À la fois paisible et étonnamment riche, Noyon se prête parfaitement à une escapade touristique où l’on passe, en quelques rues, du grand patrimoine à l’histoire du quotidien. Sa cathédrale et son quartier épiscopal, joyaux du patrimoine français, donnent le ton. En chemin, on croise aussi des traces de la Grande Guerre, rappel discret d’un XXᵉ siècle mouvementé. Et pour équilibrer culture et gourmandise, Noyon revendique également une autre facette de son identité : la production de fruits rouges, parfaite excuse pour prolonger la visite en mode saveurs locales !
Noyon séduit par un patrimoine historique et architectural dense, hérité d’une longue histoire. Ancienne cité gallo-romaine, la ville devient au Moyen Âge un centre spirituel majeur grâce à son évêché. Son emblème est la cathédrale Notre‑Dame de Noyon, chef-d’œuvre du gothique primitif, entourée d’un quartier canonial remarquable.
La cathédrale et les bâtiments qui l’entourent sont les bijoux de Noyon : il reste en France très peu de quartiers cathédraux complets à l’image de celui qu’offre Noyon, datant des 12e et 13e siècles. En s’y promenant, on est vraiment replongé des siècles en arrière, en plein Moyen Age.

Je vous conseille de vous procurer le « plan patrimonial » de Noyon à l’Office du tourisme : il vous présente la cathédrale et vous indique les monuments à visiter ou observer dans le centre-ville.
A Noyon, les parkings sont gratuits et le réseau de bus est lui aussi gratuit pour vous déplacer ! 🙂
La cathédrale Notre-Dame de Noyon
Campée sur le point le plus élevé de la ville, c’est la plus ancienne cathédrale gothique du Nord de la France. Elle a été bâtie sur les ruines d’une cathédrale romane où Charlemagne et Hugues Capet avaient été couronnés, elle même construite à l’emplacement d’un ancien camp romain.

La construction de la cathédrale de Noyon s’est faite sous l’impulsion de l’évêque Simon de Vermandois, (cousin du roi Louis VI et ami de saint Bernard de Clairvaux), puis poursuivie par l’évêque Beaudoin II.
Edifiée de 1145 à 1235, la cathédrale de Noyon est l’une des premières grandes églises gothiques (donc de style gothique primitif) et l’une des 7 cathédrales gothiques des Hauts-de-France.
Le gothique primitif mêle les influences de l’art roman et les principes naissants de l’architecture gothique. Certains aspects, comme les fenêtres en plein cintre, traduisent la persistance de l’art roman, tandis que l’évidement des murs, la large place faite à la lumière et la croisée d’ogives témoignent du passage à l’architecture gothique. L’élévation intérieure à quatre niveaux est une caractéristique commune aux premières cathédrales gothiques.



Les trois portails du porche étaient initialement ornés d’un décor sculpté. Au centre, un Jugement dernier, au portail gauche saint-Éloi, évêque de Noyon, et, à droite, le couronnement de la Vierge. Malheureusement, les décors et les statues ont été détruits durant la Révolution.

Nous verrons dans le musée du Noyonnais à quel point la portail de la cathédrale était magnifique…

Haute de 22 mètres et longue de 102 mètres, la cathédrale de Noyon offre une multitude de richesses. N’hésitez pas à lever les yeux et à chercher les détails !



La chapelle Notre-Dame de Bon-Secours a été construite bien après la nef et le choeur, entre 1528 et 1532, à la demande de l’évêque Charles de Hangest. Elle possède une architecture gothique flamboyante par son décor exubérant, ses voûtes complexes et ses clefs pendantes.


La chapelle du Sacré Coeur était auparavant dédiée à Saint Nicolas. L’autel provient du couvent des Capucins de Noyon.

Les très belles boiseries du 16e siècle proviennent de la Chartreuse du Mont-Renaud. Les panneaux sont décorés d’éléments végétaux et d’attributs musicaux.

Levez les yeux ! Vous pourrez ainsi admirer les clés de voute sculptées


L’autel de style néoclassique a été créé en marbre et en bronze au 18e siècle. Faites-en le tour : à l’arrière, on distingue les reliques de trois saints : saint Mumolin et saint Eloi (qui ont été tous les deux évêques de Noyon), et sainte Godeberthe (abbesse et Sainte Patronne de la ville).

