scarpe. Amand a fondé des monastères qui sont devenus des abbayes d’un grand rayonnement, et particulièrement à Elnone (sur des terres offertes par le roi Dagobert). C’est dans cette abbaye d’Elnone que saint Amand est décédé vers 679. L’abbaye, puis la ville tout entière ont pris peu après le nom de Saint-Amand.

Saint Amand est le patron des corporations de brasseurs et des marchands de vin. Son attribut est le serpent, que l’on va retrouver sur plusieurs bâtiments de la ville, car il aurait vaincu un gros serpent grâce à des prières.

L’abbaye de Saint-Amand a fonctionné de 639 à 1790. Elle a été dès le 9e siècle un centre culturel important, avec une bibliothèque et un scriptorium de production de manuscrits. Une des plus anciennes abbayes de France, elle a été réduite en cendres à cinq reprises entre 883 et 1477 à cause des différents conflits de la région… Elle a été reconstruite pour la dernière fois de 1628 à 1673, dans un style baroque et exhubérant.
À la Révolution, l’abbaye a été déclarée bien national et détruite 🙁 Seuls subsistent l’ancien pavillon d’entrée (devenu échevinage) et la tour de l’église abbatiale.

La ville de Saint-Amand-les-Eaux a connu un premier développement industriel avec l’apparition, au début du 18e siècle, d’une industrie textile et l’installation des manufactures de faïence dans le centre du bourg. Ces dernières ont fait sa renommée : n’avez-vous jamais entendu parler des « assiettes en porcelaine Saint-Amand », d’un « plat en faïence de Saint-Amand » avec leurs décors fleuris ?

Le véritable développement industriel a eu lieu au milieu du 19e siècle, entrainant l’agrandissement de la ville : l’industrie agro-alimentaire (brasseries, distilleries, usines de chicorée, vinaigreries, sucreries), puis l’industrie métallurgique (fonderie, clouterie et laminoirs), grâce à la construction de la gare et le développement de la navigation sur la rivière la Scarpe.

Au début du 20e siècle, la ville a construit des édifices publics tels qu’une piscine-bains-douches ou un théâtre, établi au sein du jardin public qui a pris place sur les vestiges de l’ancienne abbaye.

La tour de l’ancienne église abbatiale

Je dois vous en parler en premier, car c’est le bijou de Saint-Amand ! En arrivant dans le centre-ville, on ne s’attend jamais à se retrouver devant cette magnifique tour de pierre sculptée.

Les bâtiments de l’abbaye de Saint-Amand, déclarés biens nationaux en 1789, ont été démantelés de 1797 à 1820, à l’exception du pavillons d’entrée (l’ancien échevinage) et de la tour de l’église abbatiale.

On remarque d’ailleurs que le « dos » de la tour est beaucoup moins décoré : il n’était visible que de l’intérieur et n’avait pas besoin de fioritures.

Classée Monument historique dès 1846, la tour constituait une tour d’angle de l’ancienne abbaye. Construite de 1626 à 1640, sous la direction de l’abbé Nicolas Dubois, elle culmine à 82 mètres de haut.
Son architecture, baroque, flamande et singulière, appartient au mouvement de la « Contre-Réforme » : après la séparation entre les provinces des Pays-Bas protestants et celles restées catholiques, l’Église catholique a voulu, en réaction, un style grandiose pour impressionner, émouvoir et reconquérir.
(Saint-Amand a été rattaché aux Pays-Bas espagnols jusqu’à la conquête de Louis XIV en 1668).

Le résultat, à Saint-Amand, est impressionnant ! Les deux tourelles, ornées de huit contreforts sculptés en forme de serpents, rappellent la légende du moine Amand terrassant un « dragon » (serpent). La façade, en pierre finement ciselée, témoigne d’un travail artistique exceptionnel : sculptures de nombreux personnages, bas-reliefs végétaux, illusion de perspective…

En 2004, un important chantier de restauration a redonné vie à ce joyau, avec notamment la remise à neuf de l’horloge aux couleurs d’origine, la consolidation des structures en pierre et la restauration des sculptures dégradées par le temps et les intempéries.

