En bord de Scarpe, la paisible ville de Courchelettes vous révèle ses beautés architecturales. Courchelettes, comme de nombreuses villes proches du front durant la Première Guerre mondiale, a été rudement endommagé par les combats. Après le conflit, la ville a voulu reconstruire les édifices publics et les habitations. La plupart l’ont été dans le style en vogue à l’époque : l’art déco.
La petite ville de Courchelettes, non loin de Douai, est située juste à la limite du département du Nord et du Pas-de-Calais. Dans le bassin minier, de nombreuses villes et de nombreux villages ont choisi de se reconstruire ou de s’agrandir après la Grande Guerre.
Les architectes ont souvent pu créer des édifices qui suivaient – plus ou moins – la mode de l’époque, celle des Arts Décoratifs (exposition de 1925), ces formes géométriques, ses alliages de matières, ses bas-reliefs végétaux stylisés…
Ces édifices sont « visitables » lors de visites guidées organisées par l’office du tourisme de Douai, particulièrement lors du Printemps de l’Art Déco. La guide sait vous transmettre son amour de l’art déco avec dynamisme et humour ! #briqueàboudin
La visite commence par la découverte du monument aux morts. Il a été sculpté par Henri-Émile Rogerol, peintre, sculpteur et céramiste douaisien qui a réalisé plusieurs monuments aux morts dans les environs et les sculptures de l’hôtel de ville d’Hénin-Beaumont.
Le monument représente une veuve et ses deux enfants, pleurant les morts.

L’église Sainte-Jeanne-d’Arc de Courchelettes
Poussons ensuite les portes de l’église Sainte-Jeanne-d’Arc. C’est un curieux édifice dont le lieu de culte à proprement parler se trouve… à l’étage !

Il existait auparavant une chapelle construite en 1803, mais elle a été détruite par les bombardements de la Première Guerre mondiale. En 1919, la mairie a envisagé de la remplacer par une église. Mais cette construction demandait un budget conséquent…
Le projet a été lancé en 1923, lorsqu’Edmond Marie Paix, conseiller municipal et dirigeant d’une société de raffinerie de pétrole, a avancé 70% de la somme nécessaire à la construction de l’édifice !

Une seule condition : que le Douaisien Jean Goniaux en soit l’architecte. Engagé et grièvement blessé lors de la Première Guerre mondiale, il a reçu la Croix de guerre et a été fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1915. Il a réalisé – entre autres – l’hôtel de ville de Waziers et celui d’Orchies, et la maison syndicale des mineurs de Lens.
Goniaux a eu carte blanche, ce qui explique la singularité de l’édifice.

Livrée en 1925, l’église, alliant le roman et l’art déco, abrite une salle réservée aux événements au rez-de-chaussée. Construite peu après la canonisation de Jeanne d’Arc en 1920, elle est dédiée à la sainte.

Le cloître du rez-de-chaussée dissimule l’escalier d’accès débouchant sur une sorte de narthex de dimension importante. Le lieu de culte à proprement parler est donc situé à l’étage.



Le portail d’entrée est surmonté d’une fresque représentant, logiquement, Jeanne d’Arc en armure.

L’intérieur de l’église, avec sa charpente visible et ses briques orangées, est plutôt dépouillé.

Les murs sont couverts de fresques représentant de belles frises de fleurs où des enfants dansent ou jouent de la musique.


Les motifs fleuris encadrent également des portraits des apôtres.
On distingue au bas d’une fresques le nom « A. Seailles ». Il est possible qu’il s’agissent d’Andrée Séailles, peintre et fille d’Octavie Séailles, elle-même peintre et graveuse douaisienne.

En 1990, la commune a décidé de remplacer les cinq verrières du chœur par des vitraux. Deux ans plus tard, l’artiste Judith Debruyn a créé les vitraux qui représentent la vie de Jeanne d’Arc.

Les deux plus petits vitraux représentent Jeanne en armure et en prière. Les trois vitraux du centre évoquent son supplice sur le bûcher et sa montée au ciel.




INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : 2, Rue Fernand Couteau, 59552 Courchelettes
Horaires : l’église est ouverte pour les visites de l’Office du tourisme de Douai et lors des messes (le samedi à 17h).
La salle des fêtes et les écoles
Vous pouvez ensuite découvrir la salle des fêtes et les écoles publiques, et flânez dans les rues du village.
La salle des fêtes (35, rue Albert Charton) a été modifiée après la Seconde Guerre mondiale, mais son entrée géométrique est restée dans son style Art déco initial.

Cette maison, située juste à côté de l’école, au n°14 rue Albert Charton, avait été créée pour être une maison de fonction. Sa jumelle est située de l’autre côté de la salle des fêtes, au n°12.

En brique et béton moulé, ces deux maisons présentent des volumes géométriques simples et horizontaux.


Les jolies maisons construites derrière les écoles ont elles aussi été érigées dans le style art déco, avec des toitures et des fenêtres à pan coupé, de la brique et du béton.

L’école primaire « Oscar Lamy » (rue Albert Charton) comprend deux bâtiments, d’architecture art déco. Chaque bâtiment se compose de salles de cours, d’une cour extérieure, d’un préau et d’un jardin. Les frontons des différents bâtiments de l’école sont décorés de citations.
« Les femmes doivent également craindre et mépriser l’oisiveté ». Fenelon (François Fénelon, homme d’église cambrésien, a écrit un ouvrage sur l’éducation morale des filles).

On retrouve, discret, l’un des symboles phares de l’art déco : la spirale.

« La science enseigne à l’homme l’amour et le respect de la vérité, l’idée du devoir et la nécessité du travail ». M. Berthelot. (Marcelin Berthelot, scientifique, humaniste et ministre de l’instruction publique).
Le fronton en pas de moineau (en escalier) est typique de la renaissance flamande de l’après-guerre, mais l’art déco l’a aussi pas mal utilisé, pour son côté géométrique.

La façade du bâtiment principal de l’école utilise la pierre et la brique, mais aussi le « pan coupé » plutôt que l’angle droit, notamment en haut des fenêtres et sur le fronton.

Le fronton, avec sa petite fenêtre à 6 côtés et ses deux colonnes, est décoré d’un très joli bas-relief représentant des roses stylisées.

L’architecte (ou la mairie ?) devait apprécier les citations, car le bâtiment principal en arbore une, lui aussi.