Novateur par son plan et sa structure, le chœur de la cathédrale s’inspire de celui de l’abbaye de Saint Germain-des-Près et présente un déambulatoire à chapelles rayonnantes.
Les stalles de la nef, où s’asseyaient les chanoines lorsqu’ils récitaient l’office, datent du 17e siècle.

Cette chapelle, créée avec le choeur entre 1145 et 1160, nous rappelle que les églises et les cathédrales étaient autrefois peintes de couleurs vives.

La peinture murale du 16e siècle représente l’apparition de Jésus à Marie-Madeleine après sa résurrection. Cachée sous le plâtre, elle n’a été redécouverte qu’en 1991.


Les chapiteaux des piliers du déambulatoire sont à la croisée de l’art roman et de l’art gothique : figures d’hommes, combat de centaures, monstres animaux n’ayant qu’une seule tête pour deux corps, feuillages et fleurs…

Dans la chapelle Sainte Jeanne d’Arc, le sculpteur Émile Pinchon a créé un groupe nommé « La réhabilitation de Jeanne d’Arc », sculpté entre 1907 et 1909.
L’artiste a donné aux personnages historiques les traits de certains de ses contemporains. Jeanne d’Arc est ainsi sculptée avec le visage de son épouse et l’archevêque de Reims est représenté par l’évêque de Beauvais, Noyon et Senlis.

La chapelle de la Vierge a été largement restaurée entre 1874 et 1876. Les peintures murales de style néo-gothique ont été réalisées en 1878.
Les verrières de la chapelle de la Vierge, datant de 1220-1230, sont les seuls vestiges des vitraux anciens de la cathédrale.

La chair de vérité, sculptée de motifs végétaux et d’évêques, date du 18e siècle.

La chapelle Saint-Maurice a été fondée en 1299 par Raoul II de Clermont, seigneur de Nesle, mais les décors sont du 18e siècle.

L’ancien orgue de 1702 a été incendié lors du bombardement de 1918. La ville de Noyon a attendu 1941 pour faire l’acquisition d’un nouvel orgue, mais il a été démonté par craintes d’autres bombardements. Les grandes orgues actuelles sont issues de la manufacture Henri Saby, qui a repris un orgue du facteur Merklin (1898) provenant de l’église du Sacré-Coeur d’Agen. L’instrument a été complètement restauré puis inauguré en 2005.

Entrons à présent dans la très jolie salle capitulaire, qui, comme le cloître, a été construite entre 1230 et 1240. C’est ici que se réunissait quotidiennement la communauté religieuse de la cathédrale.

En pierre calcaire, marbre ou ardoise, les pierres tombales rassemblées au 19e siècle dans le cloître proviennent de la cathédrale et d’églises disparues.
Une dalle funéraire rend hommage « A la gloire de dieu tout puissant et la bonnes mémoire du vénérable et pacifique doyen de l’église de Noyon », Jacques le Vasseur, décédé en 1638. Sa dédicace, particulièrement longue, chante ses louanges et souligne qu’il a été docteur en théologie, licencié en droit, chanoine, doyen et official de la cathédrale.


Jean de Ferrières, décédé en 1568, était bourgeois de Noyon et prévôt du comté de Noyon.

Cette dalle m’a fait sourire, avec son long texte en ruban semblable aux bulles des bandes dessinées modernes. Le bas-relief représente la résurrection du défunt, avec les morts qui sortent de leur tombe. C’est la dalle funéraire du chanoine Gilles Coquevil, mort au 15e siècle.


Le cloître était si agréable que je me serai bien installée avec une chaise longue et un livre 😉


Les pierres sont les mêmes que celles que l’on trouve à Soissons et dans une grande partie des édifices de la Picardie : un calcaire local dans lequel on distingue des coquillages fossiles vieux de 45 millions d’années.