Au sommet, les 48 cloches du carillon continuent de rythmer la vie de la ville, perpétuant une tradition locale avec l’existence d’une école de carillonneurs. D’ailleurs, chaque mois d’août, la ville résonne au son des cloches avec « les Carillonnades« , un événement musical international qui met à l’honneur le carillon de la Tour abbatiale. Des carillonneurs venus de toute l’Europe se succèdent pour offrir des concerts en plein air. Un moment convivial, original et festif à ne pas manquer !

Aux pieds de la tour, sur la gauche, une table tactile vous permet de visionner des photographies de la tour abbatiale et d’en savoir plus sur son histoire.

À l’intérieur, le Musée de la Tour abbatiale présente une collection de faïences amandinoises du 18ᵉ au 20ᵉ siècle.

Le musée de la faïence

Dans la grande salle du rez-de-chaussée, sous une voûte monumentale en pierre sculptée, sont présentées les expositions temporaires. Lorsque je m’y suis rendue, on pouvait admirer des œuvres en faïence d’artistes contemporains.

Un escalier situé dans la tourelle nord mène aux salles présentant les collections permanentes.

Dans la première salle de l’étage, les collections de céramiques offrent un panorama complet de la production amandinoise (dont les célèbres Manufacture Desmoutiers-Dorez et Manufacture Fauquez).

Dans chacun des espaces, des panneaux explicatifs colorés et illustrés vous présentent les techniques de la faïence, son histoire locale et plus large, ses particularités, ses techniques…
La plus ancienne fabrique de faïence a été fondée à Saint-Amand dans les premières années du 18e siècle par Nicolas Desmoutiers et fonctionnait en 1725.
Au début du 18e siècle, des difficultés d’exportation se posaient après la prise de Tournai par les Autrichiens en 1709. C’est peut-être la raison pour laquelle le faïencier tournaisien Pierre-Joseph Fauquez s’est installé à Saint-Amand-les-Eaux.

Les faïences du 18e siècle mettent aussi en avant des décors originaux et raffinés des manufactures de Rouen, Strasbourg, du nord de la France ou de Tournai. 

La salle centrale, sous une voûte en arcs brisés de 22m de haut, accueille de très belles œuvres liées à l’histoire de l’abbaye (peintures, sculptures, fragments sculptés, carreaux de pavement, cloches, clavier de carillon, etc.)

On y découvre aussi des collections de peintures et de sculptures religieuses du 16e au 18e siècle des anciens Pays-Bas (dont des œuvres d’artistes reconnus, tel le sculpteur Laurent Delvaux et le peintre Abraham Janssens).

Ce tableau représente l’abbaye de Saint-Amand du temps de sa splendeur.

Le second espace expose l’histoire de la faïencerie à Saint-Amand et la persistance de cette tradition faïencière au 19e siècle (Manufacture De Bettignies) et au 20e siècle (Faïenceries Lebacqz-Bouchart, Grands Établissements Céramiques, Moulin des Loups – Hamage – Orchies, L’Amandinoise, Nouvelles Usines Céramiques, Céranord).

Les pièces présentées sont magnifiques et témoignent d’un savoir-faire incroyable.

Témoins d’un réel souci « d’art industriel », ces faïences issues des manufactures locales montrent l’évolution de la technologie.

Cette enseigne de la faïencerie du Moulin des Loups (vers 1925) rend hommage aux ouvrières, de véritables artistes qui peignaient les faïences à la main. Je possède chez moi quelques assiettes « de Saint-Amand » et j’admire toujours la finesse de leurs décors.

Ne ratez pas la visite de la tour et de son musée ! Non seulement le lieu en lui-même est élégant, mais les collections sont exceptionnelles.
Accès tout public et visites guidées toutes les heures.

L’ancien échevinage de Saint-Amand

L’Échevinage, ancienne entrée principale de l’abbaye, abritait autrefois les salles de justice et les prisons. Relié à la Tour abbatiale, il faisait partie d’un ensemble monumental entouré de murs d’enceinte et d’un bras de la Scarpe dévié pour la protection.
L’accès à l’abbaye se faisait par un pont-levis (reconstitué aujourd’hui) qui ouvrait sur une vaste cour.
Une mosaïque visible aux Jardins de la Tour abbatiale restitue l’ensemble des bâtiments de l’abbaye du 17e siècle.

