Belgique, Culture et Patrimoine

La balade des Mountches à Warneton, en Belgique

Accrochée aux rives de la Lys et posée à la frontière franco-belge, Warneton est une petite ville de caractère qui se dévoile idéalement au rythme de vos pas. Entre l’empreinte tenace de son histoire et la majesté de sa « Cathédrale de la Lys », cette charmante cité offre un cadre parfait pour une flânerie bucolique. De la silhouette élégante de son ancien hôtel de ville aux détails soignés de ses ruelles reconstruites, le parcours s’étire jusqu’à la douceur du chemin de halage. Une belle invitation à prendre le large, le temps d’une balade paisible sous le signe de l’histoire et de la convivialité des Mountches !

Bienvenue à Warneton, une charmante enclave wallonne nichée entre la France et la Flandre. Si le coin regorge d’histoire et de patrimoine, c’est aussi un petit paradis pour les amateurs de vélo et de randonnée. Je vous propose de me suivre pour une balade qui va (plus ou moins…) suivre le trajet de la brochure « Warneton au fil du temps« . Celle-ci propose de découvrir la richesse de son passé, à la confluence de deux rivières qui l’entourent, la Lys et la Douve.

Loin d’avoir eu une histoire de tout repos, la petite cité de Warneton a bien vécu ! Dès le XIe siècle, cette fière seigneurie médiévale devenue châtellenie avait déjà tout d’une grande : une église, un pont, un château et bientôt une abbaye. Officiellement reconnue comme ville en 1249, elle est devenue un point de passage incontournable au bord de la Lys.

Toutefois, sa position stratégique idéale a rapidement attisé la convoitise des puissances voisines. Résultat : la ville a été victime de sa géographie et pillée à maintes reprises. Il y a un siècle, lors de la Première Guerre mondiale, Warneton a même été totalement rasée. Mais c’était sans compter sur la ténacité de ses habitants. Fidèles à la devise de la ville — « Plus on la détruit, plus elle renaît avec constance » —, ils ont retroussé leurs manches pour rebâtir leur cité de toutes pièces.

La balade « Warneton au fil du temps » commence à la rue de la Châtellenie.
Anciennement dénommée rue du Château, la rue de la Châtellenie longe l’église de Warneton et conduit à la motte castrale où se trouvait le château. Vous pouvez faire le tour de l’église et lire les différents panneaux du parcours didactique qui vous offre une description du Warneton de jadis : son château, son abbaye et ses dépendances, ses ponts…

Butte naturelle ou aménagée, la « Montagne du Château » était un lieu stratégique entre la Lys et la Douve. Un château y a été érigé au 11e siècle, probablement en bois et non en pierre.

Les seigneurs de Warneton, membres de grandes familles étrangères à la région, y séjournaient peu, confiant la garde de leurs biens à des représentants locaux. Le château a été détruit à plusieurs reprises. Après les guerres de religion du 16e siècle, il a été restauré partiellement une dernière fois.
Une carte de 1644 le représente en ruine. Ses matériaux ont servi à l’édification de la citadelle de Lille !

L’église Saint-Pierre et Saint-Paul de Warneton

À l’extrémité de la Place de l’Abbaye, se dresse fièrement l’église de Warneton. Son port majestueux, sa belle architecture néo-romane et ses briques claires sont impressionnants.
C’est une église moderne. Car, si le site a été occupé depuis le 7e siècle et a abrité au Moyen Âge une importante abbaye, l’église historique, construite en 1665, a été réduite en poussière par les bombardements allemands en 1915.

Lors de la reconstruction, dans les années 1920, la commune a fait un choix audacieux : plutôt que de rebâtir à l’identique, comme les villes voisines, elle a confié le projet à une équipe d’architectes anversois menée par J.-R. Van Hoenacker. Ils ont imaginé un édifice deux fois plus vaste que l’original, qui a été inauguré en 1927. Bien que cette église ne soit pas le siège d’un évêché, ses dimensions impressionnantes lui ont immédiatement valu le surnom de « Cathédrale de la Lys ».

Pendant les travaux en 1924, les ouvriers ont mis au jour deux tombeaux polychromes du XIVe siècle oubliés sous le chœur. On a identifié la dépouille de Robert de Cassel (décédé en 1331), seigneur de Warneton et fils du comte de Flandre, ainsi qu’un tombeau attribué à un abbé. Une plaque gravée a donc été apposée sur la façade de l’église en mémoire de « Robert de Flandres ».

L’extérieur de l’église

Implantée majestueusement sur la Place de l’Abbaye, l’église domine toute la vallée. Son architecture s’écarte du style classique pour offrir un rare et savant mélange d’inspirations néo-romane, néo-byzantine et Art déco.