Un « détail » qui a son importance : la charpente médiévale de la cathédrale a brûlé le 1er avril 1918 lors du bombardement de la ville. La toiture et la charpente ont été reconstruites entre 1936 et 1939. L’architecte André Collin a décidé d’utiliser un matériau moderne et solide, le béton armé. De l’extérieur, évidement, c’est totalement invisible.
N’hésitez pas à contacter l’Office du tourisme de pays Noyonnais, qui organise régulièrement des visites guidées de la cathédrale.
INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : 3, Parvis Notre Dame 60400 Noyon
Horaires : Du lundi au samedi de 9h30 à 12h et de 14h à 18h. Le dimanche de 14h à 18h.
Le « quartier cathédral » consiste en l’ensemble des bâtiments aux abords de la cathédrale destinés à l’évêque, à son clergé et aux chanoines. Il comporte le quartier canonial, celui des chanoines, et le quartier épiscopal, celui de l’évêque.
Le quartier canonial
Un quartier canonial était une zone réservée à la résidence des chanoines (des clercs au service de la cathédrale). Celui de Noyon comporte les maisons des chanoines reconstruites aux 17e et 18e siècles, le réfectoire du 13e siècle, la bibliothèque « du chapitre » (le groupe de chanoines), édifice à pans de bois du début du 16e siècle, et l’officialité (le tribunal ecclésiastique).

Au 12e siècle, le chapitre était composé de 60 chanoines qui tenaient également le rôle de conseillers auprès de l’évêque.

La bibliothèque du Chapitre a été élevée en 1506 par les chanoines désireux d’y conserver leurs précieux ouvrages. Elle est aujourd’hui un rare témoignage en Europe de bibliothèque à pans de bois.

La bibliothèque du Chapitre a miraculeusement survécu aux bombardements de 1918. Mais pour la bonne conservation des 3 000 ouvrages anciens exposés, elle est fermée au public la majeure partie de l’année.

Elle n’est ouverte que lors de la foire aux fruits rouges en juillet ou lors des Journées européennes du patrimoine.



Les chanoines de Noyon ont vécu en communauté jusqu’au 12e siècle. Lors de la reconstruction du quartier cathédral, ils ont bâti des demeures individuelles le long de l’ancien rempart gallo-romain.

Ces maisons canoniales des 17e et 18e siècles alignent leurs portails sur le parvis avec ordre et ostentation.

Le quartier episcopal
Le quartier épiscopal, au sud de la cathédrale, comportait la chapelle privée de l’évêque datée du 12e siècle, le bâtiment du Trésor et le palais épiscopal.
Noyon a été une ville épiscopale du 6e siècle jusqu’à la Révolution. L’évêque y était aussi comte et « pair de France », souvent issu des grandes familles du royaume. On compte parmi ses illustres prélats saint Médard et saint Éloi.

L’ancien palais de l’évêque est divisé en trois entités architecturales distinctes : une tour médiévale, un logis du 16e siècle et un bâtiment du 17e siècle, qui abrite désormais les collections du musée du Noyonnais.


La chapelle privée de l’évêque, bâtie au 12e siècle, a été démantelée en 1897 par l’architecte des Monuments historiques Paul Selmersheim qui, en restaurant la cathédrale de Noyon, souhaitait dégager le flanc sud de la cathédrale.


La Première Guerre mondiale a achevé de ruiner la chapelle…

Le musée du Noyonnais
Le musée du Noyonnais a été créé dans les années 1930 et installé dans l’ancien palais épiscopal.
Totalement réaménagé en 1996 et restauré en 2019, c’est un musée d’archéologie, d’art et d’histoire. Il présente des collections variées sur l’histoire de Noyon depuis l’époque gallo-romaine, certains des éléments du trésor de la cathédrale de Noyon, des « éléments lapidaires » (des morceaux de pierre) de la cathédrale, ainsi que des tableaux de peintres locaux des 19e et 20e siècles.

Le rez-de-chaussée est consacré aux collections archéologiques provenant des fouilles effectuées à Noyon et dans le Noyonnais.


Le musée du Noyonnais illustre les origines de la ville à l’époque gallo-romaine, en exposant les découvertes effectuées lors des nombreuses fouilles archéologiques.




J’ai trouvé très intéressant que le musée mette en valeur les différents métiers de l’archéologie, ce qui permet de comprendre comment les archéologues travaillent, ce qu’ils cherchent, comment ils déduisent tel ou tel choses…




Deux salles sont dédiées à la présentation d’éléments en pierre provenant de la cathédrale Notre-Dame.






Nous arrivons dans la partie qui m’a le plus intéressée. Le musée, à partir des vestiges de la cathédrales, de simples morceaux de pierre brisés durant la Révolution, a recréé les portails, les bas reliefs, les statues. C’est fascinant ! La façade de la cathédrale devait être magnifique.