Cet édifice est, avec la tour de l’église abbatiale, le seul vestige de l’abbaye démolie suite à la Révolution française. Les deux éléments se retrouvent isolés, l’enceinte les reliant ayant été détruite. Lieu judiciaire et administratif qui réunissait le pouvoir temporel de l’abbé et celui de la commune, il est devenu Hôtel de Ville après la Révolution et a ainsi échappé à la destruction. 

Construit en 1632, dans le goût du baroque flamand, il offre un décor foisonnant : lion, tête d’angelot, colonnes de soutien décorées, médaillons, entrelacs, chiens qui veillent… Une imposante porte d’entrée est surmontée d’un campanile et de sa cloche à ban. Les échevins y proclamaient les édits depuis le balcon.

Au premier étage, la salle des mariages et la salle des Plaids sont séparées par un escalier à deux volées qui mène à une galerie.

L’abbaye a commandé à Louis Joseph Watteau en 1781 le décor d’une des salles où était rendue la justice.
Ne confondez pas Louis Joseph et Antoine Watteau. 😉 S’ils sont de la même famille, le second – né à Valenciennes – est célèbre pour ses « scènes galantes » et ses personnages inspirés de la commedia dell’arte. Louis Joseph est son neveu.

Il a représenté une scène de charité, trois scènes de jugement, des scènes allégoriques liées aux activités économiques de la ville de Saint-Amand-les-Eaux, et une représentation symbolique du pouvoir de l’abbé.

Des expositions et animations culturelles y sont régulièrement proposées. Renseignez-vous auprès de la ville ou de l’Office du tourisme.

L’échevinage se trouve à gauche de la tour abbatiale. À droite, vous pouvez découvrir le théâtre et la médiathèque, ainsi qu’une statue de Saint-Amand.

La Municipalité a décidé au début du 20e siècle de construire un théâtre, car toute station thermale digne de ce nom se devait de posséder ce type d’établissement. Saint-Amand-les-Eaux souhaitait avoir un théâtre à l’italienne semblable à ceux de Paris. Les travaux ont duré de 1906 à 1911, à l’emplacement du chœur de l’ancienne église abbatiale.
La façade, surmontée des armoiries de la ville, reflète l’ornementation de l’époque : lyres, pots à feu, lauriers, guirlandes…

En 2004, la ville a inauguré la statue du « Moine Amand », œuvre des sculpteurs tourangeaux Carole et Bernard Sellier. Cette imposante statue de bronze présente les attributs du moine comme sa crosse d’évêque et le « dragon » (serpent) vaincu.

L’église Saint-Martin

Une ancienne église avait été construite au 11e siècle, mais elle avait subi de nombreux dommages durant les guerres de Religion, au point qu’on a préféré la détruire pour en construire une nouvelle.
L’édification de l’église Saint-Martin s’est terminée en 1789, juste avant la Révolution ! La période aurait pu amener à sa destruction (les habitants se plaignaient de son coût faramineux), mais elle a survécu et son clocher a été érigé en 1798.
Elle est de style néo-classique, avec une façade qui imite les temples grecs et romains, mais « à la mode » du 18e siècle.

L’église Saint-Martin a fait l’objet d’un chantier de réhabilitation qui a duré plus de 15 ans. Récompensée par les Rubans du Patrimoine, l’église est aujourd’hui un lieu à la fois cultuel et culturel. Elle accueille régulièrement des événements tels que des mappings, des expositions, des spectacles ou des concerts (musique classique et moderne).

Dans le narthex (le vestibule de l’église), vous êtes accueillis par une mini-exposition d’objets liturgiques du 19e siècle, dont cette chasuble très joliment brodée.

Le peintre local Lucien Jonas a réalisé le chemin de croix de 1942 à 1946, pendant l’occupation allemande. Né à Anzin, à côté de Valenciennes, prix de Rome en 1905, Jonas a été « peintre militaire » durant la Grande Guerre. Il a aussi peint la vie des mineurs et de nombreux chemins de croix d’églises du Nord.

