Au sud de Laon, dans l’Aisne, se cache le Ravin du Loup, un site incroyable construit pas les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Il devait permettre de coordonner leur défense en cas de débarquement allié, mais n’a finalement servi qu’une dizaine de jours. Ce site gigantesque (110 hectares et 475 ouvrages bétonnés) a traversé le temps et se visite à présent.
Venez découvrir l’incroyable histoire, de sa construction à sa reconversion par les alliés, du plus grand quartier général allemand d’Europe, son histoire méconnue et son rôle crucial dans la Seconde Guerre mondiale.
Ce lieu était surnommé par Hitler lui-même le « Wolfsschlucht » (le ravin du loup), en raison de son attachement à cet animal. De nos jours, « Le ravin du loup » est accessible de mars à septembre lors de visites guidées gratuites et accueille également de nombreuses manifestations ouvertes au public.
Lorsque je m’y suis rendue, en août de l’année dernière, nous étions très nombreux, au point que nous avions du mal à trouver une place pour garer nos véhicules. Les bénévoles ne se sont pas départis de leur bonne humeur et ont mené chaque groupe avec autant d’énergie que de bienveillance. Merci à eux, car la visite était passionnante !

L’histoire du Ravin du Loup
Le site du « Ravin du Loup » est installé dans le village de Margival, et donc parfois nommé « camp de Margival ».
En 1941, les Allemands, sous les ordres de Hitler, sont arrivés à Margival pour y construire un centre de télécommunications et une base d’armements fixe, qui leur permettrait de coordonner l’invasion de la Grande-Bretagne. Celle-ci ne pouvant se réaliser, le centre commence à être construit à partir de septembre 1942, pour la défense des troupes allemandes en cas de débarquement allié dans le nord-ouest de la France.
Durant des mois, 22 000 Français et Belges (Service du Travail Obligatoire) et prisonniers polonais ont été réquisitionnés au service d’entreprises allemandes pour construire 475 bunkers en béton armé sur une zone démilitarisée de 90 kilomètres carrés.
Ce camp impressionnant a été le plus grand centre de commandement et de transmissions allemand de la Seconde Guerre mondiale en Europe occidentale. Et pourtant, Hitler n’y a passé que quelques heures le 17 juin 1944 !
Le site a été utilisé à partir de mars 1944, mais les travaux se sont prolongés quasiment jusqu’à l’arrivée des Alliés, le 30 août 1944.
La visite du site
Les bénévoles de l’association vous proposent une immersion unique au cœur du Ravin du Loup pour découvrir l’histoire et les secrets du plus grand quartier général construit pour accueillir Hitler.
Ainsi, dès 1946, le site a été utilisé pour former des Personnel Féminin de l’Armée de Terre avant qu’elles partent servir en Indochine. Il semblerait que ce soit la raison pour laquelle des noms français de femmes sont peints sur de nombreux bunkers (Marie-Aimée, Françoise, Cathy, Véronique…).

Le site central accueille 38 ouvrages, mais des centaines d’autres sont dispersées dans un rayon de plusieurs kilomètres, formant une vaste ceinture de protection du quartier Général.

On découvre le plus grand et le plus important bunker du camp (environ 50 mètres de long).



Les conditions de vie des soldats allemands qui ont logé ici durant la guerre étaient particulièrement modernes pour l’époque : électricité, toilettes, douches, chauffage central au gaz, lignes téléphoniques…


Jusqu’à l’abandon du site 1993, le camp était doté d’installations électriques puissantes et autonomes, capables d’alimenter tous les bunkers et les bâtiments.


Le complexe principal qui s’étend du village de Margival aux pentes de la petite vallée de Laffaux, formant un vaste ensemble de bunkers, pistes bétonnées, abris souterrains et voies ferrées.
Nous partons sur une route bétonnée pour rejoindre la partie plus « moderne » du site, où des soldats français se sont entrainés durant des dizaines d’années.

En effet, de 1950 à 1966, l’OTAN a fait du site l’une de ses bases de commandements, de communications et d’instruction.