Une artiste a dessiné, à partir des informations des archéologues, ce à quoi tel ou tel éléments devait ressembler. Ici, par exemple, une main tenant une couronne d’épines.






Nous passons ensuite à la partie « moderne » du musée en étant accueilli.e par deux sculptures d’Emile Pinchon, qui a également sculpté le monument aux morts.

Au 1er étage, le musée abrite une collection de mobilier exceptionnelle, notamment un ensemble rare de coffres des 12e et 16e siècle, provenant du trésor de la cathédrale

Cette jolie « madone Laura » a été peinte par un artiste anonyme à la fin du 16e siècle.
C’est un don des héritiers de Virginie-Hélène Porgès, une peintre amie de Rodin, collectionneuse d’œuvres d’art et philanthrope française, qui voulait offrir une partie de sa collection à une ville des régions dévastées par la Première Guerre mondiale.

Ce remarquable jeu d’échecs du 11e siècle a été sculpté dans du bois de cerf.


On découvre ensuite de rares coffres des 12e et 16e siècle, provenant du trésor de la cathédrale.

Sur ce tableau, vous reconnaissez peut-être l’intérieur de la cathédrale et la chapelle Notre-Dame de Bon Secours dans ce tableau du début du 19e siècle ?

A ces riches collections s’ajoute la présentation des 288 tableaux que le peintre Joseph-Félix Bouchor a légué à la ville de Noyon en 1936.
(A gauche sur la photo, le buste de la philanthrope Virginie-Hélène Porgès sculptée par le célèbre Paul Landowski, auteur notamment du Christ du Corcovado à Rio de Janeiro).

La fondation du musée du Noyonnais est intervenue au moment où Noyon se reconstruisait, après le traumatisme du premier conflit mondial. Les legs et donations que la municipalité ont reçus étaient de véritables aubaines pour une ville qui avait vu son patrimoine durement amputé d’une partie de ses richesses.

Peintre de paysages qui aimait voyager, Josep-Felix Bouchor est devenu « peintre des armées » en 1914 à l’âge de 61 ans.

Le musée propose de découvrir son travail en ouvrant des tiroirs qui présentent les différents supports sur lesquels il peignait, les techniques qu’il utilisait, les sujets qui l’intéressaient…

La partie suivante du musée est consacrée à l’ancien palais épiscopal et aux évêques qui s’y sont succédés.

Ces chérubins en bois sculpté du 18e siècle proviennent de l’ancien palais episcopal.

Le musée propose aussi une vue de château de Carlepont, construit au 18e siècle et détruit durant la guerre, qui fut l’ancienne villégiature des évêques de Noyon.

Le pouvoir de l’évêque était grand : siècle après siècle, il a peu à peu assuré les fonctions du comte, le représentant du roi, en imposant sa gouvernance civile, judiciaire et militaire sur la ville. Bientôt officiellement comte de Noyon et pair de France, il jouait un rôle de premier plan dans la cité et royaume.
Plaque commémorative de la première pierre de l’église Saint-Germain (1740), plaque de fondation du petit séminaire de Noyon (1872), Colombe de l’Esprit Saint et licorne (18e siècle) de la cathédrale.

L’évêque Saint Eloi, minsitre du roi Dagobert, est sans doute l’évêque le plus célèbre de Noyon.

Une dernière partie de l’exposition est consacrée à la destruction de la ville de Noyon à la fin de la Première Guerre Mondiale, puis à se reconstruction.


Le musée possède l’une des oeuvres du célèbre peintre des armées François Flameng, « Le récit », une aquarelle peinte en mars 1917. Connu pour ses œuvres documentant la Grande Guerre, Flameng a offert un témoignage visuel détaillé de cette période dans l’Aisne.

Construction de la nouvelle gare de Noyon en 1929.


Le musée du Noyonnais procède aussi à des achats ou reçoit des dons de l’association des amis du musée.
La Vierge adorant l’Enfant endormi, peinte au milieu du 17e siècle, est l’une des rares œuvres peintes attribuées au sculpteur de Louis XV, Jacques Sarazin, natif de Noyon.


INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : 7 rue de l’Evêché 60400 Noyon
Horaires : Du 1er février au 31 mars et du 1er octobre au 31 décembre : Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 17h. Du 1er avril au 30 septembre : Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 12h et de 14h à 18h. Fermé en janvier.
Tarifs : 4,5€ / 2,5€ (demandeurs d’emploi, étudiants de moins de 25 ans, enfants, séniors, PMR…)
Le mémorial du Noyonnais
Le mémorial du Noyonnais (également monuments aux morts) est situé juste en face du musée. Ce monument en béton, ciment et pierre calcaire a été inauguré par le Maréchal Joffre en 1925.
Le premier niveau est percé de quatre baies ouvrant sur un reposoir où sont gravés les noms des 214 soldats noyonnais morts pour la France.

Les quatre bas reliefs sculptés par Emile Pinchon illustrent des scènes de la vie des Noyonnais durant la Grande Guerre, comme la prise d’otages en 1914 ou l’entrée des troupes françaises en 1917.

Émile Pinchon, né à Amiens en 1872, est le frère de Joseph-Porphyre Pinchon, inventeur de la célèbre Bécassine. Leur père tenant une tannerie à Noyon, les deux fils étaient très attachés à la petite ville picarde. Plusieurs œuvres d’Émile sont exposées à Noyon dont La réhabilitation de Jeanne d’Arc dans la cathédrale, quatre bas-reliefs dans le hall de l’hôtel de ville et plusieurs sculptures au musée du Noyonnais.
Cet édifice est aujourd’hui un lieu de mémoire sous l’ombre d’un grand cèdre, à la croisée de la cathédrale, du palais épiscopal et de la crypte archéologique.

L’hôtel de ville de Noyon
En 1480, la commune de Noyon a décidé la reconstruction de la maison de ville qui avait été incendiée. En 1552, le bâtiment a été, une nouvelle fois, victime d’un incendie. On a restauré le corps de logis, mais le beffroi n’a jamais été reconstruit.
Après la Grande Guerre, le corps de bâtiments du 16e siècle avec ses décorations a été restauré et la charpente a été refaite en béton.

Le corps de logis principal, contemporain des hôtels de ville de Compiègne et de Saint-Quentin, présente un style gothique flamboyant de la fin du 15e siècle et du début du 16e siècle.

Sa façade est richement décorée : creusée de niches, ses motifs sculptés représentent végétaux et animaux : faisans, lapins, chiens, sangliers cachés dans une verdure foisonnante de choux frisés et de grappes de raisins ainsi que des personnages et des animaux fantastiques, sirènes, diables, dragons…

Le premier étage possède une série de neuf niches entre les fenêtres dans lesquelles les statues ont disparu.

L’arrière est, évidement, plus sobre : au centre une grande arcade, une tourelle d’escalier octogonale. Les balustrades, lucarnes et le campanile datent de l’époque classique.

Dans le bâtiment créé après guerre sont exposés quatre bas-reliefs d’Émile Pinchon, provenant de l’Exposition Coloniale de 1931, une toile de Guyenot représentant les Travaux des Champs (1944) et une de Joseph Porphyre Pinchon (le créateur de Bécassine), représentant la Remise de la croix de guerre à la Ville de Noyon en 1919.




Devant l’hôtel de ville, la « fontaine du Dauphin » commémore le mariage en 1770 du Dauphin Louis, futur Louis XVI et de Marie-Antoinette, par un décor riche et chargé en symboles. Elle a été offerte aux Noyonnais par Charles de Broglie, évêque-comte de Noyon.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : 1, Place Bertrand Labarre 60400 Noyon
Horaires : lundi 14h-17h / mardi au vendredi 9h-12h et 14h-17h / samedi 9h-12h
Le cimetière de Noyon
Il existe deux cimetière à Noyon. J’ai parcouru celui qui est situé rue de Lille.

Le cimetière rue de Lille possède de nombreuses croix en fonte moulée, très en vogue au 19e siècle et jusqu’au début du 20e siècle. Certaines d’entre elles sont particulièrement jolies.





Les chapelles sont peu nombreuses dans le cimetière, mais fort jolies.


Le monument aux morts qui se dresse dans le cimetière commémore les militaires décédés entre 1870 et 1914.

Il existe aussi un carré militaire où certaines tombes sont bien entretenues et d’autres beaucoup moins…
Né à Blérancourt, le sergent Alexandre Molin, décoré de la Croix de guerre et de la Médaille militaire, est décédé dans la Marne le 5 février 1915, quelques jours avant son 27e anniversaire.

