Coups de coeur

L’Huitrière de Lille : de la Mer à la Mode, un voyage Art Déco

Si Lille abrite plusieurs exemples remarquables d’architecture art déco, le bâtiment de l’Huitrière en est la perle. Aucun mauvais jeu de mot dans cette phrase, car l’édifice est réellement un bijou… qui abrite à présent une boutique de luxe. Ce bâtiment, qui a traversé le temps en portant diverses casquettes, incarne parfaitement l’histoire et le patrimoine de la ville.

Comme chaque année, en ce “Printemps de l’Art déco“, je mets en valeur ce style qui m’est cher. L’Huitrière, bâtiment emblématique de Lille, est un témoignage vivant de l’architecture Art Déco et d’une étonnante reconversion.

L’histoire de l’Huitrière

En 1906, Pierre Baillieul, originaire du Calaisis, a racheté à l’entrée du Vieux-Lille un commerce d’escargots et d’huîtres pour y vendre d’autres produits. En 1928, il a décidé d’ouvrir une poissonnerie quelques mètres plus loin.
“L’Huitrière” s’est rapidement transformée en un restaurant renommé, célèbre pour ses fruits de mer et notamment ses huîtres, d’où son nom. Réputé pour sa qualité et son service impeccable, le restaurant a longtemps été une adresse incontournable de Lille, gagnant même une étoile au Guide Michelin en 1930, une distinction qu’il a conservée pendant plusieurs décennies.
Le bâtiment de L’Huitrière a été conçu par Gaston Trannoy, architecte en chef de la reconstruction pour le département du Nord, qui a réalisé un grand nombre de projets (extension du théâtre de Denain, église Notre Dame du Sacré Coeur d’Armentières, Hôtel de ville de Marcq-en-Barœul…).

La poissonnerie comme le restaurant sont resté dans la famille durant trois générations, jusqu’à la fermeture, en mars 2016.

L’Huitrière a alors suscité bien des convoitises : vaste, bien située, très joliment décorée… Elle a finalement été acquise par le groupe LVMH, qui s’est engagé à restaurer l’édifice sans lui faire perdre son âme (il est inscrit aux Monuments historiques depuis 2015). Après de longs mois de travaux, l’Huitrière a réouvert ses portes sous l’enseigne Louis Vuitton, pour présenter l’ensemble de ses collections, de la maroquinerie au prêt-à-porter.

L’Huitrière aujourd’hui

La façade de l’Huitrière, en pierre de taille, est emblématiques de l’architecture Art Déco, avec son bow-window, ses larges ouvertures en fer forgé et ses motifs géométriques fleuris.

Elle est ornée de mosaïques représentant des motifs floraux, mais rappelant surtout ce que l’on vendait dans le restaurant : les produits de la mer ! Une véritable enseigne publicitaire et un excellent moyen d’attirer les clients. Même le bow-window est soutenu par une immense coquille d’huître.

L’oeil est attiré par cet immense homard, servi à table, sur un lit de salade… Ces mosaïques sont signées de la célèbre maison Gentil et Bourdet (de Boulogne-Billancourt), qui a travaillé sur des demeures privées comme sur des bâtiments publics, et notamment la superbe piscine de Roubaix. Comme Alphonse Gentil et Eugène Bourdet l’expliquaient dans un catalogue de 1914, ils associaient leurs mosaïques “au grès mat ou brillant, les émaux de Venise, l’or, le grès cérame, la pâte de verre, le marbre”.

Le décor intérieur est tout aussi impressionnant, avec des matériaux nobles, des boiseries élégantes, des vitraux et des mosaïques qui créent une ambiance raffinée, caractéristiques de l’Art déco.

Les mosaïques intérieures ainsi que les vitraux figurants des poissons, ont été créées en 1940, lors de l’agrandissement des lieux, d’après les motifs du peintre et céramiste breton Mathurin Méheut. Peintre officiel de la Marine à partir de 1921, Méheut a participé entre 1924 et 1935 à la décoration de neuf paquebots dont le Normandie.
On reconnait bien les coiffes bretonnes et le style figuratif typique de l’époque.

Durant ma visite, je ne pouvais pas décrocher mon regard des couleurs vives et des motifs élégants des vitraux.

Pour transformer l’Huitrière en boutique Louis Vuitton, d’importants travaux de rénovation ont été entrepris, alliant le savoir-faire d’artisans français à la modernité des nouvelles installations. Ces travaux ont été menés dans le respect du bâtiment, en préservant les éléments d’origine tout en les mettant en valeur.

Ceci n’est pas un bassin d’eau bénite, mais une jardinière !

Les vitraux ont ainsi été restaurés, les boiseries ont été nettoyées et les mosaïques ont été réparées. Le résultat est à la hauteur des attentes : l’Huitrière a retrouvé tout son éclat d’antan.

A l’étage, vous pouvez admirer les couleurs chaleureuses des motifs fleuris sur le vitrail du bow window. On a envie de s’asseoir pour profiter de la lumière avec un bon livre :)

A ce même étage, la célèbre maison Meert, autre institution lilloise, a créé un petit salon de thé (accessible uniquement aux clients) où l’on peut boire un chocolat chaud et déguster les célèbres gaufres à la vanille… à l’effigie de la marque Vuitton.

L’Huitrière est bien plus qu’une boutique de luxe. C’est un lieu chargé d’histoire, un symbole du patrimoine architectural de Lille et un témoignage de la capacité de l’Art Déco à traverser le temps et à se réinventer.

Vous pouvez faire semblant de vouloir acheter un sac pour jeter un oeil aux magnifiques décors de la boutique… ;) Mais, si vous êtes un.e amateur d’architecture, de mode ou d’histoire, le mieux est de réservez une visite guidée (gratuite) auprès de l’office du tourisme de Lille durant le “Printemps de l’Art Déco”.

Si vous aimez l’Art déco, vous allez être servi.e ! :)
Si la métropole lilloise regorge de bijoux art déco (Tourcoing, Lambersart, Wattrelos…), toute la région des Hauts-de-France possède des édifices construits dans ce style, et tous plus beaux les uns que les autres.

Cet article vous a plu ? Gardez-le ou partagez-le.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.