Lovée entre champs et canaux, Flines-lez-Raches est une petite ville du Douaisis qui ne manque pas de charme ni de surprises. Ici, les vieilles pierres racontent des siècles d’histoire, des bâtiments anciens à l’architecture préservée jusqu’à l’église singulière, véritable patchwork d’époques et de styles. Mais Flines, c’est aussi une curiosité locale : sa célèbre « Mer », vaste étendue d’eau au surprenant passé, aujourd’hui propice à la balade. Entre patrimoine, nature et originalité, ce coin du Nord a bien des histoires à dévoiler.
Flines lez Râches est une commune de 5 500 habitants située à 10 km au nord-ouest de Douai, dans la vallée de la Scarpe.
L’histoire de Flines-lez-Raches
Certains pensent que le nom de Flines viendrait du verbe germanique « flean », couler. La ville est proche de la Scarpe et du marais des Six-Villes, et est traversée par plusieurs petits cours d’eau.
Mais l’on dit aussi que Flines doit son nom à l’époque gallo-romaine : figulina signifiant « fabrique de tuiles » ou « poteries ». Des fouilles archéologiques ont en effet permis de découvrir un centre de production de tuiles gallo-romaines. Le sol étant très argileux, la matière première était à proximité.
Ainsi, à l’église Saint-Michel, des centaines de m3 de tuiles romaines ont été réemployées.
Marguerite de Constantinople, comtesse de Flandre et de Hainaut, a fondé en 1234 à Flines-lez-Raches une abbaye qui accueillait des moniales cisterciennes. Elle a aussi été une nécropole prestigieuse : plusieurs comtes de Flandre y ont été enterrés. Progressivement démantelés à partir de la Révolution, les bâtiments ont disparus au 19e siècle, mais on peut néanmoins en percevoir quelques vestiges à la périphérie : la forge, la bergerie, les ruines du calvaire et le Pavé Madame.
On doit aux moniales l’aménagement du site, à savoir le drainage de cette partie de la plaine de Scarpe et la canalisation des principaux ruisseaux : la Râches et le Marîchon.

Le village n’est véritablement devenu une ville qu’au 19e siècle. Jusqu’en 1890, la commune comptait 2454 habitants. L’industrie se composait d’une forge, de trois moulins à vent à farine, de deux brasseries et une genièvrerie.
À la fin du 19e siècle, le sous-sol riche en charbon a donné naissance à la Compagnie minière de Flines qui a compté jusqu’à 800 mineurs. Elle a installé deux fosses : l’une à Flines, au nord de Lallaing, en 1895 ; l’autre au sud d’Anhiers, en 1900. C’est la dernière compagnie à s’être implantée dans le Nord — et la dernière à réussir.

Détruites durant la Grande Guerre, les deux fosses ont été reconstruites entre 1919 et 1921. Mais dès 1922, la Compagnie a été rachetée par celle des mines d’Aniche et a cessé d’exister. Les anciens puits n’ont plus servi qu’à la ventilation d’autres sites miniers. Le puits n°1 a été remblayé en 1950, puis ses installations ont été détruites en 1951. Le puits n°2 a connu le même sort en 1959.

Les têtes de puits ont été signalées par Charbonnages de France, et leur état est encore surveillé.

Aujourd’hui, il reste quelques vestiges de cette époque minière : 3 terrils de taille modeste, de la fosse n°1, sur lesquels on peut se promener, et le chevalement en béton de la fosse n°2. Ces petits reliefs racontent encore aujourd’hui l’histoire industrielle du site.

L’église Saint-Michel de Flines-les-Râches
Cette église impressionne par sa taille, sa beauté et son originalité. C’est l’une des plus anciennes églises du Nord de la France, fruit d’une histoire riche.
Depuis 1921, elle est classée Monument historique, un statut qui souligne sa valeur patrimoniale unique.

