Week-ends

Une journée à Denain, surprenante et chaleureuse

C’est sûr… Si je vous dis Denain, soit vous ne connaissez pas la ville, soit elle ne vous fait pas rêver. Et pourtant, ce bourg situé non loin de Valenciennes a un passé riche (dans tous les sens du terme) et un beau patrimoine que je vais prendre plaisir à vous faire découvrir. Pas moins de deux musées, un superbe théâtre à l’italienne, une belle église et un terril fleuri.

Située à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Valenciennes, Denain est la ville de la Communauté d’Agglomération de La Porte du Hainaut qui compte le plus grand nombre d’habitants.
Ne nous voilons pas la face, elle reste l’une des villes les plus pauvres de France. Mais il suffit parfois de changer son regard, pour voir la ville sous un autre jour. Denain est une ville riche de sa jeunesse, de ses habitants attachés à leur commune, de son patrimoine et de ses structures culturelles. Elle mérite assurément une visite.

Histoire de la ville de Denain

Comme plusieurs villes situées autour de Valenciennes, Denain est une ancienne citée minière et sidérurgique.
Si, au début du 19e siècle, c’était un gros bourg agricole de moins de 1000 habitants, la physionomie du village changea radicalement avec la découverte de charbon sur son territoire en 1828. L’industrie remplaça brusquement les champs : premier haut fourneau en 1837, création de l’usine sidérurgique les Forges de Denain (futur Usinor) en 1839, atelier de constructions mécaniques en 1844… Entre 1828 et 1853, quinze fosses virent le jour sur le territoire de la commune sur lequel surgirent terrils, chevalements et corons.

Près de 1800 mineurs travaillaient dans les fosses au bénéfice de la compagnie des mines d’Anzin. Et le charbon était utilisé dans les hauts-fourneaux des industries sidérurgique et métallurgique locale…

Au début du 20e siècle, la municipalité communiste de Denain profita de cette croissance industrielle pour financer ses équipements publics : pavage des rues et des trottoirs, électrification de l’éclairage public, réseau de distribution d’eau potable, service d’enlèvement des boues et immondices, hôtel des postes, des écoles et, grand luxe pour l’époque, un établissement de bains équipé d’une piscine, de baignoires, de douches, d’une salle de sudation et même de bains de vapeur.

Le charbon et la sidérurgie firent donc la richesse de la ville qui continua son expansion après la Seconde Guerre Mondiale, atteignant les 30 000 habitants au début des années soixante. Usinor battit son record avec plus de 2 millions de tonnes d’acier en 1962.

La fosse de l’Enclot vers 1950
Photo de Christian Hombert prise dans les années 1970

La fermeture d’Usinor en 1988 et la fin des houillères mit fin à cette belle histoire et la crise économique qui suivit fut particulièrement difficile, les friches industrielles remplaçant les usines. Nombre d’habitants souffrent encore de cette récession, au point que Denain garde l’image d’une ville indigente et insipide.
Mais c’est mal connaître cette cité qui, aujourd’hui, se tourne vers son avenir.

L’un des exemples de cette redynamisation se dresse non loin du théâtre municipal de Denain. L’ancien moulin à eau “Doisy”, de grès et de briques rouges, a été transformé en immeuble d’habitation. On peut se poser entre les fleurs et les buissons pour regarder le plan d’eau où se nourrissent des canards.

Derrière le moulin, un chemin longe l’Escaut si vous voulez faire une jolie balade.

Denain a gardé des traces de son passé ancien, malgré les bombardements des deux guerres mondiales. Non loin de l’église Saint-Martin, sur l’Allée du stade, vous trouvez une maison datant du 18e siècle (en partie reconstruite) à la façade originale.

Bien plus moderne, le célèbre collectif d’artistes de rues “Renart” a peint une fresque aux couleurs vives sur l’ancienne piscine Gustave-Ansart.