Le mobilier est contemporain de la construction de l’église. Un confessionnal en chêne est installé dans chacune des travées. Les Amandinois devaient avoir beaucoup à confesser…

Les vitraux originels ont été endommagés lors de la Première Guerre mondiale. Ils ont été remplacés en 2013 par une série de vitraux contemporains abstraits réalisés entre 2009 et 2013 par l’atelier Pierre Brouard, maître-verrier à Ronchin.
On peut apprécier ou pas, mais je dois admettre que les couleurs chatoyantes sont magnifiques.

La chaire de vérité, du 18e siècle, est sculptée d’élégants motifs végétaux.

Après la Révolution, l’église a accueilli une partie des œuvres de l’église abbatiale détruite.

Les autels latéraux présentent des tableaux : une Adoration des Mages, une Sainte Famillela fraction du pain et une Vierge à l’Enfant.
L’autel Saint-Benoît provient de l’abbaye et date du 18e siècle, alors que l’autel des trépassés, sur la gauche, était le maître-autel du couvent des bénédictines fondé par l’abbé Dubois au 17e siècle.

Le chœur de l’église accueille de très jolies stalles (où s’asseyaient les clercs pour chanter) en chêne sculpté. Elles proviennent de l’ancienne abbaye détruite.

Le chœur présente cinq grandes toiles du 19e siècle représentant les différentes étapes de la vie de Saint-Amand. L’un d’eux est signé Deconinck et daté 1890.

Cette élégante Vierge à l’enfant est une copie (l’original, en albâtre, du 16e siècle, est dans le musée de la tour abbatiale).

Comme dans de nombreuses églises du nord de la France, un monument commémore les habitants de Saint-Amand morts durant la Première Guerre mondiale. Une plaque rappelle aussi l’héroïsme de la résistante Louise de Bettignies, dont nous allons parler un peu plus bas.

Les deux colonnes de marbre rose qui soutiennent la tribune des orgues proviennent de l’ancienne abbaye.

Le monument aux morts de Saint-Amand

Le monument aux morts de Saint-Amand-les-Eaux a été conçu par l’architecte Léon Raux et le sculpteur Albert Patrisse en 1928. Initialement installé devant l’ancien hospice, il a été déplacé en 2005 dans le « jardin des mémoires ».

Le groupe sculpté par Patrisse, un soldat protégeant des femmes de l’ennemi, est aussi émouvant qu’original.

Le « jardin des mémoires » choisit de rendre hommages à tous les « enfants » de la ville et à toute son histoire.

La Minerve était un sous-marin français d’attaque. Mis à flot en juin 1962, il a disparu corps et biens avec tous ses membres d’équipage le 27 janvier 1968, à cause d’une soudaine entrée d’eau due à un problème technique. Des 52 hommes à bord, six étaient originaires des Hauts-de-France, dont le matelot mécanicien Patrick Messiaen, 18 ans.

La ville de Saint-Amand, occupée dès août 1914, a été libérée en octobre 1918. L’unité médicale du 24th Field Ambulance a transformé l’école de Saint-Amand en hôpital pour y soigner les soldats. Ce régiment a reçu l’ordre d’évacuer 2000 civils amandinois, surtout des personnes âgées et des enfants affaiblis et malades, en danger sous les bombardements allemands. Soignés sur place du 22 au 25 octobre 1918, ils ont été évacués vers Douai et Arras. En remerciement, le 24th F.A. a reçu la Croix de guerre.

Le jardin de la mémoire présente aussi une citation du général Charles Delestraint, né à Biache-Saint-Vaast, héros de la Résistance et premier chef de l’Armée secrète avec Jean Moulin.
En cure à Saint-Amand-les-Eaux pour un traitement consécutif à une chute de cheval, il avait fait la connaissance de Raymonde Gillet, fille du directeur de l’établissement thermal. Ils s’étaient mariés à Saint-Amand en 1910.

Plusieurs plaques commémoratives, créées par le sculpteur nordiste Albert Patrisse, ont été fixées sur une pierre.