Élevée en béton (une vraie prouesse technologique pour l’époque), briques jaunes et calcaire, elle est coiffée de toitures en ardoise naturelle.

Dominée par sa haute tour latérale, elle impose son style avec un portail d’entrée monumental et de vastes volumes harmonieux.

L’intérieur de l’église

On entre par l’église non par le portail principal, mais par une porte latérale (à gauche, lorsque l’on est face à l’église).

Une fois le seuil franchi, le lieu se révèle être une véritable œuvre d’art globale de style Art déco, tout en conservant des trésors historiques d’exception.

On reconnait ainsi la symétrie et l’utilisation du béton pour réaliser les voûtes et les coupoles de l’église, typique de l’art déco, mais aussi la vaste voûte centrale, inspirée par l’art byzantin.

Sur le côté droit de la nef, différents panneaux vous présentent l’histoire de l’église, avec des photos de l’édifice du 17e siècle, détruit durant la Grande Guerre.

Le mobilier

Le mobilier liturgique de l’église de Warneton constitue l’une des curiosités des lieux. La chaire de vérité, les autels, les lutrins, les confessionnaux et les bancs de communion ont été réalisés en céramique flammée de couleurs différentes. Et c’est superbe !
La chaire de vérité est absolument sublime. J’ai rarement vu du mobilier d’une telle beauté, mes photos ne rendent pas hommage aux couleurs, aux dégradés, aux reflets.

La chaire de vérité est en grès flammé rouge violacée avec flammé vert à reflets cuivrés, le vert étant le symbole de l’espérance et de la parole de Dieu.

Les différents symboles représentent un ange, une colombe (symbole de l’Esprit saint), un pélican et ses petits (symbole du Christ), un calice surmonté d’une hostie…

Ces céramiques flammées ont toutes été réalisées par les célèbres ateliers Helman de Bruxelles. Cette technique consiste à cuire à haute température des éléments de grès fin, puis à les enduire d’une couche d’émail donnant des couleurs particulières et uniques.

Les confessionnaux sont, eux aussi, magnifiques. Les dégradés de bleus expriment des reflets argentés ou turquoise selon l’orientation de la lumière.

La couleur du maître-autel, en grès rouge violacé à reflets métalliques, est le symbole de la passion et de la royauté du Christ.

On y reconnait un ostensoir, un agneau dont le sang coule dans un calice, une colombe, un pélican nourrissant ses petits, le monogramme de Jésus, les Tables de la loi…

Les tons moirés de l’autel latéral (dans la chapelle Saint-Pierre en travaux) et son banc de communion se révèlent particulièrement au soleil.

Le magnifique lustre en fer forgé, de style Art déco, a été réalisé par le ferronnier Van Staen.

La chapelle de droite est close par des portes vitrées devant lesquelles se dressent les bustes de « Saint-Pierre en pape » en bois doré et de « Saint-Pierre apôtre », tous les deux du 18e siècle. Les deux ont été posés sur des socles en céramique bleue ou violacée dans lequel on a inséré une « tirelire porte cierges » pour les dons.

Les vitraux

Les vitraux ont été réalisés par A. Van Doorne, de Gand, vers 1927. Ils sont soit figuratifs (représentant le Christ, la Vierge, les apôtres…), soit plus abstraits (symbolisant le Saint-Esprit, la nativité, la Passion du Christ…). Nombre d’entre eux ont été financés par des dons de familles locales.

Dans le transept, les vitraux sont au nombre de neuf, de chaque côté.

L’ensemble des vitraux de droite est consacré à Saint Jean de Warneton, un évêque français de l’ancien évêché de Thérouanne, né vers 1065 à Warneton. Le vitrail de gauche le représente jeune devant une vue de Warneton, le central le représente sur un cheval en habit de chanoine, et celui de droite en abbé devant un autel.

Du côté gauche, le vitrail central représente le « Christ roi ».

Les vitraux de plus petite taille représentent des saints principalement locaux.

Les fonts baptismaux sont en marbre rouge de Rance et de la même époque que les stalles.

Les stalles

Autres bijoux de cette église, les stalles, ces sièges en bois disposés en rangées dans le chœur, réservés aux membres du clergé. Réalisées en 1714 par le sculpteur lillois Louis Gombette et démontées durant la guerre, elles proviennent de l’ancienne abbaye Saint-Pierre-et-Paul et sont de style baroque.

Sur les 24 stalles qui occupaient le chœur de l’église avant les destructions de 1914, 19 ont pu être sauvés, ce qui est véritable miracle 😉

Les sculptures sont nombreuses, variées et témoignent d’une grande maitrise technique. Entre les colonnes torsadées, les anges, les motifs végétaux, les évêques, les saints, les visages grimaçants, les aigles… On en prend plein les yeux !

L’église de Warneton est un petit bijou. Ce serait dommage de passer à côté !