Ce grand bâtiment de briques rouges et sables qui se dressent le long de la rue Villars, est l’imposant coron Jean-Bart, construit en 1852. Il fut l’une des sources d’inspiration de Zola pour son Germinal. On y trouve différents styles d’architectures typiques du 19e siècle : deux étages, maisons d’angle à fronton et à pilastres, œils de bœuf, fenêtres tantôt en plein cintre, tantôt ornées de linteaux ouvragés…
Le conservatoire de musique et son auditorium se situent dans les maisons restaurées du coron Jean-Bart.

Une plaque de marbre commémore le poète mineur Jules Mousseron (1868 – 1943), l’enfant du pays, qui travailla toute sa vie dans la fosse Renard et vécut dans le coron durant des années.

Le théâtre à l’italienne de Denain

Inauguré en 1912, c’est le joyau de la ville. Il est considéré comme un des plus beaux théâtres à l’italienne de France.
L’extérieur est inspiré à la fois de l’opéra Garnier à Paris et de l’opéra de Lille (construit à la même période). Le sous-bassement de l’édifice est en “pierre de Soignies”, une pierre bleue calcaire de la Province du Hainaut.

La présence de ce magnifique théâtre à Denain est d’autant plus surprenant qu’à l’origine, il devait être une salle des fêtes ! Mais lorsque l’auteur du projet original décéda subitement en 1906, il fut remplacé par l’architecte Louis Six qui proposa à la municipalité de refaire un devis et transforma le projet de salle des fêtes en un projet de théâtre. Auguste Selle, maire socialiste de Denain de 1896 à 1911, aima l’idée. L’édifice fut inauguré en 1912.

Le bâtiment, haut de deux étages; possédait un fumoir au premier pour les réceptions. Pierre Turpin, entrepreneur de travaux d’art à Lille, a réalisé les dorures à l’or fin et les papiers peints de la salle.

D’inspiration néo-classique, ce théâtre à l’italienne, avec ses nombreux éléments décoratifs, ses dorures, ses sièges de velours rouge et ses deux balcons, correspond aux goûts architecturaux en vogue à l’époque. La richesse des décors témoigne surtout de la prospérité et de l’expansion de la ville au début du 20e siècle.

La salle offrait à l’origine 860 places, mais après les travaux de restauration et de mise aux normes de 2018, il en reste 540 (plus larges et plus confortables, selon le régisseur ;)).

Les motifs de décoration s’inspirent de la fonction du théâtre (comédie, tragédie, musique, danse).

Victor Lhomme, artiste peintre installé à Lille, a créé le tympan du plafond sur le thème des arts lyriques.

Le 18 octobre 2020, le théâtre de Denain a été inscrit sur la liste des monuments historiques. Ce monument, tout impressionnant et majestueux qu’il soit, reste toutefois un lieu “populaire” qui accueille aussi bien des concerts (métal, classique, pop, rap…), des ballets et des comédies musicales que du théâtre ou des One man shows, à des tarifs très accessibles.

On s’y croirait, non ? 😉

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse :
place Auguste Selle 59220 Denain
Horaires : selon les spectacles
Tarifs :
selon les spectacles / le théâtre est visitable gratuitement durant les Journées du Patrimoine

Le Musée d’archéologie et d’histoire locale de Denain

L’ancienne mairie, datant du milieu du 19e siècle, abrite le musée local.

L’escalier de pierre bleue orné de bronzes témoigne de la richesse de la ville à l’époque où elle était une puissante cité industrielle.

Créé en 1937, le musée a collecté des éléments de l’histoire industrielle de la cité, la mine et la sidérurgie.

La plus vieille pièce du musée est sûrement une dent de mammouth. Mais dans les années 1960, des découvertes archéologiques importantes, dont plusieurs nécropoles mérovingiennes de la vallée de l’Escaut, sont venus enrichir les collections, qui présentent un ensemble du Haut Moyen Âge, dont des bijoux mérovingiens.