Louise de Bettignies, née à Saint-Amand d’un père manufacturier de porcelaines et faïences, était une résistante et agente du renseignement française. Sous le pseudonyme d’Alice Dubois, elle a œuvré pour l’armée britannique durant la Première Guerre mondiale. En 1915, elle a créé en deux semaines, sur quarante kilomètres de front autour de Lille, derrière les lignes allemandes, le réseau de renseignement le plus étendu et le plus efficace de toute la guerre. Son réseau Alice (une centaine de personnes) a contribué à sauver la vie d’un millier de soldats britanniques en 9 mois. Arrêtée en octobre 1915, condamnée à mort en mars 1916 (la sentence est commuée en travaux forcés à perpétuité), elle est décédée dans la forteresse de Siegburg, de mauvais traitements.

Angèle Lecat, née à Rumegies, a caché et aidé à s’évader deux prisonniers anglais durant la Grande Guerre, puis a transmis des renseignements grâce à un pigeon-voyageur. Dénoncée, elle a été arrêtée en octobre 1917 et condamnée à mort pour espionnage. Elle a été fusillée à 29 ans, en mars 1918, à Saint‑Amand‑les‑Eaux.

Chef cantonnier à Saint-Amand-les-Eaux, Emile Gressier a, dès le début du conflit, servi de guide aux Amandinois qui voulaient gagner la zone non occupée. Il a également communiqué des renseignements sur les forces allemandes occupant la ville. Arrêté suite à une dénonciation, il a été condamné à la peine de mort pour espionnage. Émile Gressier a été fusillé en avril 1916, à Bruxelles.

La ville de Saint-Amand

Promenons-nous un peu avant de continuer nos découvertes… La ville propose quelques jolis édifices d’époques bien différentes !

Sur la Grand-place, le fronton de l’ancien corps de garde est logiquement décoré de canons, boulets, drapeaux, clairons, lauriers… et du blason de la ville surmonté d’une couronne. C’est l’abbaye, indépendante des pouvoirs temporels des rois et des ducs, qui l’a fait construire, en 1775.

Rue du 18 Juin 1940, faisons un bon dans le temps pour admirer ce bâtiment de style Art déco, avec sa façade de béton et sa frise de belles fleurs sculptées.

Rue Thiers, la taverne flamande, une reconstruction d’après la Grande Guerre, présente les attributs de la Flandre… et un peu d’art déco (les jeux de briques, le béton, le pan coupé qui accueille l’entrée) 😉

Le fronton en « pas de moineau » (en escalier), les bas-reliefs végétaux sous les toits, les fers d’ancrage et les visages sculptés donnent un style typique à ce bâtiment.

En face, la « pharmacie thermale », construite à la même époque, présente des caractéristiques communes.

Vous croiserez autour de la Grand-place plusieurs de ces plaques bordées du serpent de Saint-Amand, rendant hommage aux résistants de la Seconde Guerre mondiale.
Le 2 septembre 1944, 300 combattants volontaires se sont réunis dans la ville pour mettre fin à quatre années d’occupation nazie. Les combats ont été intenses. Durant l’après-midi, le pompier Arthur Dufresnes et le douanier FFI Pierre Leroux ont été tués.

Les Amandinois Maurice Carton et Fernand Deltombe ont, quant à eux, été arrêtés en 1943 et sont morts en déportation pour avoir imprimé des numéros de la Voix du Nord, journal résistant clandestin.

Face à la tour abbatiale s’élèvent plusieurs bâtiments construits après la Première Guerre mondiale, dans le style de la renaissance flamande (et de bons restaurants 😉 ).

À côté, dans la rue Mathieu Dumoulin, ont été construits plusieurs bâtiments intéressants.

Cette imposante maison bourgeoise a été édifiée entre 1901 et 1910 par un entrepreneur céramiste dénommé Dubois. Elle possède un porche abritant l’entrée de la maison et un jardin d’hiver. Devenue maison des artistes, la Villa Dubois accueille aujourd’hui les membres des associations « Sculptam », « les Peintres des Amis des Moulins » et la « Société des Photographes indépendants ». Elle se visite durant des événements et les Journées du patrimoine.

Les autres édifices sont de style Art déco et éclectiques, inspirés des maisons normandes ou du classicisme ancien.

Le fronton de l’école communale porte le blason de la ville de Saint-Amand-les-Eaux : une épée entourée de deux fleurs de lys.