Son plan singulier surprend, tout comme les six grandes phases de construction qui ont accompagné la croissance du village au fil des siècles. L’église a évolué au rythme des besoins, s’agrandissant à chaque étape.
Selon les archéologues, un premier édifice en bois aurait été construit avant le 10e siècle, puis un édifice primitif en pierre vers le 11e siècle, qui mesurait un peu plus de 10 mètres de large. Sans ornement, l’édifice était sobre et solide.
Ensuite, jusqu’en 1851, l’église a connu six grandes phases de construction et d’agencement.
Au 12e siècle, un clocher a été ajouté sur la façade occidentale de l’église primitive. Le clocher peut être considéré comme un clocher-porche puisque son ouverture se situe dans l’axe de l’entrée du premier état.

Ses murs alternent l’emploi de blocs irréguliers de grès avec des bandes de tuiles romaines posées en épi. La base de la tour forme un premier porche très massif.

À la fin du 13e siècle, l’église s’est encore agrandie : un croisillon sud et un porche ont été ajoutés.
Dans l’angle gauche, une petite échauguette attire l’attention. Soutenue par quatre linteaux, elle est percée de quatre archères.

Mais il ne s’agirait pas d’un élément défensif : les experts pensent plutôt à un clocheton décoratif, un accès aux combles ou un espace d’archives.

Entre 1460 et 1530, l’église a connu de nouvelles évolutions : le chœur a été modifié et des chapelles nord ont été ajoutées.

Le vitrail du chœur, posé aussi en 1948, représente d’une part Notre-Dame de Flines et, d’autre part, Saint-Bernard qui bénit la Comtesse Marguerite de Constantinople, fondatrice de l’abbaye de Flines.

Ces changements ont entraîné une refonte du système de voutes, transformant l’architecture intérieure. Les archéologues pensent aussi qu’une sacristie aurait été aménagée au sud du chœur.

L’église ayant été touchée par un incendie vers 1520, un nouveau chantier a été lancé en 1561. Ce cinquième état a vu l’agrandissement du bas-côté sud-ouest. Un nouveau porche a ensuite été ajouté à l’ouest du clocher. Sa date reste inconnue, mais il pourrait dater du 17e siècle.


En 1851, l’église est devenue trop petite pour une population en plein essor. Une dernière campagne de travaux a été lancée pour élargir le bas-côté nord-ouest, étendre les bas-côtés du chœur, murer les fenêtres orientales et déplacer la sacristie.
L’église est alors devenue une église-halle : la nef et les bas-côtés atteignent la même hauteur, créant un espace ouvert et lumineux.

Lorsque l’on se trouve dans l’église, toutes ces modifications se révèlent et créent un espace peu habituel. Le lieu semble construit sur un plan à 4 nefs de dimensions inégales, séparées par des colonnes et chapiteaux en grès et en pierre de Tournai.

Les charpentes sont particulièrement apparentes sur le bas-côté droit.

Les deux autels latéraux, dédiés à Saint-Michel et à la Vierge, sont habillés de belles boiseries du 18e siècle.


Datant aussi du 18e siècle, un très joli dais de procession en bois, peint et doré avec des décors de rocaille, se dresse dans la chapelle de droite.

La chaire à prêcher en chêne, qui s’enroule autour de l’une des colonnes, a été créée à la fin du 18e siècle.

Si la chaire à prêcher ne présente aucun décor, les stalles, de chaque côté de l’autel, sont très joliment sculptées d’angelots et de motifs végétaux.

Au-dessus de l’un des confessionnaux du 18e siècle, Philippe Aini, un artiste contemporain, a créé une grande œuvre qui tient à la fois de la peinture et de la sculpture. En 1990, ce pâtissier devenu peintre et sculpteur a créé ce bas-relief représentant le Nouveau Testament.


Taillé dans le grès, la base du baptistère situé dans la chapelle nord porte la date 1554.



Levez la tête ! Les vaisseaux de l’église sont tous couverts de lambris. Vous apercevrez aussi, sur les poutres de l’église et les clés de voute, des « blochets » sculptés représentant des armoiries ou des personnages.