Le musée expose également cette statue en bois polychrome et doré du 18e siècle représentant sainte Remfroye. Elle provient vraisemblablement de l’église de l’abbaye de Denain, détruite à la Révolution.

Une très rare épée viking, résultat de fouilles lors de travaux dans le canal de l’Escaut, constitue l’un des rares témoignages matériels des raids menés par les Normands au 9e siècle dans la vallée de l’Escaut.

Le 24 juillet 1712, lors de la bataille de Denain, l’armée française (commandée par le maréchal de Villars pour Louis XIV) parvint à vaincre les Austro-Hollandais. Le nord de la France devint définitivement français. Cette bataille historique est, évidemment, commémorée dans le musée.

Le musée accueille plusieurs tableaux imposants de Lucien Jonas, peintre né dans la localité voisine d’Anzin (qui a notamment peint les tableaux de l’église Art Déco Saint-Thérèse de Wattrelos ou le billet de 10 francs “mineur”). En 1934, il a profité de ses séjours à Anzin et Denain pour créer ces grandes compositions aux couleurs vives, inspirées par la vie qui l’entourait.

En 1844, Jean-François Cail fit construire à Denain un atelier de construction mécanique qui se spécialisa d’abord dans la construction des chaudières de locomotives, puis diversifia sa production vers la mécanique générale, la chaudronnerie, voire l’armement. La société Cail a par ailleurs réalisé des chefs-d’œuvre d’orfèvrerie sur le pont d’Arcole, le pont Alexandre III ou encore à la tour Eiffel. L’entreprise est devenue Société Fives Constructions Mécaniques (S.F.C.M.), surnommée “Fives Cail”, et est devenue l’un des piliers économiques de la ville, tout comme Usinor.

Bien entendu, le musée se remémore le travail et la vie des mineurs, la construction des corons, les chevalements qui se dressaient dans la ville…

Le 10 novembre 1918, la veille de l’Armistice, Denain reçut la visite de Raymond Poincaré, alors Président de la République. En quittant la ville qu’ils avaient occupée durant de longs mois, les Allemands avaient détruit l’outil industriel de Denain : inondations volontaires des puits de mine, chevalements dynamités, hauts fourneaux mis hors service, machines-outils pillées, bâtiments dépecés, incendie des stocks de bois…

Le musée d’histoire locale présente également les loisirs des habitants, typiques de la région, dont l’élevage et les concours de pigeons ou l’Harmonie municipale.

Si Cail a été le second employeur de la ville, le premier a été Usinor. Jean-François Dumont avait installé en 1839 une usine de fonte à Denain au bord de l’Escaut. En 1948, elle est devenue, par la fusion des Forges et Aciéries du Nord et de l’Est, la société Usinor, qui a fait de Denain la capitale mondiale de l’acier dans les années 1960.

Quand Usinor Denain a fermé ses portes en 1988, le musée a récupéré des outils, une tenue de protection de métallurgiste, un casque signé par des collègues, une statue de Saint Eloi… Les souvenirs d’une épopée et de nombreuses vies laborieuses.

L’histoire industrielle de Denain est aussi présentée au travers de peintures et de sculptures.
Ici, “Les soudeurs” (1952) de Jean Amblard, un peintre du Puy-de-Dome, ami d’artistes locaux. Ce tableau était accroché avec cinq autres dans un château du Cher acquis par la CGT pour accueillir les enfants des métallurgistes d’Usinor, puis les malades.

Spécialiste de l’iconographie minière, Lucien Jonas a peint “La remontée des mineurs” en 1936 et “Le coron” en 1909. Les détails y sont saisissants.

Indissociable de l’histoire de la mine, une salle du musée est consacrée au poète mineur Jules Mousseron, pour lequel j’ai une tendresse particulière, car mon grand-père (un ancien d’Usinor) l’appréciait beaucoup, au point qu’il m’a enseigné quelques mots de “rouchi”.

