Coups de coeur

Le Fort du Vert Galant à Wambrechies

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Le fort du Vert Galant, construit après la guerre de 1870 pour défendre Lille d’une nouvelle invasion, est l’un des forts du général Séré de Rivières. Il reste marqué par l’histoire, notamment par les exécutions qui y eurent lieu pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, ce lieu chargé de mémoire repose dans une atmosphère paisible et hors du temps, au milieu des bois.

L’histoire du fort

Au lendemain de la guerre de 1870, où les Français s’étaient effondrés face aux Prussiens, il avait été décidé de créer une « ceinture » de forts enterrés, telle une grande muraille, sur la frontière Est de la France. Le Général Séré de Rivières, directeur du Service du Génie au ministère de la Guerre, a donné son nom à ce système complet de fortifications.
Avec ceux de Bondues, Mons-en-Baroeul, Seclin, Englos et Sainghin-en-Mélantois, le fort du Vert-Galant fait partie des six ouvrages bâtis afin de protéger la ville de Lille.

Le Fort du Vert Galant a été édifié entre 1879 et 1881… mais n’a jamais été armé !
L’idée avait été de créer des forts adaptés aux nouvelles techniques de combat et notamment aux progrès qu’avait fait l’artillerie. Et pourtant, les forts développés de 1874 à 1880 selon les vues de Séré de Rivières avaient été construits en pierre ou en briques (selon les disponibilités locales). L’armée n’avait pas anticipé la formidable évolution du pouvoir de destruction des obus, rendant ce type de fortification inutile dès sa livraison…

L’armée française a malgré tout utilisé le Fort du Vert Galant comme lieu de casernement ou d’entraînement. À partir de 1914, l’armée allemande présente à Wambrechies a fait du fort un lieu de repos et de ravitaillement.

En 1939, le fort a subi d’importantes destructions, quand l’armée française a dynamité son corps central et la cour est (la cour ouest a survécu par manque d’explosifs) afin d’éviter une éventuelle nouvelle occupation par l’ennemi.
Et c’est dans la cour Ouest qu’ont été fusillés par les Allemands 92 civils, leaders syndicaux ou résistants, de 1941 à 1943.

Après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’en l’an 2000, l’armée française a utilisé le fort de façon occasionnelle pour y effectuer manœuvres et entraînements. Ensuite, rien ne s’y est passé jusqu’en 2009, ce qui a permis à dame Nature de reprendre possession des lieux en dissimulant ce qui reste de l’imposant édifice sous un épais humus surplombé de milliers d’arbres.

Visite du Fort du Vert Galant

Acheté à l’armée française par la ville de Wambrechies en 2009, le fort du Vert Galant (de son vrai nom « Fort Carnot », député révolutionnaire) est posé sur 11 hectares de verdure à la limite ouest de Wambrechies, en bordure de la commune de Verlinghem.

Les premiers travaux de rénovation ont débuté en 2012, avec l’intention de transformer le fort du Vert Galant en un lieu de souvenir, d’expression culturelle et de loisirs. Il est donc possible de le visiter lors d’événements (Journée des espaces fortifiés, Journées du Patrimoine, festival artistique en juin, etc.), d’exposition et de visites guidées.
J’ai pu profiter de l’une de ces visites, organisées par l’Office du tourisme, où j’ai pu en apprendre plus sur l’histoire du site.

Le Fort du Vert-Galant un fort de « première génération », de forme polygonale, presque rectangulaire. La visite serpente dans les tunnels sombres du fort, et dévoile les logis des 700 soldats qui y vivaient, les cuisines, et même les toilettes.

L’artillerie était placée sur des plateformes à l’air libre, séparées par des « traverses-abris » (des abris partiellement enterrés et recouverts de terre). Ces abris accueillent à présent des expositions d’œuvres d’artistes locaux et internationaux.

Le casernement (où logeaient les militaires) était situé en dessous de la crête d’artillerie, dans des casemates donnant sur trois cours encaissées.

Les soldats, par volonté d’agrémenter leur logis, ont peint les murs de couleurs vives et de motifs variés. L’immense poudrière a en effet servi de chapelle.

De 1941 à 1944, les autorités allemandes ont utilisé les forts construits autour de Lille pour exécuter des civils, dont 92 au fort du Vert Galant à Wambrechies. Les hommes fusillés au fort du Vert Galant étaient des résistants et des hommes désignés comme otages en raison de leur appartenance politique ou de leur participation à la grande grève des mineurs de mai et juin 1941.
C’est en leur mémoire qu’une stèle a été installée dans la cour ouest du fort, sur le lieu même de leur exécution.

Depuis 1985, des cérémonies ont lieu chaque année en mémoire des fusillés. En 2012, un mémorial représentant quatre hommes suppliciés a été réalisé par l’artiste allemand Ilja Wedekind.

Dans la cour, au sommet des fortifications et sur les talus, les arbres, les buissons et les orties prospèrent…

Un impressionnant réseau de tunnels nous conduit jusqu’à une caponnière, sorte de tête de pont où les soldats pouvaient défendre le fossé, selon divers angles.

Meurtrières, évacuations pour les poêles à charbon, gonds intacts, traces de cloison, crochets pour suspendre les lits, éviers avoisinants, on parvient à imaginer la chambrée de douze…

En plus des bâtiments fortifiés se trouvent sur le site un espace boisé et, au nord, un étang apparu lors de l’extraction de l’argile nécessaire à la confection des briques destinées à la réalisation de l’ouvrage.

Le bois abrite une flore et une faune remarquable. Une centaine de chauves-souris se sont installées dans l’obscurité humide des caves et galeries, mais à l’extérieur, vous pourrez aussi croiser de nombreux oiseaux, des hérons, martins-pêcheurs, pics-verts, faisans, renards, rats musqués et lapins…

Fin avril, à l’occasion des Journées des Espaces Fortifiés, profitez d’une visite approfondie du fort du Vert-Galant. Un bénévole conférencier et spécialiste de l’Histoire de Wambrechies vous guide à l’intérieur du fort pour y retracer son histoire mouvementée. L’Office de Tourisme de la Métropole Européenne de Lille organise aussi des visites guidées du Fort du printemps à l’automne.

En avril 2024, deux tracés de 7 et 17 kilomètres au départ du fort du Vert-Galant et qui sillonnent la commune, ont été inaugurés. Le circuit passe également par le cimetière allemand de Wambrechies et le fort de Bondues. Les deux tracés sont disponibles en ligne et au format papier, à la mairie de Wambrechies.

Longtemps marqué par l’oubli et les cicatrices de la guerre, le fort du Vert-Galant connaît une véritable renaissance. Recouvert par la végétation, il s’est transformé en un havre de paix où la nature a repris ses droits. Entre les murs épais envahis de mousse, les talus couverts d’arbres et les allées ombragées, le fort s’offre désormais comme un lieu de promenade, de mémoire et de renouveau, à la croisée du passé et du vivant.

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2 commentaires

  1. DUBOIS a dit :

    Un grand merci pour ce beau reportage historique, très complet, qui donne vraiment envie de faire la visite. Je ne savais pas qu’une telle découverte était possible à 10 minutes de chez moi.
    Nul besoin d’aller chercher loin les vestiges de notre histoire et de notre culture.
    Continuez de nous régaler par ces petits trésors de notre si belle région !

    1. C’est avec plaisir 🙂 Le Fort du Vert Galant vaut le détour, il permet une plongée dans la nature et dans l’histoire, et les visites guidées sont passionnantes.

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