Juste devant l’église se dresse, à gauche, le monument aux morts de la guerre de 1870-1871.
À droite, le monument aux deux Guerres mondiales. Y figurent les noms des quatorze Flinois qui avaient voulu en découdre avec les Allemands à Mérignies lors de la libération de la région, le 2 septembre 1944. Leurs noms figurent aussi sur le monument commémoratif de Templeuve et la plaque commémorative de l’église Saint-Michel.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : Place du Général de Gaulle 59148 Flines-lez-Raches
Horaires : tous les jours de 7h30 à 19h, sauf du 1er novembre au 28 février, 8h-17h.
Le cimetière de Flines
Situé juste derrière l’église, le petit cimetière de Flines vaut la visite pour quelques éléments particuliers qui font tout son intérêt.

D’abord, plusieurs panneaux commémoratifs en bois sont accrochés sur les murs de l’église Saint-Michel. Consacré « à la mémoire de », ils datent de 1842 à 1857.


Entre le 10 avril et le 4 mai 1940, 30 personnes sont mortes sur le territoire de Flines sous les tirs allemands : des civils évacués de Belgique, des soldats français et anglais, et des Flinois.
Leslie Frederick Eagle, soldat au Royal Tank Régiment, est décédé le 28 mai 1940 lors de l’offensive allemande. Il avait 26 ans.

Le cimetière accueille également une tombe de la Première Guerre mondiale, celle de l’artilleurs William Scott, tué par un obus le 19 octobre 1918, lors des derniers combats pour la libération de la région. Il avait 19 ans. Dans le civil, William Scott était employé dans une brasserie, non loin de Liverpool.

Plusieurs grandes tombes et chapelles se dressent dans le cimetière, de styles variés et d’époques différentes.




Dans le cimetière de Flines se trouve un élément que je n’ai jamais vu ailleurs, une sorte de boite postale en béton décoré d’un casque de soldat et d’une Croix de Guerre, contenant un livre d’or. Derrière, un sapin « symbole de la Paix » a été planté en novembre 1948 par « les anciens Poilus de Flines ».

De l’autre côté du sapin repose un soldat français non identifié tombé lors des combats pour repousser les Allemands en mai 1940.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : place du Général de Gaulle, à côté de l’église Saint-Michel.
Horaires : du 1er mars au 31 octobre de 7h30 à 19h, du 1er novembre au 28 février de 8h à 17h.
Balade à Flines
À Flines-lez-Raches, les bâtiments anciens donnent à la ville un charme authentique et une vraie personnalité. Poursuivez votre route à travers rues, ruelles et voyettes, pour découvrir les traces du passé industriel et brassicole de Flines.
Aujourd’hui, la commune de Flines-lez-Raches est très étendue, mais les maisons plus anciennes (et souvent les plus intéressantes) sont concentrées le long des voies qui relient l’église et la mairie, le long du boulevard des Alliés, qui relie Orchies à Douai, et sur le courant du Noîrot, au sud.
Certains murs portent encore les marques du temps et racontent, à leur manière, la vie quotidienne des Flinois au fil des siècles. L’abbaye et la Mer de Flines, situées au sud-ouest, ont été les centres économiques de la commune jusqu’à la Révolution. Les vestiges d’une forge, d’une bergerie (rue du Cornet) et d’une ferme datée de 1776 (rue Dulieu) en témoignent.

Parmi les édifices remarquables de cette époque, on peut voir sur la place du Général de Gaulle, une jolie maison de style flamand datée de 1689, peut-être un ancien presbytère.

La niche abritait une statue de Saint-Michel, volée dans les années 1980. Elle a été remplacée par une autre.

Au 28, rue Delhaye se dresse une partie de l’ancien pensionnat de sœurs de la Sainte-Union du Sacré-Cœur qui accueille à présent des logements sociaux. Le pensionnat de Flines, surnommé « le couvent », a ouvert en 1847 et les sœurs y ont enseigné à 250 élèves.


Après la Révolution, le noyau économique s’est déplacé vers l’actuel centre, autour de l’église et de la voie de chemin de fer et de la gare construite en 1880.
On a alors assisté à l’essor des sucreries, des brasseries, de la sélection des semences, du rouissage du lin et de l’extraction du sable et de l’argile.
Au 48 rue des Résistants, cette magnifique demeure a été construite en 1901 pour la famille Lespagnol, propriétaire de la grande brasserie située en face. Raffinée et éclectique, elle présente une marquise bombée, une lucarne-fronton centrale, des bow-windows reposant sur de larges consoles, des fenêtres à meneaux, un décor de céramique, un chéneau sur toupies… C’est un édifice exceptionnel à Flines-lez-Raches.