Tourneur sur bois, sergent des sapeurs-pompiers, Alexandre Devaux a été tué par des soldats allemands le jour de l’invasion, le 30 août 1914.
Marie Zélie Delbecq a été fusillée par des soldats allemands à son domicile le soir du 19 septembre 1914. Son fils René est mort à Verdun en mai 1916.

Hommage est aussi rendu aux tirailleurs du 8e RTT (un régiment d’élite composé majoritairement de Tunisiens, qui a été cité cinq fois à l’ordre de l’Armée durant la Grande Guerre) et aux soldats du 9e régiment de cuirassiers (un régiment de cavalerie) décédés entre 1825 et 1905.

Cette jolie couronne du souvenir représentant des roses rend hommage au caporal Robert Vincent, décédé dans la Meuse en avril 1916 à l’âge de 36 ans

Victime civile, René Broyard est décédé à l’âge de 20 ans lors des premiers bombardements aériens allemands qui ont touché Noyon dans la nuit du 3 au 4 juin 1940.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : 33, rue de Lille 60400 Noyon
Horaires : Du 1er novembre au 31 mars : de 7h30 à 17h. Du 1er Avril au 31 octobre : de 7h30 à 19h.
Le musée Jean Calvin
La commune de Noyon est la ville natale du théologien protestant Jean Calvin, l’une des grandes figures de la Réforme protestante du 16ᵉ siècle.
Un musée a été construit entre 1927 et 1930, à l’initiative de la Société de l’histoire du protestantisme français, à l’emplacement présumé de sa maison natale. Ses collections sont consacrées à l’histoire de la Réforme en France, à la personnalité de Calvin et à l’influence de son œuvre aux 16e et 17e siècles.



Au rez-de-chaussée, la salle dite « chambre de Calvin » accueille œuvres et imprimés originaux de Calvin, ainsi qu’un ensemble de traductions protestantes des saintes écritures.



Lordque je m’y suis rendue, une exposition temporaire remettait Calvin dans son époque, la Renaissance. Les connaissances commençaient à s’émanciper de l’opacité du Moyen-Age.


Jean Calvin a rompu avec l’Église catholique vers 1530, dans un climat de tensions et de persécutions en France et s’est réfugié en Suisse où il a publié en 1536 la première édition de son ouvrage majeur, l’Institution de la religion chrétienne. En conflit avec les autorités locales, il s’est s’installé à Strasbourg où il est devenu pasteur d’une communauté francophone, avant de retourner en Suisse.
Peu à peu, les évolutions locales et l’arrivée de réfugiés favorables à la Réforme ont renforcé son influence, et Genève est devenu un centre de diffusion du mouvement en Europe.
Écrivain et prédicateur infatigable, Calvin a publié traités, commentaires bibliques et confessions de foi, et a soutenu les protestants persécutés.


Le 1er étage retrace l’histoire politique des relations entre protestants et pouvoir royal au 16e siècle, qui aboutirent aux guerres de religion, au travers de plusieurs oeuvres.


Quelques figures du protestantisme en France sont mis en avant, dont Gaspard de Coligny, chef du parti huguenot, assassiné durant le massacre de la Saint Barthélémy, ou Marguerite d’Angoulême, soeur de François 1er, qui a soutenu la Réforme protestante.



Cette peinture de 1570 représente la séance du Parlement du 10 juin 1559, présidée par Henri II, durant laquelle furent débattues les exécutions de protestants.

Le colloque de Poissy en 1561 (peinture de Robert Fleury en 1840). C’est un face à face entre les ministres protestants et le pouvoir catholique (Charles IX, Catherine de Medicis, des cardinaux). Diego Lainez, co-fondateur de l’ordre des Jésuites, attaque violemment « les ennemis de la religion chrétienne ».



La couverture en cuir de cette bible datée de 1547 est magnifique ! 🤩 Elle a appartenu à Martin Luther, autre grande figure du protestantisme, en Allemagne.

Au deuxième étage sont exposés des gravures, des peintures, des objets du quotidien ainsi que du mobilier évoquant l’histoire du protestantisme aux 16e et 17e siècles, l’éclosion de la spiritualité protestante et ses répercussions dans la vie quotidienne.