Mais lorsque le Président Charles de Gaulle a décidé de quitter le commandement intégré de l’OTAN, le camp de Margival est devenu un centre d’entraînement commando de l’Armée française, et ce, jusqu’en 1993.

Nous parvenons ensuite devant le bunker personnel du Führer, théâtre de la conférence du 17 juin 1944 durant laquelle le dictateur allemand a présenté à ses maréchaux ses nouvelles « armes secrètes » qui allaient – croyait-il – lui permettre de gagner la guerre…


L’intérieur du bunker est particulièrement humide : nous sommes en sous-sol et la ventilation mécanique ne fonctionne plus depuis bien longtemps. Vous visitez l’abris anti aérien dont les murs en béton sont particulièrement épais !


Des photographies d’époque permettent de deviner à quoi ressemblait le site, mais aussi de le comparer à d’autres bunkers construits pour Hitler.



Tous les bâtiments étaient recouverts de bâches de camouflage… et les routes aussi !




La visite se poursuit par une balade en forêt 😉 Cela permet de mieux se figurer l’immensité du site et à quel point, malgré sa superficie, il était caché sous les arbres.

Sur le chemin, le guide aborde les tentatives infructueuses de la résistance locale pour tuer Hitler, notamment en tentant de faire dérailler son train.

Il est ensuite possible de visiter d’autres bunkers de défense plus classiques, qui ont été remeublés et accessoirisés « comme à l’époque » (armes, casques, outils, conserves, tuyauterie…).
Les bénévoles ont aussi recréé les panneaux de signalisation tels qu’ils étaient durant la guerre (infirmerie, renseignements, station essence…).

La visite se termine dans la forêt, pour rejoindre le point de départ.

Vous pouvez alors prendre un rafraichissement (ou une crêpe !) bien mérité et/ou visiter le petit musée créé dans le bunker Bérézina.

Une maquette d’une partie de l’immense site…

D’autres photos du site sont visibles, prises en 1944 ou quelques années plus tard.


Des mannequins en uniforme figurent les forces en présence durant la guerre, mais aussi lorsque l’OTAN s’est installée sur le site.

Les reconstitutions, réalisées par les bénévoles de l’association Aisne Club 44, permettent de s’immerger dans le quotidien des nombreux soldats et états-majors allemands qui ont vécu sur ce site.


Dans le bunker Bérézina : WC, buvette, petite librairie et boutique souvenirs.
Chiens acceptés.
Le site n’est pas accessible pour les PMR : si les routes sont goudronnées, les bunkers comportent des escaliers et il faut marcher un bon moment dans la forêt.
Vous aimez l’histoire et/ou le patrimoine, le jardinage, les vieilles pierres, le bricolage ? Les bénévoles de l’association accueillent avec bonheur les nouveaux membres. Vous pouvez aussi donner un coup de main de temps à autre (élagage des arbres, création de balustrades, clouage de planches, nettoyage des routes, sécurisation des bunkers, balisage des lieux…). Les travaux de restauration et d’entretien du site ont lieu le 2e et le dernier samedi de chaque mois de fin mars à fin septembre.
N’hésitez pas à contacter l’Association de Sauvegarde du W2 ou l’association Aisne Club 44. Ces deux associations ont pour aspiration commune de restaurer l’ensemble des bunkers restants du domaine afin de sauvegarder et valoriser ce patrimoine unique.
INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : rendez-vous à 14h20 devant la mairie du village de Laffaux
Horaires : les visites gratuites ont lieu les 2e et 3e samedis et les dimanches, de mars à fin septembre. Soyez à l’heure et véhiculé (voiture, vélo…), car le groupe part en cortège jusqu’à l’intérieur du camp.
Tarif : gratuit.
Durée de la visite : 2h30.
Puisque vous êtes dans le coin, vous pouvez passer un week-end dans la jolie ville de Soissons, découvrir la petite ville art déco de Chevregny, plonger dans la Caverne du Dragon ou visiter le musée de l’amitié franco-américaine de Blérancourt.
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