Le clos des Mountches

Saviez-vous que « Mountche » signifie « petit moine », dans un surprenant mélange de picard et de flamand ?
Ce surnom remonte au Moyen Âge, à l’époque où Warneton abritait une puissante abbaye (démantelée plus tard à la Révolution). La légende raconte qu’à chaque fête patronale, les généreux religieux distribuaient des friandises aux habitants. Touchés par la tradition, les Warnetonnois ont adopté ce sobriquet avec fierté. Devant l’église, une statue immortalise d’ailleurs ces célèbres « petits moines ».

Aujourd’hui encore, la tradition est plus vivante que jamais ! Le premier samedi de décembre, toute la ville s’illumine pour célébrer une fête locale incontournable. Le soir venu, un cortège pittoresque défile à la lueur des flambeaux. Vêtus de leurs capes à capuchon, les enfants déguisés en « petits Mountches » exécutent des rondes autour de Frère Jehan, le géant de la ville. Fidèle à la coutume, Saint-Nicolas ferme la marche à cheval en lançant des oranges à la foule en liesse. L’événement s’achève en beauté par l’embrasement spectaculaire d’un Mountche géant en paille.

Sur la place, deux impressionnantes pièces d’artillerie, un canon Krupp et un obusier Skoda, rappellent que Warneton était sur la ligne de front durant la Grande Guerre et qu’elle a été presque entièrement détruite par le conflit.

L’ancien hôtel de ville de Warneton

La balade propose de tourner directement dans la rue des 7 pies, mais puisque nous sommes sur la place, autant visiter également l’ancien hôtel de ville, qui abrite aujourd’hui la Société d’Histoire de Comines-Warneton.

L’hôtel de ville détruit durant la Première Guerre mondiale datait du 16e siècle. Celui-ci, reconstruit en briques à son emplacement historique et muni d’un beffroi, a été inauguré en 1930.

L’impressionnant monument aux morts en forme de pilier n’est pas comme les autres… Représentant à sa base les civils guidés par la foi et les soldats fidèles à leur patrie, il porte à son sommet deux mains enserrant le poteau du drapeau et un casque posé sur une couronne de laurier. Les noms des soldats et civils décédés durant les deux guerres mondiales sont gravés à l’arrière.

Une plaque apposée sur le côté de l’ancien hôtel de ville rend hommage aux civils et résistants tués lors de la Seconde Guerre mondiale. Nombre d’entre eux sont décédés lors du bombardement de la briqueterie locale le 9 septembre 1943, dont Alidor Allemeersch, 65 ans. Emile Bourdouxhe était un conseiller communal et résistant, membre du journal clandestin De Strijd, qui a été déporté en 1944.

Surtout, n’hésitez pas à entrer dans l’ancien hôtel de ville, qui accueille aussi l’office du tourisme local. La Société historique gère un musée d’histoire locale, un musée archéologique, un centre de documentation et une salle de lecture.

Un surprenant musée d’art a été installé en haut de l’escalier majestueux du bâtiment : des peintures d’artistes du 19e siècle, nés à Warneton ou qui y ont vécu. Ainsi, les frères Eugène et Charles-Louis Verboeckhoven étaient à leur époque des artistes mondialement connus. Eugène, spécialiste de la peinture animalière et des paysages, et Charles-Louis, spécialiste des marines, ont participé à la révolution belge de 1830.

Montez à l’étage supérieur. Non seulement vous aurez accès à une grande table interactive qui vous permettra d’en savoir plus sur chaque œuvre, mais vous pourrez aussi admirer des peintures d’artistes locaux modernes.

Le Musée d’archéologie et le musée iconographique sont en cours d’aménagement. Ils vont présenter le matériel archéologique exhumé dans la région de Comines-Warneton à l’occasion de fouilles, ainsi que des photographies de la région.

Suite de la balade des mountches

Continuons notre promenade en prenant la rue des 7 pies, où l’on peut admirer une jolie pompe publique en fonte, ainsi qu’une représentation des mountches. La rue des 7 pies suit le tracé des fortifications du 18e siècle, qui protégeait la ville.

Je vais être honnête avec vous : sans guide pour vous expliquer l’histoire passée de Warneton, la balade est un peu tristounette, car la plupart des monuments n’existent plus, depuis plus d’un siècle… Mais j’ai tout de même apprécié de me promener, car d’autres points d’intérêts se sont présentés à moi 😉
Et notamment de jolies maisons aux styles variés, souvent avec des touches d’influence flamande.

Warneton est traversé par la ligne 69a du RAVel (Réseau Autonome des Voies Lentes). Rien à voir avec l’auteur du « Bolero », c’est une voie verte, praticable facilement en vélo, à pied ou à cheval : il relie Warneton à Comines via un parcours plat avec un revêtement lisse, signalisé et adapté aux familles. Elle suit l’ancienne voit de chemin de fer qui, de 1870 à 1950, reliait Comines à Armentières.