Jules Mousseron, poète né et mort à Denain, mineur de son état, écrivait en Rouchi, un patois picard localisé dans la région de Valenciennes. Plus connu pour ses histoires de Zeph Cafougnette, qui finira géant de kermesse, il racontait les drôleries des mineurs, leurs espoirs, leurs malheurs. Ses poèmes sont également le témoignage de leur misère et de leur gaieté, de menues choses de l’existence de tous les jours, parfois mesquines, parfois grandioses.ADANAP

Une pièce reconstitue l’habitat de Jules Mousseron dans le coron Jean-Bart et, juste à côté, vous pouvez appuyer sur différents boutons pour faire apparaître un hologramme du poète qui récite certains de ses poèmes.

Le musée de l’histoire locale de Denain fait voyager à travers des siècles d’histoire par le biais d’objets rares et d’œuvres émouvantes. Dommage qu’il ne soit pas ouvert plus souvent !

Le mercredi, une fois par mois, la responsable du Musée d’archéologie et d’histoire locale organise des ateliers créatifs réservés aux enfants à partir de 8 ans et accompagnés d’un adulte.

INFORMATIONS PRATIQUES :
Adresse :
9, Place Wilson 59220 Denain
Horaires : ouvert le mardi et le samedi de 14h à 18h.
Tarif : gratuit
Contact : 03.27.24.52.71

Le Musée de la résistance en zone interdite

C’est le musée dans le musée : géré par une association, celui de la Résistance en zone interdite occupe le rez-de-chaussée de l’ancienne mairie. C’est un musée simple, un peu vieillot, mais qui transpire l’émotion, la sincérité et l’envie de transmettre.

Ce musée a pu être réalisé grâce au travail continu de membres du comité de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance de Wallers-Arenberg, sous la houlette de Henri Fievez, ancien résistant, alors maire de la ville, et avec l’assistance d’un professeur d’histoire et de représentants d’autres associations de résistants et de déportés. L’accueil est assuré par des bénévoles, membres du conseil d’administration.

Une large collection de documents et d’objets d’époques (souvent apportés par les membres de l’association) est présentée pour vous replonger dans la Seconde guerre mondiale, expliquer la particularité de la région Nord-Pas-de-Calais (rattachée à la Belgique), présenter les événements marquants des années d’occupation.

Le musée retrace les différentes étapes de la résistance locale durant la Seconde guerre mondiale. Des documents et témoignages illustrent les nombreux réseaux actifs dans cette zone “interdite” et décrivent les combats et sacrifices de ces hommes et femmes durant l’occupation.

Certains documents sont particulièrement poignants ou révoltant, comme cette rare photographie de Résistants bientôt fusillés.

Entre les expositions permanentes et temporaires, il y a toujours quelque chose à découvrir. Ici, les armes, munitions et brassards des Résistants ayant participé, souvent au péril de leur vie, à la libération de la ville en septembre 1944.

C’est assez rare pour le souligner : le musée met en valeur aussi bien les hommes que les femmes de la Résistance locale. Et elles furent nombreuses.

Si le musée honore la mémoire des Résistants, il n’oublie pas le choix honteux fait par certains.

La “grande grève patriotique” des mineurs de mai-juin 1941 (100 000 mineurs du Nord-Pas-de-Calais) est racontée, entre autre, par le destin de Désiré Mégueule, qui fut déporté avec 270 autres mineurs.
Le panneau souligne que ce premier acte de résistance collective à l’occupation nazie en France a été grandement soutenu par les femmes et filles de mineurs, de même que les mineurs polonais.

Si Denain a été libérée en septembre 1944 par l’infanterie américaine, le musée conserve l’uniforme d’un officier anglais, car les Britanniques ont travaillé main dans la main avec la Résistance locale, notamment en lui fournissant du matériel.

Ce musée vaut le détour pour ces pièces rares, son ambiance saisissante et l’inspiration de ses bénévoles. Ne le ratez pas !