Saint-Amand accueille quelques belles fresques d’art urbain, dont plusieurs rendent hommage à la tradition faïencière de la ville.

L’historial amandinois

Créé en 2001, l’Historial Amandinois est un musée associatif, mis en place et tenu par des membres bénévoles, dans les locaux mis à disposition par la municipalité.

Ce musée a pour but de sauvegarder et valoriser le patrimoine professionnel et familial amandinois. 

Il retrace l’évolution des techniques de fabrication et le savoir-faire artisanal et industriel, au travers de différents univers : tannerie, chaînerie, brasserie, faïencerie, imprimerie, etc.

Ses collections, d’intérêt historique, technique et patrimonial, témoignent de la production des principales activités des 19e et 20e siècles qui ont fait le renom de la ville. 

L’historial rend aussi hommage aux résistants locaux qui ont perdu la vie durant la Seconde Guerre mondiale.

L’inventeur de la pastille Valda, Henri Canonne, est né à Saint-Amand. Il était pharmacien à Lille, puis à Paris, et voulait lutter contre les maux de gorge, voire la tuberculose. Sa pastille créée en 1900 est connue dans le monde entier, car il a très tôt utilisé des techniques publicitaires. Elles étaient distribuées aux soldats durant la Grande Guerre.
Le musée présente également les productions locales, telles que la betterave sucrière et la chicorée.

À Saint-Amand se situaient aussi une distillerie et plusieurs brasseries. La distillerie de genièvre « Davaine » a été créée en 1795 par un Hollandais dont la fille a épousé Benjamin Davaine, qui a succédé à son beau-père. Elle a fermé en 1960.

Une partie de l’historial est, bien entendu, consacré à la faïencerie amandinoise et ses différentes sociétés. On apprend ainsi que l’usine du Moulin des Loups a fermé en 1880 et a été rachetée par un groupe de brasseurs qui ont modernisé la production de faïence.

La visite se termine avec le surprenant « Pou du ciel ». Henri Mignet a conçu ce petit avion ultra léger (environ 150 kg) avec une seule commande de vol, donc simple à piloter. Ce modèle révolutionnaire nécessitait un moteur léger et fiable : il a choisir un moteur de motocyclette !
Le Pou du Ciel que possède l’Historial a été construit en 1935 dans la région de Soissons. Il est arrivé à Saint-Amand le 1er avril 2005… 🙂

Maison Louise de Bettignies

La maison natale de l’héroïne amandinoise Louise de Bettignies a été transformée en un centre de recherche, de documentation et de ressources sur l’émancipation féminine dans l’Histoire et dans le monde, mais aussi un lieu de réflexion, d’écoute et d’action sur la place des femmes et l’égalité femmes-hommes.

Lorsque je me suis rendue à la Maison, durant les Journées du Patrimoine, l’exposition était consacrée aux héroïnes de l’ombre, les résistances du Nord-Pas-de-Calais.

Mais dans la Maison de Louise, des femmes qui excellent dans tous les domaines (sportives, mathématiciennes, astronautes, politiques, médecins, artistes, romancières, militaires, etc.) sont mises en lumière.

Le bureau de Louise de Bettigines a été recréé dans la salle d’exposition. Une tablette interactive permet de voir une actrice qui joue son rôle, nous explique sa vie et son combat.

La maison Louise de Bettignies accueille périodiquement des rendez-vous et des manifestations : Printemps des Femmes, Journées du patrimoine, conférences et débats…

La casemate du Mont des Bruyères

Au cœur du parc naturel de la Scarpe, la casemate du Mont des Bruyères se visite comme une petite plongée dans l’histoire de la ligne Maginot.

Elle fait partie des douze casemates du saillant de la forêt de Raismes, dans le Secteur fortifié de l’Escaut, imaginé après la Première Guerre mondiale pour renforcer la défense des frontières (un vaste système de fortifications construit entre 1928 et 1940).

Construite en béton armé et réalisée entre 1932 et 1934, la casemate est pensée pour protéger et riposter : entrée sécurisée, créneaux de tir soigneusement positionnés, et une cloche GFM sur le toit pour l’observation et la défense rapprochée.