La balade propose de longer cette jolie maison en passant par le chemin des 7 Gildes, mais j’ai préféré emprunter la ligne du RAVel, plus bucolique.

On retrouve l’itinéraire de la balade au croisement des deux panneaux…

Il faut alors longer un champ et les haies d’une habitation pour parvenir, au bout de la rue à gauche, à un sentier…

… qui passe sous un pont végétal.

Un petit pont permet d’enjamber La Douve, un cours d’eau d’une vingtaine de kilomètres, qui a longtemps formé une défense naturelle au nord de la ville.

Nous parvenons dans la rue du moulin à eau, qui porte ce nom, car un moulin à eau seigneurial, mentionné au 14e siècle, a été utilisé à cet endroit jusqu’à la Première Guerre mondiale. Belle longévité !

On suit ensuite la rue « rempart Volbrecht », puis la rue « rempart Godtschalck ». La première suit le tracé de remparts qui protégeaient la ville sur son côté ouest. Elle porte le nom de Louis Volbrecht, maire fusillé par les Allemands à titre de représailles le 10 octobre 1914. Auguste Godtschalck, quant à lui, est le maire Warneton qui a poussé les habitants à évacuer la ville dès octobre 1914.
Dans cette seconde rue, on croise une belle demeure cossue, qui appartient à une école.

Il faut savoir qu’après la destruction de la ville lors du premier conflit mondial, Warneton a voulu se reconstruire en suivant principalement la mode architecturale moderne. Dès 1920, nombre de demeures privées, bourgeoises et même modestes ont donc été construites dans les styles « Bauhaus », « Art déco », « Balnéaire », « éclectique »… Les édifices mêlent donc souvent la brique rustique à des éléments de pierre, de verre, de métal, de bois, de céramique ou de béton.

Nous voici parvenues au « quai » de Warneton. Il rappelle l’ancienne activité fluviale où le blé, les draps, le vin et autres marchandises transitaient en provenance ou en direction d’Ypres, Lille ou Gand. De nos jours, ce sont les péniches privées qui y accostent.

La nouvelle dénomination, quai Verboeckhoven, évoque le peintre Eugène Verboeckhen, né à Warneton en 1798 et dont quelques peintures sont visibles dans le petit musée de l’ancien hôtel de ville.

Vous pouvez choisir de ne pas suivre l’itinéraire de la balade et de partir vers la droite, sur le chemin de halage de la Lys, pour une jolie promenade à la frontière entre Belgique et France.

Mais la balade nous indique de tourner à gauche et de passer sous le pont (qui date de 1951, le précédent ayant été détruit durant la Seconde Guerre mondiale).

Vous pouvez alors vous poser sur l’accueillante terrasse de la Malle-Poste, qui combine un bar convivial, une micro-brasserie et un musée de la bière. Le musée est situé dans l’ancienne brasserie de La Poste, qui a été fondée par Hector Van Windekens en 1857. Sa bière était vendue dans plus de 40 cafés et cabarets de la région !

Le bar est ouvert du mardi au dimanche, des concerts sont régulièrement organisés le week-end, allant du rock à l’accordéon. Le musée de la Brasserie est ouvert un dimanche par mois. D’autres visites sont également organisées par la Maison du Tourisme de Comines-Warneton.

Le projet VALYS est un parcours bucolique et pédagogique qui borde un ancien méandre de la Lys, agrémenté de modules interactifs et de photos qui soulignent la biodiversité de ces milieux humides (6 km aller-retour).

Vous pouvez continuer sur le chemin de halage pour profiter de ce parcours…

Entre l’église et la Lys se dressait auparavant l’abbaye de Warneton, fondée en 1138 et démantelée après la Révolution française. Seule l’église se dresse à son ancien emplacement, mais depuis le chemin de halage, on en a une vue superbe.

Vous pouvez continuer votre chemin le long de la Lys pour une très belle promenade, mais la balade nous indique d’emprunter le passage, juste au coin de la Malle Poste.

Et nous retrouvons notre point de départ, la belle « cathédrale de la Lys » et ses mountches !

ACCÈS : À vélo, en restant sur la rive de la Deûle jusqu’à Deûlémont, puis en passant sur les berges de la Lys, direction Courtrai, vous passerez par Warneton. La ville est aussi accessible en transport en commun depuis Lille (métro + bus, comptez 1h à 1h30).

À VOIR À PROXIMITÉ
La ville de Comines accueille un formidable musée de la rubanerie. Vous n’êtes pas loin du Mémorial de Ploegsteert et du musée Plugstreet 14-18 experience. Et vous êtes en face de la ville française de Comines et sa surprenante église Saint-Chrysole.

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