INFORMATIONS PRATIQUES :
Adresse :
9, Place Wilson 59220 Denain
Horaires : Mardi, vendredi et samedi de 14 h à 18 h (et durant certains événements telles les Journées du Patrimoine). Les visites guidées ont lieu du mardi au samedi sur rendez-vous (06 75 45 42 73)
Tarif : gratuit

L’église Saint-Martin

Au confluent de la Scarpe et de l’Escaut, la “Porte du Hainaut” fut, au travers des siècles, une riche terre abbatiale. Six monastères se partagèrent ce territoire entre le 7e siècle et la Révolution française.

La ville de Denain est d’ailleurs née de la présence de l’eau autour de son abbaye des Dames Chanoinesses. L’église Saint Martin a été construite au 13e siècle juste à côté de l’ancienne abbaye de Denain, dont elle abrite de nombreux vestiges. Car, si le clocher porche est en pierre blanche, alors que le reste de l’église est en briques, c’est parce que l’édifice a été en grande partie détruite au 18e siecle, puis reconstruit au 19e siècle.
Au-dessus du portail d’entrée, on distingue une sculpture de saint Martin offrant son manteau à un mendiant.

Vous pouvez admirer de jolis vitraux dans l’église. Plusieurs ont été financés par les riches familles de Denain lors de la reconstruction de l’église.

Dans la chapelle de gauche figure deux beaux vitraux plus modernes : Notre Dame du Rosaire et Saint Dominique, et une Vierge Noire “Don des Polonais de Denain en 1939”.

Des petits panneaux disséminés dans l’église Saint Martin présentent les “trésors artistiques des abbayes de La Porte du Hainaut”. Ici, en majorité, de grandes dalles funéraires du 17e siècle.

La plupart de ces dames étant issues de la noblesse, les armoiries de leur famille sont gravées sur les pierres.

À droite de l’orgue s’élève un majestueux autel en bois du 19ᵉ siècle, dédié en Sainte Remfroye, patronne de la ville.
L’abbaye de Denain fut fondée par Adelbert, riche seigneur d’Ostrevent, à la demande de l’aînée de ses dix filles, Remfroye, qui décida de devenir religieuse.

Au bas de l’autel, un bas-relief représente Sainte Remfroye devant son monastère.

À l’extérieur de l’église, la fontaine de Sainte Remfroye a été reconstruite il y a une vingtaine d’années, à sa place originelle. L’abbaye était située dans l’actuel parc Lebret, juste à côté de l’église. Après la Révolution, un château y fut construit, qui devint propriété en 1838 du gérant de la compagnie des Mines de Denain et d’Anzin.
Les plaques en fonte, œuvres modernes de Jean-Marc Hembert, ont été fondues par la Fonderie et Aciérie de Denain (F.A.D.) Elles représentent, sur la gauche, sainte Remfroye guérissant un aveugle et, sur la droite, l’histoire de l’abbaye entre 764 et 1792.

L’église Saint Martin est en travaux depuis plusieurs années. Son chœur, où un artiste breton a créé des vitraux modernes très colorés, devrait bientôt être à nouveau accessible. Il permettra également d’admirer une gigantesque fresque murale des années 1920, en cours de restauration.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse :
Place Sainte Remfroye 59220 Denain
Horaires :
8h-17h

Le cimetière “ancien” de Denain

Le vaste cimetière de Denain est divisé en deux, entre partie ancienne et partie moderne.

La tombe du poète-mineur Jules Mousseron (et de son épouse) se trouve près de l’entrée.

On trouve de nombreuses tombes d’anciens ouvriers ou mineurs (sur lesquelles sont parfois représentés leurs métiers), mais aussi des tombes de familles plus bourgeoises et de quelques “célébrités locales”.

Oscar Pamart fut professeur de musique. C’est “l’Union Orphéonique municipale” qui a apposé son portrait en bronze.