Plus qu’un simple blockhaus, elle dispose d’équipements techniques et d’un minimum d’autonomie, conçus pour permettre la vie et le fonctionnement du poste.

Longtemps laissée à l’abandon, elle a été reprise en main en 1995 par l’association Maginot Escaut, qui la restaure avec une équipe de bénévoles (environ 25 adhérents).

Depuis l’ouverture au public en 2007, les visiteurs peuvent découvrir un site remis en état — avec, entre autres, une ventilation fonctionnelle alimentée par groupe électrogène, et des démonstrations autour de pièces d’artillerie reconstituées — le tout dans l’idée de faire revivre ce patrimoine pour les générations d’aujourd’hui.

La forêt domaniale

À deux pas, la forêt domaniale de Raismes – Saint‑Amand – Wallers (plus de 4 000 ha) déploie sentiers, VTT et coins pique‑nique. N’hésitez pas à aller vous y promener.

img 20210307 121842

C’est le second massif forestier du département du Nord (derrière la forêt de Mormal) et le premier massif forestier du parc naturel régional Scarpe-Escaut, dont elle fait partie.

Les essences les mieux représentées sont le hêtre, le chêne pédonculé et le frêne commun. On trouve aussi du charme, du merisier, de l’aulne et du pin sylvestre, ce dernier ayant été introduit à plusieurs époques, dont après la Première Guerre mondiale (vers 1920) alors que la forêt avait été presque entièrement détruite par une coupe rase.

Ce sont les moines des abbayes de Vicoigne et de Saint-Amand qui ont défriché la forêt pour la mettre en culture. Après la découverte de charbon, au 19e siècle, une partie des bois a été rasée pour l’exploitation des mines, très consommatrices de troncs et de rondins pour sécuriser les galeries.

Les fosses Sabatier, Lagrange et du Lavoir-Rousseau ont ensuite empiété sur la forêt. Elles ont créé de vastes terrils miniers, ainsi que des zones humides. Des affaissements miniers, dès 1950, ont localement transformé le paysage. Ainsi une petite mare à cochon, « la mare à Goriaux » est devenue un vaste étang où la forêt s’est noyée alors que le sol s’enfonçait sous l’effet des affaissements miniers.

img 20210307 104147
img 20210307 114650

La forêt est classée en zone Natura 2000 au titre de la protection de l’habitat de plusieurs espèces d’oiseaux fréquentant les milieux aquatiques (Sarcelle d’hiver, grèbes, Gorgebleue à miroir…) ou le terril Sabatier (Petit Gravelot). De nombreuses espèces d’amphibiens (tritons, crapauds, grenouilles…) sont aussi présentes.

165 km de sentiers et 60 km de routes et pistes forestières sont accessibles au public, dont « l’allée des Hêtres » bordée d’arbres bicentenaires, et « la trouée d’Arenberg » célèbre pour ses pavés qui voient passer chaque année la course cycliste Paris-Roubaix. Des sites sont aménagés avec parkings, tables de pique-nique, panneaux d’information, sentiers…

Au final, Saint‑Amand‑les‑Eaux a ce petit talent rare : offrir, dans un même séjour, la détente des thermes, la beauté d’un patrimoine marqué par la Tour abbatiale, et une vraie bouffée d’air dans la forêt. Ajoutez des musées qui racontent l’âme de la ville, quelques belles façades au fil des rues et des haltes gourmandes, et vous tenez une escapade facile à organiser, dépaysante sans être lointaine. Que vous veniez pour une journée ou un week‑end, c’est une destination idéale pour ralentir, découvrir… et avoir envie de revenir.

Puisque vous êtes dans le coin, passez à Valenciennes, la ville vous réserve bien des surprises. Vous pouvez aussi visiter la belle ville de Condé-sur-l’Escaut ou passer un week-end dans les anciens sites miniers du Hainaut, devenus paradis naturels classés à l’UNESCO.

Cet article vous a donné envie de découvrir la belle ville de Saint-Amand ? Enregistrez-le pour plus tard, partagez-le avec un·e ami·e prêt·e à partir à l’aventure… et surtout, n’hésitez pas à me faire part de vos découvertes personnelles !

0 Shares

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.