La brasserie, en partie datée de 1801, a été fortement abîmée par la Première Guerre mondiale.


Durant la Grande Guerre, Flines-lez-Raches a été occupée dès le mois de septembre 1914. La « Kommandantur » s’est installée face à la mairie. Le « couvent » des Dames de Flines » a été aménagée en hôpital militaire. La fabrique de briques réfractaires Duthoit-Soufflet a été transformée en étable pour les chevaux de cavalerie, la « ferme Desprez » en étable de vaches laitières. La brasserie Lespagnol a été réquisitionnée pour l’établissement d’un centre d’abattage d’animaux. Dans l’usine de confection de vêtements du groupe Halimbourg-Akar s’est installé un atelier de réparation d’armes et de canons. La faïencerie Dubus est devenue prison…

Après l’inévitable creux de l’entre-deux-guerres sont apparus des minoteries, des ateliers de confection et d’ameublement.
À partir du 78, boulevard des Alliés, on découvre une série de maisons doubles, construites dans les années 1930, qui étaient destinées à loger les ouvriers travaillant dans l’industrie flinoise. Les façades sont décorées de jeux de briques différents d’une habitation à l’autre : damiers de briques rouges et briques ciment, bandeaux alternant deux couleurs de briques, etc.

Sur le territoire de la commune, vous croiserez aussi des fermes en quadrilatères, typiques de l’architecture rurale de la Pévèle et de la Flandre, ainsi que de nombreuses chapelles et oratoires.
La « mer » de Flines
La Mer de Flines, malgré son nom évocateur, n’est pas une mer au sens propre… mais une vaste étendue d’eau douce alimentée par des sources. C’est un site à la fois naturel et industriel, qui a connu plusieurs vies.
En 1242, la « Mer » de Flines est devenue la propriété des Dames de l’abbaye. Elles ont lancé des travaux d’assainissement pour maîtriser cette zone marécageuse. Pendant des siècles, l’étang s’est trouvé au centre de la vie locale.

À la Révolution, Flines comptait 95 marchands de lin sur 382 familles : un véritable poumon économique ! La mer de Flines était utilisée pour le « rouissage » (décantage) du lin.

Vendue comme bien national, la Mer a été rachetée par les habitants en 1846. Mais après la Première Guerre mondiale, la crise du lin a durement frappé la région et l’étang a perdu son rôle central dans l’économie locale.
La « Mer » est aujourd’hui gérée par une association de pêcheurs. C’est un lieu de promenade apprécié, un refuge pour la biodiversité, et un espace de détente pour les habitants.

Il existe de nombreuses légendes et mystères autour de la Mer de Flines (profonde de 15 mètres). On a parlé de « l’abîme », d’une « mer sans fond », d’un « château englouti » et de tourbillon en son centre… Ce ne sont que des légendes, parfois inspirées par la réalité historique.
Par contre, l’existence de la Mer reste une énigme sur le plan géologique. Certains posent l’hypothèse d’une origine météoritique, d’autres parlent de fissures dans les couches calcaires profondes et de l’effondrement des terres… Personnellement, je préfère la météorite ! ☄️ 😉


En s’y baignant, des enfants ont trouvé environ 400 pièces de monnaie celtiques, gauloises et romaines, dont certaines en or ! On en a également retiré deux bateaux de près de douze mètres de longueur, taillés dans un tronc d’arbre, des haches de silex poli, des poteries et des objets en os et ivoire. Ce lieu était probablement lié à un culte des eaux.

Puisque vous êtes dans le coin, vous pouvez passer un week-end à Douai (voire plusieurs) ou une journée à Roost-Warendin. Vous pouvez découvrir les perles Art déco de Waziers, vous promener sur le terril des Argales ou visiter le formidable Centre historique minier de Lewarde.
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