Le roubaisien Julien Renard, plus connu sous le pseudonyme d’André Jurénil, fut ouvrier sidérurgiste à la société des Hauts fourneaux (futur Usinor), mais aussi homme de lettres et historien local. Il écrivit trois tomes sur l’histoire de Denain et anima des manifestations populaires et commémoratives. Il fit connaître les œuvres de Jules Mousseron.

L’ingénieur Jean Werth fut, au début du 20e siècle, un très efficace directeur des usines de Denain et d’Anzin (futur Usinor). Durant la Grande Guerre, il refusa que l’usine produise de l’acier pour les Allemands (qui, en représailles, vidèrent les usines de tout leur matériel, puis le déportèrent en Allemagne). La guerre terminée, il se consacra à la reconstruction des usines.

Le buste de l’ancien maire Victor Tricart a été réalisé par le sculpteur valenciennois Elie Raset.

À l’entrée du cimetière, une stèle représente un sculpteur dans son atelier. Julien Vincart, marbrier d’une famille connue dans ce métier sur plusieurs générations à Denain, était l’arrière-petit-neveu de Jules Mousseron.

Au centre du cimetière, vous trouverez un cimetière militaire britannique de la Première guerre mondiale.
Occupée dès la fin août 1914 par les troupes allemandes, la ville de Denain fut un centre hospitalier allemand pendant la plus grande partie de la guerre. Le cimetière communal fut utilisé par les Allemands pour enterrer leurs soldats et, en 1917 et 1918, 153 prisonniers britanniques morts des suites de blessures ou de maladies.

James Hall était membre du Drake Battalion de la Royal Naval Volunteer Reserve. Il n’était donc pas marin, mais fantassin, car c’était une division d’infanterie créée en 1916 et formée de réservistes et de volontaires. Prisonnier, il est décédé de maladie.

Après l’armistice, les tombes des prisonniers et d’autres tombes britanniques ont été regroupées dans le cimetière de Denain. Il y a maintenant plus de 309 victimes de la guerre 1914-1918 commémorées sur ce site. Dont deux soldats canadiens, Frederick Faulkner et John Millward.

Ces quatre soldats anglais sont décédés en février 1919, soit des suites de leurs blessures, soit de la Grippe espagnole.

En face du cimetière britannique s’alignent les croix d’un carré militaire français de la même guerre.

Sont enterrés là des soldats français décédés dans les premiers jours de la guerre, en août et septembre 1914. Originaire de la Sarthe, Henri Soulis est mort à Paillencourt, il avait 40 ans. Sarthois lui aussi, Louis Marais est tombé à Avesnes-le-Sec, à l’âge de 32 ans.

En plus de soldats décédés durant les combats, des prisonniers de guerre (la plupart russes) sont morts en détention.
Edouard Vasseur était un civil, peut-être un “brassard rouge” qui refusait le travail obligatoire, alors qu’Achmed Minrolin était un soldat prisonnier (le K de “305 I.R. 5 K.” signifie peut-être “Kriegsgefangener”).
Les prisonniers de guerre russes étaient chargés de travailler aux champs, à la démolition d’usines ou encore à la réparation des routes.

Referm Malutin était prisonnier dans un Arbeitsbataillon (bataillon de travail forcé) et Gussew Krandrat au Gest. Art. 34.

Sur la tombe d’Iwan Kriswaschow, il est précisé “7 Finland Schuten R.” (bateau Finlande ?), alors que sur celui de Nikifor Podolnikor, c’est “Soebgarde Petrograd” (l’ancien nom de Saint Petersbourg).

Six jeunes résistants, fusillés par les nazis en déroute le 2 septembre 1944, au lieu dit de la “pyramide d’Haulchin”, sont également enterrés aux côtés des soldats et prisonniers : Léonce Gaubert, 22 ans ; Arthur Mohamed, 24 ans ; Henri Berton, 22 ans ; François Pierronne, 19 ans ; Louis Bricout, 30 ans et Augustin Mériaux, 32 ans. Ainsi que le démineur Jean Petit, décédé à Wissant à 19 ans en 1945.