Cette grand tableau 1755, copie d’une oeuvre de 1584, se nomme « Les deux voies, tableau ou instruction des simples ». Il fustige les méfaits de la religion catholique et vante les bienfait la religion protestante. A droite, la pratique de la religion « papiste » et des « rites corrompus ». A gauche, la pratique de la « vraie religion chrétienne », où l’on renonce aux vanités terrestres.


Le temple de Paradis est un des trois temples construits a Lyon pour abriter le culte reformé après 1564. Il a été détruit dès 1567, avant la deuxième guerre de religion. Le musée en propose une maquette afin de mieux s’imaginer à quoi il pouvait ressembler.

La visite se termine par des exemples de lutte contre le protestantisme, avec des caricatures, des textes moqueurs et des ouvrages sur « la vraie foi ».


INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : 6, place Aristide Briand 60400 Noyon
Horaires : Du 1er février au 31 mars et du 1er octobre au 31 décembre : Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 17h. Du 1er avril au 30 septembre : Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 12h et de 14h à 18h. Fermé en janvier.
Tarifs :
La ville de Noyon et son architecture
Au-delà des monuments, Noyon se découvre comme un patrimoine vivant, à parcourir au fil des rues et des histoires locales.



Lors de sa libération le 29 août 1918, Noyon était détruite à 80%. En août 1919, le conseil municipal de Noyon a voté la décision de « sauvegarder le caractère pittoresque qu’offrait la ville avant sa destruction ». La ville n’a donc pas trop changé de visage et les matériaux utilisés sont resté classiques : briques et pierres calcaires.


Beaucoup d’habitations noyonnaises du centre-ville témoignent de la première Reconstruction au cours des années 1920, en affichant sur leur façade des motifs et éléments discrets, mais emblématiques du style de l’époque.



Certains propriétaires apportent des nouveautés sur les façades qui sont parfois ornées de symboles liés à leurs professions comme au 81, rue de Paris avec un fer à cheval de maréchal-ferrant. Certaines façades présentent des décors dans un matériau à la mode comme le grès et la céramique, distillant quelques touches d’art déco dans le paysage urbain : grand poulpe au 9, rue de Paris ou salamandre au 25, place Bertrand Labarre.


Le fronton de cette maison porte la date de 1922, afin de marquer, dans la pierre et dans le temps, la lente reconstruction de Noyon.







Dynamitée par les troupes allemandes en 1917, l’ancienne gare de Noyon, inaugurée en 1849 par Napoléon III, était complètement dévastée. L’architecte Urbain Cassan (créateur des gares de Senlis, Saint-Quentin et Lens) a livré en 1930 une gare moderne tout en rappelant l’architecture noyonnaise.


La ville des fruits rouges

Noyon est une ville d’échanges et de marchés depuis le Moyen Âge. Le marché aux fruits rouges qui se déroule tous les ans le premier dimanche du mois de juillet, est le plus reconnu. Né au 19e siècle, il s’est développé grâce à l’arrivée du chemin de fer en 1849.
C’est l’occasion d’une grande fête où se rassemblent associations et producteurs locaux, artisans d’art et grands gourmands. Les nombreux visiteurs achètent et dégustent des fruits frais et des confitures, ainsi que des « cœurs de Noyon », petits bonbons aux fruits rouges.
À taille humaine mais riche en surprises, Noyon se découvre facilement au fil des rues et des places, entre grands repères patrimoniaux et détails qui racontent la vie locale. Ancienne cité épiscopale, elle conserve une identité façonnée par des siècles d’histoire picarde.
Que vous veniez pour une balade culturelle, une halte en train ou une journée curieuse, Noyon offre un mélange agréable de patrimoine, de musées et d’atmosphère tranquille, idéal pour prendre le temps de comprendre un territoire.
Cet article vous a donné envie de découvrir la belle ville de Noyon ? Enregistrez-le pour plus tard, partagez-le avec un·e ami·e prêt·e à partir à l’aventure… et surtout, n’hésitez pas à me faire part de vos découvertes personnelles !
Puisque vous êtes dans le coin, visitez le surprenant musée de l’amitié franco-américaine de Blérancourt, parcourez la Cité des bateliers de Longueil-Annel, promenez vous le long du canal de l’Oise à Pont-l’Eveque ou passez un week-end à Compiègne ou, juste un peu plus loin, à Soissons.