Merci au monsieur qui m’a indiqué la présence de ces deux tombes des soldats allemands assez particulières datant de 1917.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse :
au croisement de la route d’Oisy et de la rue Paul Vaillant-Couturier
Horaires :
8h – 18h

Le patrimoine minier et le terril “Renard”

Denain a été une ville industrielle et minière et, comme de nombreuses villes de la région, elle a de quoi être fière de son passé. Dans le cadre de la reconnaissance de l’ancien Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais au Patrimoine mondial de l’UNESCO, quatre éléments majeurs situés à Denain ont été classés : la Fosse Mathilde, le terril Renard et le coron Chabaud Latour ancien et nouveau (non loin du cimetière).

Avant de vous emmener en balade au terril Renard, je vais m’attarder sur la place et à la salle des fêtes Bauduin, situées à 5 minutes. Elles furent les témoins des événements de la vie des ouvriers et des mineurs durant de nombreuses années. La très belle salle fut construite par l’administration de la Société des forges et aciéries de Denain-Anzin au 19e siècle. On la surnomma d’ailleurs “la salle d’Usinor”. Son style s’inspire du palais de la Paix à La Haye aux Pays-Bas.

Elle est devenue la salle des fêtes municipale qui peut accueillir près de 900 personnes.

À côté de la salle s’étendent le stade Jean Werth et d’anciens habitats miniers (depuis réhabilités).

De nombreuses traces de la mine sont encore visibles dans le paysage urbain (anciennes voies ferrées, chemins de halage…). D’anciennes friches ont été réaménagées en corridors verts et ont permis à la ville de Denain d’être “ville-porte” du Parc Naturel Régional Scarpe-Escaut. Et l’un des sites les plus visibles est le terril Renard, haut de 75 mètres, que l’on voit depuis les allées.

La ville de Denain posséda jusqu’à 15 puits de mine et l’exploitation de la fosse Renard cessa dès 1948. Ce terril, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2012, est le résultat de l’extraction de plus de 16 millions tonnes de charbon !
Symbole du travail des mineurs et des premières luttes syndicales, c’est dans la fosse Renard qu’Émile Zola descendit en 1884 afin de se documenter en vue de l’écriture de Germinal. 

En plus d’être un site historique, le terril Renard, propriété du Département du Nord, est un “Espace Naturel Sensible”. Conique, le terril est constitué de schiste et de charbon dont la combustion continue encore de nos jours, sous la surface, ce qui permet le développement d’une faune et d’une flore riches et variées.

Ses abords sont constitués de pelouses sèches couvertes de piloselles et de millepertuis perforés (des fleurs jaunes) et origans (aux fleurs violettes) ainsi que de prairies riches en fleurs et en insectes.

Le site présente des mosaïques de pelouses rases et de friches où peuvent être observées le Lézard des murailles, le Grillon d’Italie, la Canche printanière, la Canche caryophyllée, le Bertéroa blanchâtre, l’Onagre trompeuse et le Micropyre délicat.

photos issues de wikipedia

La balade, facile, fait le tour du terril, par la gauche jusqu’au rond-point situé à côté de la Fonderie et Aciérie de Denain. On avance entre les arbres et les fleurs sur un chemin balisé.

Le terril Renard est l’un des rares terrils encore en combustion, visible par la coloration rouge du schiste.

Si vous ne voulez pas faire l’aller-retour jusqu’au rond-point, vous pouvez bifurquer à mi-chemin vers le terril pour en faire le tour. Il faudra grimper un peu, mais rien de bien méchant.

Vous croiserez sur votre chemin quelques vestiges, en briques ou en béton, que la nature a recolonisés.

C’est sur cette promenade bien agréable, au milieu des fleurs, que se termine notre découverte de la ville de Denain.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse :
178 ou 202 Rue Pierre Beriot 59220 Denain

J’espère que cet article vous aura donné des idées sur les choses à faire, quoi voir et quoi visiter à Denain pour une journée ou un week-end.

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